« La quatrième de couverture de mon livre | Page d'accueil | La compétitivité dans le discours politique »
30.11.2005
La Chine va-t-elle provoquer une crise pétrolière durable ?
Plus de 70% de la consommation énergétique de la Chine est du charbon. Néanmoins, sous l’effet de la croissance économique, le pétrole monte rapidement en puissance. Il représente déjà 20% de la consommation chinoise. La conséquence est que la Chine est passée en quelques années d’une situation d’exportateur de pétrole à celui d’importateur net (depuis 1993). La dépendance pétrolière de la Chine vis-à-vis de l’étranger est de plus en plus forte. D’ici 5 ans, les spécialistes estiment que plus de la moitiée de sa consommation sera importée et que cette proportion devrait monter à 85% en 2030.
Or la demande chinoise sur le marché mondial du pétrole suscite déjà des tensions sur les prix. Vu la tendance des prochaines années, il est assez intuitif de conclure à crise inévitable sur le sujet.
Le premier problème réside dans les réserves disponibles. Aujourd’hui l’offre semble à peine capable de répondre à la demande, ce qui a crée la flambée actuelle des cours. Néanmoins, il se peut tout à fait qu’on assite à un phénomène purement conjoncturel. Les tensions actuelles sur les prix proviennent en grande partie du sous investissement des 20 dernières années. Le haut niveau actuel du baril va permettre un nouveau cycle de recherches et d’investissements qui devrait porter ses fruits d’ici quelques années. D’autre part, la thèse sur l’épuisement des ressources, en vogue depuis plus de 50 ans, ne semble toujours pas confirmée. Outre de probables nouvelles découvertes en grande profondeur, la technologie actuelle ne permet d’exploiter que 25% du potentiel d’un gisement. Cela laisse une marge de progession considérable. Bref, il y a de fortes chances pour que le problème de l’épuisement des ressources pétrolières ne se pose pas avant au moins un demi siècle. Ce qui laisse quand même un certain répit pour trouver des solutions de substitution.
Le second problème, plus grave, est celui de la répartition géographique des ressources. Non seulement, les zones de production et de consommation ne sont pas les mêmes, mais surtout, la majeure partie des réserves mondiales (selon les estimations moyennes, plus des deux tiers) se situent dans une zone à forte instabilité politique, le Moyen-Orient.
De fait, la dépendance croissante à l’égard des importations pétrolières est ressentie par les décideurs chinois comme une vulnérabilité stratégique pouvant être exploitée en cas de conflit, et qu’il faut donc tenter de limiter. Pour répondre à ces défis, la Chine a lancée depuis quelques années une politique aggressive d’acquisitions de sociétés pétrolières étrangères et d’investissements à l’étranger (oléoducs transfrontaliers), cela afin de s’efforcer de contrôler des nouvelles sources d’approvisionnements.
Cette compétition pour l’accès aux ressources peut-elle dégénérer, et comme on nous le suggère menacer la paix ?
Paradoxalement, cette croissance de la dépendance pétrolière chinoise pourrait au contraire être un facteur de stabilité international. En effet, cette dépendance signifie un renforcement de l’intégration de la Chine au système international. Puisque la Chine partage, de manière croissante, les mêmes préoccupations que l’ensemble des pays importateurs de pétrole, y compris les Etats-Unis, elle a désormais également un intérêt vital à la sécurité et à la stabilité politique des régions productrices. Elle a aussi intérêt à limiter les risques de flambée des prix pétroliers ou pire, d’une rupture des approvisionnements.
De façon plus générale, il convient de tordre le coup au mythe de la compétion de l’accès aux ressources pétrolières. L’idée que certains Etats (aujourd’hui les Etats-Unis, demain la Chine) cherchent à contrôler l’accès aux ressources est une tarte à la crème des analyses de géopolitique de comptoir.
Le marché du pétrole (conme celui des autres matières premières) est totalement mondialisé. Des super tankers sillonent les océans avec une cargaison dont la destination peut changer plusieures fois en cours de route. Cela en fonction de l’offre et de la demande instantannée. Cela n’a donc pas de sens de chercher à interdire à tel ou tel pays un accès à une zone de production donnée. Cette mesure ne ferait que réorienter la demande en provenance d’autres zones de production. Pas possible non plus pour un prédateur de chercher à limiter l’offre de pétrole pour les autres pays. Cela aurait pour conséquence de faire monter le prix du baril, ce qui serait contre productif pour celui qui a déclencher la perturbation. On voit d’ailleurs les désastreuses conséquences actuelles de l’intervention américaine en Irak sur le cours du pétrole.
Seul un blocus naval étanche de toutes les zones de production mondiales pourrait vraiment déstabiliser le marché. Mais cela nécessite des moyens militaires que même les Etats-Unis sont loin d’être en mesure de réaliser (il y a quà voir comment ils pietinent à contrôler le seul pétrole Irakien), a fortiori la Chine.
A long terme, la seule manière raisonnable pour un pays de limiter sa dépendance énergétique, est de limiter sa consommation en s’orientant vers de nouveaux modes de production moins gourmands. Tout en menant une politique internationale modérée qui concourt à la stabilité des régimes des pays producteurs.
En bref, il est peu probable que dans les prochaines années la compétiton aux ressource en matières premières puisse dégénérer en conflits ouverts. Seul un scénario d’épuisement rapide des ressources (avant que des moyens de substitution puissent être trouvés) pourrait vraiment entrainer une crise aigue. Dans ce cas, on retombe sur l’auto-limitation de la consommation, seule parade vraiment efficace. Ironiquement, c’est le fait d’avoir un marché mondialisé (qu’on pourrait qualifier d’ultra libéral) qui garanti la stabilité du système d’approvisionnement en matières premières. Il rend tous les pays co-dépendants de ce marché unique, donc incités à ne pas le menacer.
12:40 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ECONOMIE

