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02.12.2005

Elle a bon dos la complexité administrative

 

Faites un test. Abordez le sujet lors d’un dîner en ville. Vous avez toutes les chances d’entendre un convive se lancer dans une belle tirade sur la Grande-Bretagne. Notre voisin d’Outre-Manche serait le paradis de l’entrepreneur. Là bas, on peut créer son entreprise en deux jours. La fiscalité est très attractive. Et puis surtout, on peut être immatriculé là-bas tout en ayant son activité en France.
Ces arguments sont en partie fallacieux. Il est vrai que le poids des charges sociales employeur est de 12% outre-Manche, contre 45% en France. Mais du fait du coût de la vie et du faible chômage, ce que l'employeur britannique gagne en charges, il le perd en salaires.
Sur la fiscalité des personnes physiques, les célibataires sont moins imposés qu’en France, mais les couples mariés, avec ou sans enfants, beaucoup plus. Au final, l'impôt sur le revenu est plutôt supérieur de l’autre côté de la Manche. La fiscalité des sociétés est attractive en Angleterre, mais en France existe quand même un bon système d’exonérations les premières années.
Concernant la délocalisation fictive du siège social, cela relève du pur fantasme. Imaginer qu'on peut créer en Angleterre une coquille domiciliée chez un avocat, sans locaux, sans matériel, sans personnel, et avoir son activité dans l'Hexagone, c'est prendre le fisc pour des imbéciles. Et ça, ils n’aiment pas.
Par contre, il est vrai que les formalités anglaises sont très simples et peu coûteuses. On a beau avoir fait des progrès en France, on est encore loin de rivaliser. Les manque de création d’entreprise en France s’expliquerait donc par notre complexité administrative ? L’image d’une bureaucratie française bridant toute initiative, est très répandue.
Pour appuyer cette thèse, on peut citer une enquête menée par la Sofres en 1999 repris par un rapport du Sénat de 2001[1]. Il est important de préciser que cette enquête se base sur un panel de créateurs d'entreprises français expatriés à l'étranger. Ces derniers expliquent le déficit de créations d’entreprises en France par « un ensemble de facteurs parmi lesquels l'environnement administratif joue un rôle prépondérant ». C’est clair.
Mais il y a un biais important. On demande à quelqu’un qui a choisit de s’expatrier son avis sur la complexité administrative en France. Comment pourrait-on attendre autre chose que des critiques ? Quel que soit le sujet traité, tous les enquêtes sur les expatriés vont dans le même sens. La plupart daubent de manière féroce sur leur pays d’origine. Pollution, stress, chômage, complexité, ambiance déprimante. Normal, faut bien se justifier d‘être parti de France.De manière plus générale, mettre en avant la complexité administrative pour expliquer le déficit de créations d’entreprises est un peu court. Comment croire que plus de 90% des gens qui déclarent avoir une intention à deux ans, renoncent à cause de ça ? Tous ont été englués dans la courses aux tampons administratifs ? Allons bon ! Il suffit d’aller faire un tour à la chambre de commerce. Des gens le plus souvent gentils et serviables vous expliquent en détail tout ce qui faut faire. Se faire immatriculer est moins compliqué que de remplir sa déclaration d’impôts. Et ça, tout le monde y arrive. Même des gens qui maîtrisent à peine le français.

D’ailleurs dans ce domaine, la bureaucratie italienne est bien plus tatillonne que la notre. Par exemple, les statuts d’une nouvelle société doivent être établis devant notaire, alors que cela n’est pas du tout nécessaire en France. Cela n’empêche pas les Italiens de créer une fois et demi plus d’entreprises que les Français pour une population moindre. Elle a bon dos notre complexité administrative.

Le problème est ailleurs. Si les Français ne franchissent pas le pas, c’est un problème de mentalité. Les gens ont peur. Peur de perdre leurs économies. Peur de mettre en danger leurs proches. Peur de devoir travailler dur. Peur de prendre des responsabilités. Que des choses très légitimes, mais qui ont peu à voir avec la complexité administrative. Ce qui est dur, c’est le plongeon dans l’inconnu.

18:42 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Entrepreneur

Commentaires

Bonjour,

Pour avoir créé une entreprise en 2002, je peux vous affirmer que la complexité administrative est un pur fantasme. En France comme en Angleterre on peut ouvrir sa société en une ou deux heures.

Le problème se situe, à mon sens, dans le fait que pour entreprendre il faut de l'argent Beaucoup d'argent. Car pour pouvoir "amorcer la pompe" et vivre pendant des mois sans pouvoir se payer un salaire les petites économies familiales ne sont pas suffisantes.
Pour résorber en partie le chômage, le Gouvernement RAFFARIN avait misé sur la création d'entreprise. Problème : on dénote ces dernières années une forte recrudescence des cessations d'activité ! Normal car les chômeurs sont déjà fragislisés par leur situation et diriger une entreprise n'est pas à la portée du 1er venu. Il faut avoir la bonne idée, au bon moment, réussir à lever des fonds, recouvrer ses paiements...

Bref, les barrières sont nombreuses et n'incombent pas du tout à l'administration qui a fait des progrès considérables depuis 2000 pour faciliter la création d'entreprise.

Ecrit par : Jérôme BERNARD | 20.12.2005

Très juste. Une des meilleures mesures récentes, est la possibilité de garder ses indemnités assedic tout en créant son entreprise (statut de chomeur - créateur). Cela donne pas mal d'oxygène, meme si bien sûr, ce n'est pas toujours suffisant pour assurer le succès.

Ecrit par : Jean-Baptiste Rudelle | 20.12.2005