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11.01.2006

Petits boulots pour résorber le chômage ?

Il est intéressant de regarder les fluctuations de postes dans le secteur des services aux personnes. Sur quinze ans, les années fastes sont entre 1993 et 1998 avec un taux de croissance supérieur à 6 %, qui culmine à 12,7 % en 1995. Les créations de poste s’effondrent en 1999 et 2000. En terme macro-économique, ce sont pourtant des années de croissance exceptionnelles.

 

Cela montre à quel point ce secteur des services aux personnes vit en apesanteur. Les variations annuelles s’expliquent bien davantage par des dispositifs publics (type chèque emploi-service et baisses d’impôts pour les emplois à domicile) que par la conjoncture économique. Au global, on n’enregistre d’ailleurs pas de retard particulier de la France dans ce domaine par rapport aux autres grands pays industrialisés.

Les métiers de services à faible productivité sont perçus comme trop chers. Ce qui leur met une pression considérable pour justifier leur existence.

 

D’ailleurs beaucoup de ces « petits » métiers ont disparus (cireur de chaussure) ou sont moribonds (pompiste). Certains penseurs sociaux fantasment encore sur ce fameux réservoir immense : poinçonneur, ouvreuse de cinéma et autres jongleurs de rue. Avec l’espoir fou de les réhabiliter pour résorber le chômage. Cela paraît séduisant. On donne du travail aux gens tout en recréant un lien social qui nous manque tant. Noble programme.

 

Mais si ces métiers ont disparu, il y a une bonne raison. Ces services ont une productivité trop faible pour se faire une place au soleil. L’écart en valeur avec le reste de l’économie est devenu trop fort. Et les consommateurs n’acceptent plus de payer cet écart. Ce qui ruine la viabilité du projet, à moins de le subventionner au prix fort.

 

 

 

18:38 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ECONOMIE

Commentaires

Les articles que j'ai lus parlaient surtout d'un gisement d'emplois dans deux secteurs : l'hotellerie-restauration et la distribution. Proportionnellement à sa population, la France "aurait" 2 à 3 millions d'emplois de moins dans ces secteurs que les US ou la GB.

Sur un plan microéconomique, on a : salaire = productivité marginale x prix.

La productivité est la quantité de produit/service qu'une heure de travail supplémentaire permet de produire. Pour les petits boulots, la productivité ne progresse pas (pas d'effet du progrès technique ni de l'accumulation de capital).

Il est plus difficile de prévoir comment évolue le prix d'un service, c'est-à-dire son utilité pour les clients. Je pense que l'utilité de certains petits boulots spécifiques a progressé, comme par exemple les gardes d'enfants avec la généralisation du travail des femmes. A l'inverse, l'utilité du cirage de chaussures a probablement baissé avec l'arrivée des baskets ;-)

Enfin, l'existence d'un salaire minimum fait que, pour les boulots dont le salaire de marché serait inférieur au SMIC, il n'y a plus d'équilibre possible et donc plus de marché. Une question est donc d'évaluer la taille et le profil de salaires de cette "partie immergée de l'iceberg". Les partisans des petits boulots pensent qu'il y a une réserve importante d'emplois et qu'une subvention raisonnable permettrait de faire émerger de nombreux emplois. Ont-ils raison?...

Ecrit par : Stéphane | 12.01.2006

Il est intéressant en effet de comparer la situation en France et aux Etats-Unis pour le secteur restauration. Il est vrai que ce dernier occupe par habitant deux fois plus d’emplois aux Etats-Unis qu’en France. De plus, de l’autre côté de l’Atlantique, la productivité du secteur est nettement plus faible qu’en France.
Résultat qui peut étonner au premier abord. De nombreux facteurs expliquent ces écarts, notamment le niveau de vie. Les Américains dînent plus souvent dehors que nous, car ils sont plus riches. D’où l’hypertrophie du secteur aux Etats-Unis.
Au-delà de cela, il existe néanmoins aussi un différentiel frappant concernant la manière dont sont fournies les prestations. L’accueil dans un restaurant américain est très chaleureux. A chaque table est assigné un serveur qui crée une relation personnalisée avec ses clients. Les différents plats et formules sont présentés et vendus avec une énergie impressionnante. En cela, le serveur américain y passe beaucoup plus de temps que son homologue français. Au sens strict, il est donc moins productif. Mais en échange, quelle impression agréable pour le client de se sentir aussi choyé.
Au final, le client américain sera prêt à débourser davantage d’argent, pas seulement parce qu’il est plus riche que le français. Mais aussi parce que l’expérience humaine qu’il vit en dînant est plus intense. C’est un exemple spectaculaire du fait qu’une faible productivité peut être vertueuse en terme de potentiel économique.

Ecrit par : Jean-Baptiste Rudelle | 12.01.2006