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10.02.2006

Paupérisation de l'exode urbain

L’exode rural a disparu en France. Depuis 10 ans, c’est même le contraire. Le solde migratoire est positif pour les trois quarts des cantons ruraux. Cette augmentation de la population des campagnes se fait au détriment des villes et des banlieues denses. Les progrès techniques permettraient-ils enfin d’inverser une tendance millénaire à la concentration ? En fait, elle avance toujours, mais en prenant un détour moins visible. La concentration est devenue sociale. Depuis 20 ans, les centres urbains se sont embourgeoisés tandis que les campagnes se sont prolétarisées. Et comme il y a plus de pauvres que de riches, le flux migratoire s’est inversé.
La fracture économique se double ainsi d’une fracture géographique. Les riches se regroupent dans les zones de forte concentration économique. De fait, cela rejette les moins bien lotis dans les zones rurales. Depuis 5 ans, les trois quarts des ménages arrivés dans les campagnes ont des revenus sous la limite permettant d’entrer dans un logement HLM . Pour de belles cartes illustrées sur ce sujet, voir l’excellent Atlas des nouvelles fractures sociales, de Christophe Guilly et Christophe Noyé, éditions Autrement.

 

Dorénavant, ce qui est important ce n’est plus la concentration de la population, mais la concentration de la connaissance. De fait, les élites éjectent les autres populations du cœur économique.

 

Cela se traduit de manière très concrète. Par exemple, en France le revenu mensuel est en moyenne de 1430 euros pour les pôles urbains, contre 1150 euros pour les zones rurales. Cela se manifeste aussi par une flambée de l’immobilier. Les prix sont inversement proportionnels à la distance au centre. Cela met les pauvres face à un choix cornélien. Accepter de précariser leurs conditions de logement ou fuir vers la périphérie.

 

Le Paris populaire est en train de devenir un mythe de cartes postales. Le quartier de la Bastille qui dans les années 1950 comptait 85 % d’ouvriers et d’employés est maintenant un bastion de cadres supérieurs. De manière générale, aujourd’hui c’est plus de 80 % des cadres supérieurs qui habitent dans les grandes villes, contre seulement la moitié des ouvriers

15:37 Publié dans Social | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique