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24.10.2006
Des mystères de la démocratie
Comme le montre le graphe ci-dessous, la concentration de l’Impôt sur le Revenu (IR) est très forte en France.
Si on veut résumer les choses (de manière caricaturale), on peut dire qu’il y a :
- 70% de « pauvres » qui payent 9% de l’IR
- 20% de « riches » qui payent 22% de l’IR
- 10% de « super riches » qui payent 69% l’IR
Dans une démocratie, les équipes gouvernementales sont élues sur un programme électoral soutenu par une majorité de citoyens. Sachant cela, il semble à première vue curieux que le taux marginal de l’IR soit depuis vingt ans en baisse tendancielle (il est passé de 65% à 48%, on parle de 40% en 2007), alors que 90% de l’électorat n’est pas concerné.
Plus crûment, sachant qu’il y a une large majorité de « pauvres » (maintenant on dit "des gens à revenus modestes"), pourquoi aucun homme politique ne semble en mesure de réunir une majorité électorale sur un programme de hausse massive de l’impôt sur le revenu ? De fait, les programmes électoraux dont l'axe majeur consiste à surtaxer les riches, n’arrivent pas à réunir plus de 20% des votants. Et on retrouve le même phénomène dans tous les pays industrialisés. Pourtant, d’un point de vu fiscal, ces programmes seraient très favorables à la grande majorité des électeurs.
La question est donc de savoir pourquoi plus des deux tiers des électeurs « pauvres » s’obstinent à chaque élection à voter avec les « riches ». Aussi contre-intuitif que cela paraisse, cela voudrait dire que les politiques de redistribution et de baisse des inégalités ne sont en fait pas la préoccupation principale des électeurs lorsqu’ils mettent leur bulletin dans l’urne.
10:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : élection, égalité, démocratie, richesse, pauvreté
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Commentaires
Miterrand a été élu en 1981 sur un programme de lutte des classes qui pronait une augmentation importante du taux marginal de l'IR (qui d'ailleurs a été réalisée au début de son mandat).
Il est vrai que cela parait très très loin. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis...
Ecrit par : Fred | 24.10.2006
Et s'il a avait une barre à partir de laquelle dire qu'on augmente encore plus les impôts devient démagogique et non crédible ? Et si les gens se doutaient que plus d'impot tue l'impot ?
Ecrit par : michel | 25.10.2006
Il est clair que passé une certaine limite, trop d'impots tue l'impot. L'ennui est que personne n'est d'accord sur le seuil fatidique du taux marginal. Est-ce 30, 50, 70, 80% ? La seule chose certaine est que c'est un chiffre inférieur à 100% !
Je n'ai pas connaissance d'étude économique sérieuse qui ait pu démontrer un chiffre précis dans ce domaine. Si quelqu'un a des billes la-dessus, je suis preneur.
Ce seuil n'étant pas déterminé, les citoyens devraient naturellement pousser le taux marginal vers le haut et non vers le bas. Accorder le bénéfice du doute aux plus riches implique à leur égard une surprenante empathie du reste de la population.
A moins encore une fois, que pour d'autres raisons (à éclaircir), les moins bien lotis se refusent délibérément à surtaxer les riches.
Ecrit par : Jean-Baptiste | 25.10.2006
Je ne pense pas que ce soit une question d'empathie envers les plus riches, je pense que machinalement on s'imagine que la baisse des impôts pour les plus plus riches va mécaniquement faire aussi baisser nos impôts (comme si tout s'alignait), hors évidemment ce n'est pas le cas...
Ecrit par : Mox Folder | 26.10.2006
Tu as bien raison Mox.
C'est comme lorsqu'il y a des grèves à la SNCF pour défendre leurs régimes spéciaux. Beaucoup de salariés du privé se sentent solidaires, alors que c'est eux qui financent par leurs impôts ces avantages exorbitants.
En refusant de taper sur les privilégiés, on espère en recueillir les miettes. Qu'elle parait loin la nuit du 4 aout... (pour les ignares en Histoire : 4 aout 1789, abolition des privilèges en France : en septembre 1789, on commençait déjà à revenir dessus !).
Ecrit par : Nicolas | 26.10.2006
Jean-Baptiste, je pense que ton découpage de la population est biaisé. En fait, le bloc des 70% de pauvres que tu décris n’est absolument pas homogène. Il y a 30% de vrais pauvres, et 40% de classes moyennes (c'est pas parce que tu ne payes pas l'IR que tu es forcément pauvre).
Et ces classes moyennes sont méfiantes aux augmentations d’impôts, même focalisées sur les plus riches. Elles se disent (avec raison !) qu’on risque leur demander de participer aussi à l’effort fiscal. Dans le doute, mieux vaut soutenir ceux qui prônent pas d’augmentation d’impôt pour qui que ce soit.
Voilà qui éclaire ton mystère de la démocratie…
Ecrit par : Agnès | 02.11.2006

