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31.10.2006

La fin des ouvriers

Au cours des vingt dernières années, l’emploi industriel s’est effondré dans les pays développés. Il représente en 2005 moins de 10% des emplois aux Etats-Unis, et encore en comptant tous les bureaux d’étude qui ne sont pas à proprement parler de l’industrie (comme ceux de General Motors ou Boeing). A la vitesse où va le phénomène, il y a fort à parier que le concept même d’ouvrier (celui qui produit des biens dans des usines) aura disparu dans moins d’une génération.

 

Pourquoi ? Tout laisse à croire que l’essentiel de la création de valeur dans les prochaines années se fera dans deux grands domaines : la conception de nouveaux logiciels et la recherche de nouvelles molécules (au sens large).

 

Ces deux domaines ont comme caractéristique commune que les coûts de conception sont très importants. Par contre, une fois le produit finalisé, les coûts de production sont très faibles, voir quasi nuls. Il reste les coûts de marketing et de distribution qui eux au contraire iront croissants (contrairement à ce que nous laisse croire certaines fables en vogue sur la désintermédiation). Aux bons soient-ils, rien n’est plus difficile que de convaincre les clients de s’intéresser à vos produits.

 

La structure de coûts d’un laboratoire pharmaceutique (type Novartis ou Servier) est révélatrice de cette tendance lourde : 40% en R&D, 50% en distribution et 10% sur le reste (production, administration). Prenez une banque (BNP) ou un opérateur téléphonique (SFR), c’est quoi en réalité ? Un gros logiciel informatique avec une armée de marketeux et de commerciaux pour le vendre.

 

Dans le monde du futur, la production industrielle résiduelle aura une valeur extrêmement faible, et sera entièrement confiée aux pays en développement. La tendance est d’ailleurs déjà bien engagée (voir mon post sur les délocalisations industrielles d’Adidas et Nike).

 

Dans les pays riches, les employés les plus qualifiés seront presque tous sur des tâches de conception. Les autres occuperont des postes liés à la relation client au sens large. Et la classe ouvrière traditionnelle aura bel et bien disparue.

09:49 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Informatique, Pharmacie, ouvriers, délocalisations, industrie

Commentaires

"Dans le monde du futur, la production industrielle résiduelle aura une valeur extrêmement faible, et sera entièrement confiée aux pays en développement." Êtes-vous bien conscient de tout le mépris que charrient vos propos ?

Ecrit par : Francis | 31.10.2006

Francis, soyez plus explicite dans vos commentaires. Cela facilitera la discussion... ;-)
Mépris, pourquoi ?
Sur le fait que dans la structure de coûts de la plupart des produits, la partie production a de moins en moins de poids ?
Sur le fait, que la production étant la brique la plus facilement délocalisable, c'est elle qui est confiée prioritairement aux pays à bas salaires ?
Il n'y a aucun jugement moral, juste des faits observables.

Ecrit par : Jean-Baptiste | 31.10.2006

En fait, si je comprend bien, les anciens ouvriers vont bientôt tous se retrouver vigile, caissier ou livreur chez Darty. Belle mutation du capitalisme...

Ecrit par : Fred | 31.10.2006

Pas sûr qu'il faille regretter l'époque des OS à la chaine genre "les Temps Modernes" de Charlot. Le travail en usine a été mythifié par les communistes. Dans la réalité, ce n'était pas toujours une partie de plaisir.

Ecrit par : Nicolas | 01.11.2006

Si on ne produit plus rien, que va t'on exporter à l'étranger ?

On ne peut pas exporter des concepts marketing en chine ou ailleurs...

Tizel

Ecrit par : Tizel | 02.11.2006

C’est n’est pas parce que la production (c'est à dire la duplication en grand nombre du prototype initial) coûte de moins en moins, qu’on n’a plus rien à exporter. Bien au contraire. Les logiciels (Microsoft) s’exportent très bien. Les médicaments (le Viagra) aussi. Même le pur marketing s’exporte : par exemple, les parfums Christian Dior font un tabac en Chine. Pourtant, c’est 2% de liquide, 5% d’emballage et 93% de rêve.

Ecrit par : Jean-Baptiste | 02.11.2006

Jean Baptiste, je trouve votre blog passionnant et plein d'idées passionnantes, même si je ne les partage pas toutes, notamment sur votre analyse prospective de la production. Il me semble que nous n'avons que trés peu d'éléments sur ce que sera le marché dans dix ans. Il y a dix ans, ce qu'on nous promettais, comme le passage massif des hommes à l'usage des cosmétiques par exemple, ne s'est pas produit. Des signes semblent indiquer qu'un glissement progressif du quantitatif au qualitatif est en train de s'opérer et que les modes (au sens fashion) de consommation vont évoluer et modifier peu à peu les modes (aux sens méthodes) de production.

En fait, il me semble à moi, pauvre opérateur d'insertion professionnel, travailleur social même pas cadre, que quelque soit le système comptable, l'idéologie, l'orientation politique ; l'optimisation du système de production n'est pas pour demain. Tant que les acteurs préfèreront gagner 10 pendant que l'autre gagne 1 en valeur absolu plutôt que de gagner 100 pendant que l'autre gagne 99, les injustices et la surexploitation continueront à cultiver la ségrégation et la misère. Il ne me semble pas que ce soit les règles qui font les hommes... mais bien les hommes qui font les règles à l'aide et dans le but de renforcer les rapports de force et de domination qu'ils mettent en place...

Ecrit par : jpax | 10.07.2007

Merci jpax pour votre commentaire très interessant.
Je ne partage néanmoins pas votre pessimisme sur la nature humaine. Si les hommes font les règles, ces règles s'établissent dans un cadre légal. Dans un pays démocratique, on peut espérer qu'un jour ou l'autre, les électeurs votent pour des programmes politiques qui assurent une certaine équité, au moins pour... la majorité des citoyens. ;-)

Ecrit par : Jean-Baptiste | 10.07.2007

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