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26.11.2006

Divorce d’intérêts entre producteurs et consommateurs de pétrole

A court et moyen terme, le vrai problème du pétrole n’est pas dans l’épuisement des réserves (qui selon différents calculs nous donne encore au moins encore 50 ans devant nous). Le problème principal est dans le sous investissement critique des pays producteurs pour aller chercher ces réserves.

 

Depuis 25 ans, la mise en exploitation de nouveaux gisements est quasi au point mort. Selon les experts, il faudrait investir environ 30 milliards de dollars par an pour couvrir les besoins prévisibles d'ici 2015 de l’économie mondiale. On en est très loin.

 

L’actualité récente n’incite pas l’optimisme : nationalisations en Amérique Latine, expulsion des majors étrangères de gros gisements en Russie, attentisme politique au Moyen-Orient. Les gouvernements producteurs ne semblent pas pressés d’investir, bien au contraire.

 

Voilà qui semble contradictoire avec la théorie économique habituelle. Tout producteur sur un marché dont la demande est en pleine croissance est en principe incité à investir pour produire d’avantage et augmenter ses ventes.

 

La raison de cette anomalie vient du fait que le pétrole a une caractéristique particulière : la demande est très peu élastique. Le cas des transports (qui représente plus de la moitié de la consommation totale de pétrole) est extrême. Ainsi les deux chocs pétroliers ont montrés que lorsque les prix augmentent de 25%, la demande baisse de seulement… 1% !

 

Bref, pourquoi les pays producteurs de pétrole s’embêteraient à investir massivement (ce qui en passant les obligerait à recourir aux majors étrangères souvent perçues comme le diable) ? La seule rétribution de leurs efforts serait de maintenir le pétrole à un prix modéré. Mieux vaut pour eux rester les bras croisés et attendre tranquillement la pénurie : l’explosion prévisible des cours leur offrira d’énormes profits sans aucun risque.

 

11:10 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : pétrole, prix du baril, majors pétrolières, élasticité

Commentaires

Il me semble que cette analyse est à trop courte vue. Pour plusieurs raisons que les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont bien illustrées.

1/ La demande est certes inélastique à court terme car on ne peut pas changer d'équipements du jour au lendemain. Elle est cependant très élastique à moyen et long terme. La volume d'énergie consommé par unité de PIB a diminué dans des proportions considérables de 1973 à 2008. la consommation de pétrole qui progressait de 7% par an depuis des décennies et avait provoqué la fermeture de nombreuses mines de charbon avant le premier choc de 1973 a été stoppée net. La moitié des raffineries en France ont été fermées pour insuffisance de débouchés.

Le moindre poids de l'énergie dans le PIB permet de comprendre pourquoi la hausse du baril passé de 17$ en 1998 à 100$ en 2008 (facteur 6) n'a eu qu'un faible impact sur l'inflation qui s'était au contraire enflammée en 1974 et en 1980. Le gisement des économies d'énergies est extrêmement rentable et possède un énorme potentiel face à un baril à 100$.

2/Dans certains usages, le pétrole a de concurrents directs. Le plan nucléaire français adopté en 1975 a fait basculer l'essentiel de la production d'électricité de base (hors pointes) en 15 ans. AREVA et les autres producteurs de centrales nucléaires voient s'ouvrir des marchés considérables, y compris dans les pays producteurs de pétrole. Les projets nucléaires sont gelés depuis 30 ans dans les grands pays industrialisés (hors la France- merci Giscard- et le Japon). Les nouveaux pays qui sont en train de concentrer l'industrie mondiale, la Chine, le Brésil, l'Inde, les anciens satellites de l'URSS entrés dans l'UE pour n'en citer que quelques uns, ne vont pas se priver de ce facteur d'autonomie stratégique. Les verts sont dans les pays en voie de désindustrialisation, et les projets nucléaires sont dans les nouveaux pays industriels pour paraphraser Mitterand devant le Bundestag lors de la crise des missiles en 1983. Ils n'auront pas la bêtise d'arrêter leurs surgénérateurs comme Jospin en 1999. Le nucléaire n'est au demeurant pas la seule alternative énergétique rentable à 100$/baril. Il faut penser par exemple aux schistes bitumineux, aux énergies renouvelables qui visent 20% du marché de l'énergie, aux procédés modernes de liquéfaction du charbon dont les réserves sont très supérieures au pétrole, à l'amélioration des taux d'exploitation des réservoirs pétroliers qui étaient jusque là inférieurs à 50% pour des raisons de coût.

3/ les producteurs traditionnels de pétrole peuvent bien limiter leur activité et ne pas investir, un baril à 100$ créent des opportunités de prospection et de forage importantes. Notamment grâce aux développements impressionnant des techniques de prospection sismique. Le choc de 1979 a rendu rentable la production en mer du Nord à 300/400m de profondeur. A un époque où on ne mettait pas des Le Floch-Prigent à la tête de compagnies pétrolières (l'irresponsabilité se paie tôt ou tard). Elle a suffi à mettre en déroute le cartel OPEP et son supposé monopole. En 1986, le prix du pétrole monté à 45$ en 1980, s'effondrait à 10$, l'OPEP ne parvenant plus à écouler sa production, même réduite au minimum de 1 million de barils/jour en Arabie Saoudite (capacité de 10 millions).

Conclusion : les prix des matières premières ont toujours été cycliques. Les producteurs de matières premières ont toujours été les victimes de leur condition de rentiers (Cf. l'Espagne au 16° siècle, et le Moyen Orient au 20°) qui tue toute possibilité d'investissement en vertu même du raisonnement que vous développez. L'esprit finit toujours par triompher de la matière et la technologie des rentes minières. Dans moins de 10 ans, le temps que tous les nouveaux projets, longs à développer, entrent en production, le prix du baril sera retombé à 15/20 $.

Ecrit par : Thalcave | 08.03.2008

Merci Thalcave pour ce commentaire très riche.
Sur le long terme, je ne suis pas loin de partager votre optimisme quand au prix du baril. Par leur malthusianisme, les pétromonarchies subventionnent leurs futurs concurrents. En particulier, les techniques de liquéfaction du charbon (rentables à partir de $ 70 le baril) nous donne au moins 300 ans de consommation. Cela laisse amplement le temps pour trouver d'autres alternatives.
Néanmoins dans un horizon court de 2 à 5 ans, pour peu que la situation dégénère encore un peu au Moyen-Orient, il n'est pas impossible que le baril monte à $200, voir $300. D'autant qu'on peut imaginer que les énormes masses de pétrodollars accumulés ces dernières années permettront aux pays producteurs de contrecarrer pendant un certain temps toute tendance baissière des prix, si besoin est en coupant drastiquement leur production.

Ecrit par : Jean-Baptiste | 09.03.2008

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