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05.12.2006
Taux de chômage : surprise sur l’identité du meilleur élève
La comparaison des taux de chômage d’un pays à l’autre est devenue la tarte à la crème pour encenser tel ou tel modèle. Cela fait déjà une quinzaine d’années que le modèle britannique est donné en exemple. Sa politique de faible protection sociale semble produire des résultats spectaculaires en termes de chômage (qui atteint le niveau stupéfiant de 3% en 2006 contre plus de 8% en France !).
Depuis trois ans, un subit engouement pour le modèle danois a aussi frappé la classe politique et médiatique française. La fascination qu’exerce le Danemark tient au fait que ce petit pays semble avoir réussi l’impossible : combiner une forte protection sociale et un faible chômage (6% en 2006 contre 10% quinze ans plus tôt), sous la forme de la désormais fameuse « flexisécurité ».
Avec de pareilles comparaisons, la situation française parait bien mauvaise.
L’ennui des comparaisons internationales est qu’elles ne sont pertinentes que si les modes de calcul du chômage sont identiques. Or, dans ce domaine ultra sensible, chaque gouvernement rivalise de créativité pour cacher ses faiblesses. De fait, si on regarde plus en détail, les choses sont beaucoup moins claires qu’elles n’y paraissent.
Concernant le Danemark, ce n’est pas le dynamisme de l’emploi qui explique la baisse du chômage, mais plutôt la baisse de… la population active ! Entre 1990 et 2004, la progression massive des préretraites et des congés maladies longue durée a fait sortir 20% des Danois entre 15 et 65 ans du marché du travail. Sans parler des créations massives d’emploi dans la fonction publique durant la même période. De quoi relativiser le miracle de la flexisécurité.Le modèle anglais cache aussi ses propres faiblesses. Ainsi depuis 1993, une grande partie des chômeurs de longue durée ont été déplacé pudiquement dans la catégorie Incapaciy benefits, c'est-à-dire invalides. En 2006, ce régime concerne 2,6 millions de personnes, soit plus de 2 fois et demie le nombre de chômeurs officiels. Par ailleurs, les deux tiers des emplois créés en Grande Bretagne entre 1998 et 2004, l’ont été dans les administrations publiques ce qui limite la portée du miracle britannique. Enfin, l’économie anglaise s’est fait une spécialité des contrats à temps partiel qui sont souvent un semi chômage forcé.
La France utilise aussi beaucoup d’artifices, donc les cocoricos ne sont pas vraiment de circonstance. Néanmoins, pour les comparaisons internationales, la prudence est de mise. Au final, le taux d’activité (moins manipulable) est souvent beaucoup plus pertinent que le taux de chômage.
Dans cette catégorie, il faut signaler l'étonnat résultat de la Suisse, qui avec un taux d’activité de 81% de la population en âge de travailler, affiche la meilleure performance mondiale à égalité avec l’Islande. Ceux qui voient nos voisins suisses comme de simples fabricants des coucous et de chocolat se trompent d’époque. Mais bizarrement, ce pays n’intéresse absolument pas les médias français, alors que c’est pourtant un de nos voisins les plus proches.
22:25 Publié dans Social | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : chomage, activité, danemark, grande bretagne, suisse
Commentaires
Je ne me fait aucune illusion sur les modèles britaniques et danois. Mais bon, il est vrai que certaines idées peuvent être bonnes à prendre...
Tizel
Ecrit par : Tizel | 11.12.2006
Félicitations pour votre article sur le chômage.Il serait souhaitable que nos journalistes et nos politiques regardent la réalité de plus prés ! Un peu moins d'idéologie et plus de
travail sur le terrain.Pour créer des emplois, il faut moins de charges, simplifier les procédures administratives et le droit du travail.Plutôt Libéral, travaillant à l'ANPE, ce qui n'est pas contradictoire, je pense que l'on doit donner plus de souplesse à nos administrations.Ce n'est pas en créant des usines à gaz comme les maisons de l'emploi que l'on va avancer !
Ecrit par : Pat | 31.12.2006
Le taux d'activité ne veut pas dire grand chose car il est facile d'avoir un taux d'activité élevé avec des emplois à temps très partiel comme en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas (et sans doute en Suisse). Mais cela correspond à de petits salaires, ne l'oublions pas. Et traduit en équivalent temps plein, ce taux d'activité est beaucoup plus faible.
Cela se voit très bien avec la durée moyenne du travail, pour tous les emplois, dans différents pays.
Voir par exemple :
http://travail-chomage.site.voila.fr/us/us_duree_travail.htm
La durée du travail est en moyenne de 34 heures par semaine aux Etats-Unis, à comparer avec une durée de 36 h en France, de 32 h en Grande-Bretagne et de 29 à 36 heures dans les principaux pays européens, pour l'ensemble des emplois à temps plein et à temps partiel.
Ces valeurs peuvent surprendre. Elles proviennent pourtant des statistiques officielles de chaque pays et elles donnent une idée plus exacte de la réalité que les statistiques habituelles limitées aux seuls emplois à temps plein.
Lire aussi : http://travail-chomage.site.voila.fr/emploi/duree_travail.htm
La durée hebdomadaire moyenne du travail pour l'ensemble des personnes ayant un emploi (salarié ou non, temps plein et temps partiel) est de :
- 36,3 h en France
- 36,2 h en Italie (12,7% de temps partiel)
- 35,1 h au Danemark (21,6% de temps partiel - durée officielle du travail : 37H)
- 33,6 h en Allemagne
- 33,8 h aux Etats-Unis
- 33,2 h en Espagne (35,5 h pour le temps plein - 16,4 h pour le temps partiel)
- 31,7 h en Grande-Bretagne (37,2 h pour le temps plein - 15,7 h pour le temps partiel - 25,5% de temps partiel)
- 30,1 h en Suède (36,1 h pour ceux "au travail")
- 29,2 h aux Pays-Bas (36,9 h pour le temps plein - 18,9 h pour le temps partiel - 44% de temps partiel)
La durée des congés payés est à peu près identique dans tous ces pays, sauf aux USA (deux semaines de moins).
Et lire encore :
http://travail-chomage.site.voila.fr/britan/32h.htm
(Durée du travail : 32 heures en Angleterre)
Ecrit par : Olivier | 16.04.2007
En 2004, le Danemark a plus de préretraités (187 200) que la France (139 700) pour une population active dix fois plus faible. Avec les autres mesures de marché du travail, le nombre réel de chômeurs est 2,52 fois le nombre officiel. Le taux de chômage réel devient 14,65 % au lieu d'un taux officiel de 6,38 %. La tromperie est dévoilée.
Avec une évolution de sa population active identique à celle du Danemark depuis quinze ans, non seulement la France n'aurait plus aucun chômeur officiel, mais le chômage réel serait résorbé pour l'essentiel. Et cela sans introduire une plus grande flexibilité des contrats de travail.
Si de plus la France avait eu recours à la même proportion de préretraites que le Danemark (6,78 % de sa population active), le chômage réel aurait entièrement disparu et beaucoup d'emplois à temps partiel seraient redevenus des emplois à temps plein.
Inversement, si la population active du Danemark avait augmenté dans la même proportion qu'en France (+12,1%), tout en créant aussi peu d'emplois (43 600 en quinze ans), le nombre de chômeurs aurait augmenté de 372 500 et le taux de chômage réel serait devenu 24,0 % de la nouvelle population active (après son augmentation).
Comme l'on voit, le succès apparent du Danemark ne doit rien à la flexicurité, mélange de flexibilité et de sécurité (discours bien connu). En fait, le modèle danois n'a aucun mérite pour résoudre le problème du chômage, une fois enlevés les artifices qui cachent le chômage réel et encore moins en tenant compte de la démographie de l'emploi.
A lire ici http://travail-chomage.site.voila.fr/danois/dk_merite.htm
Toujours à propos du Danemark, ne pas oublier la très grande proportion d'emplois publics :
http://travail-chomage.site.voila.fr/danois/dk_emploi_public.htm
L'emploi public représente 36,9 % des emplois (63,1 % pour le privé) au Danemark et seulement 19,4 % des emplois en France (80,6 % pour le privé).
Au Danemark (2004), pour un emploi total de 2 507 000, l'emploi privé est de 1 582 000 (63,10 %) et l'emploi public de 925 000 (36,90 %).
En France (2004), pour un emploi total de 24 720 000, l'emploi privé est de 19 933 000 (80,64 %) et l'emploi public de 4 787 000 (19,36 %). L'emploi privé comprend 17 265 000 salariés et 2 668 000 patrons ou indépendants.
Ecrit par : Olivier | 16.04.2007

