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27.02.2007

La fin de la télévision

Umberto Eco a une jolie terminologie pour décrire l’évolution du petit écran : la paléo-télévision, la néo-télévision et la post-télévision.

Comme toute préhistoire, la paléo-télévision est la période la plus longue. Elle s’étend des débuts de la télé dans les années 1920, jusqu’à la fin des années 70. C’est la télé de papa. A l’époque, les fréquences étaient rares, et l’offre des chaînes très réduite. C’était essentiellement de la télé morale et éducative. D’un côté, on avait les détenteurs du savoir qui avaient le droit de parler à l’écran et de l’autre les téléspectateurs qui devaient être trop contents d’écouter. 

Dans les années 80, on est passé à la néo-télévision avec l’irruption de pleins de nouvelles chaines commerciales. Le rapport de force s’est rééquilibré en faveur du téléspectateur qu’il fallait séduire pour gagner la course à l’Audimat. Des nouveaux formats se sont mis à faire fureur. En particulier, le talk-show et le reality-show où les animateurs faisaient venir des gens ordinaires pour qu’ils s’épanchent en public sur leurs problèmes intimes.

Enfin à la fin des années 90 est née la post-télévision, avec le Loft et toutes ses déclinaisons. Les programmes n’étaient faits plus par des animateurs, mais par les gens eux-mêmes. Les situations et les propos les plus banals de la vie quotidienne deviennent prétextes à programme. L’individualisme narcissique du téléspectateur est flatté jusqu’à son comble. Ce qui ne fait qu’illustrer au plan culturel une tendance historique lourde de toute la société.

Cette télévision poubelle pourrait encore durer longtemps. Mais elle porte en elle les germes de sa propre perte. L’irruption des nouvelles technologies et d’Internet en particulier va accélérer sachute d’ici quelques années.

D’abord, la télévision est en train de devenir un produit de vieux. L’Audimat grisonne de manière inexorable, car les ados préfèrent massivement surfer sur Internet (à lire des jolis blogs grâce à l'AutoRoll ;-)). Lorsque les annonceurs auront réalisés cela, l’impact sur la manne publicitaire risque d’être violent pour les grandes chaines.

Ensuite, des sites comme YouTube ou Dailymotion préfigurent la très probable inondation de programmes personnels où une minorité active de la population se met en scène (sans même l’aide de professionnels) pour le plus grand bonheur de la majorité voyeuse.

Enfin, les offres Triple Play des fournisseurs d’accès et les projets de type Joost achèveront de brouiller la distance qui existe encore entre Internet et la télévision. Pour ceux qui veulent creuser le sujet, je recommande le livre de Jean-Louis Missika qui tente de donner un cadre conceptuel à cette révolution en cours.

Comment va-t-on s’orienter dans cette future bouillie culturelle ? Il faudra à chaque téléspectateur de sacrés moteurs de recherche et surtout de très bons… moteurs de recommandations ! ;-)

18:27 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : télévision, joost, youtube, dailymotion

Commentaires

excellent livre que celui de JL Missika! clairvoyant, bien foutu, facile à digérer, pas trop conceptuel

tout comme un certain livre intitulé "Pourquoi votre avocat ne peut plus se payer de baby-sitter?" que je viens de finir et qui m'a bien plu. Je me suis d'ailleurs empressé de le refiler à un copain qui s'intéresse comme moi à ce genre de réflexion. bravo en tout cas, j'ai bien apprécié notamment le fait de proposer qqs pistes et solutions, et pas seulement de décrire et analyser les problèmes.

Ecrit par : romain | 27.02.2007

Merci Romain, ça fait toujours plaisir d'avoir aussi des lecteurs papier ;-)

Ecrit par : Jean-Baptiste | 27.02.2007

Si la fin de la télévision s'avère être une réalité comme certains le prévoient et semble surtout le vouloir il va falloir sérieusement réfléchir au devenir de la production de fictions, de documentaires ou d'émissions.

J'ai l'impression que ceux qui prévoient (et au fond souhaitent) la mort de la télévision tel qu'on la connait ne sont de toutes façons pas des consommateurs de télé, voir ne consomme pas du tout ou occasionnellement. La télévision ne les intéresse pas sous cette forme là, il y a donc un manque à combler. N'oublions pas non plus les lobbyistes-opportunistes de l'Internet qui n'attendent qu'un transfert d'argent d'un medium vers un autre pour se servir au passage

D'un autre coté la population et les besoins évoluent, c'est évident.

Néanmoins je pense que la télé a de beaux jours devant elle encore et a de beaux arguments à faire valoir :

- La passivité (regarder la télé est "reposant" dans le sens où on peut se vider l'esprit - et je dis pas ça péjorativement) ;

- Des services Push qui demandent peu d'investissement et donc peu de temps en opposition à une utilisation Pull du web où le risque et de perdre plus de temps à chercher qu'a trouver et visionner des programmes intéressants. Ne t'en déplaise JB, mais l'autoroll, la recherche par tags et tout autre outil web 2.0 de ce genre ne remplaceront jamais une politique et des choix éditoriaux, culturels ou artistiques (après on aime ou pas la sélection mais c'est comme ça que l'on établi une relation de confiance et qu'on fidélise l'utilisateur/client final) ;

- La distance entre l'écran et le spectateur : si on peut rester facilement 3 heures sans pause devant un écran de télé à 2-3m de distance il en est tout autre d'un écran d'ordinateur à moins de 50 cm) ;

- La passivité de la télé permet de se concentrer sur d'autres activités (manger, faire son repassage par exemple) ;

- La technologie HD idéalement adaptée aux grands écrans ;

- La télé est fédératrice, elle réunis : on est seul face à son ordi, on peut être plusieurs autour d'un écran de télé (une retransmission sportive).

Enfin dernier point sur le contenu : sur Dailymotion et Youtube une bonne partie du contenu est insipide tandis que l'autre est issues de la télé, du cinéma et des jeux vidéos.

L'UGC est un vieux fantasme ... Il y a toujours ce vieux fantasme et ce vieil argument qui dit que l'accessibilité des outils permet à n'importe qui de créé quoique ce soit. Ça permet de faire naitre des vocations, mais ceux qui pensaient que tout le monde deviendrait des petits Spielberg en puissance avec l'avènement des caméras DV se sont fourrer le doigt l'œil : Le cinéma reste un art et une technique qui s'apprend et se transmet. Gageons qu'il en soit de même dans les autres domaines.

À propos de Joost j'en ai parlé récemment :
http://blog.themoosescorner.com/post/2007/02/23/Joost-la-tele-de-demain

Ecrit par : Mox Folder | 27.02.2007

Mox, la fin de la télé ne veut pas dire la fin des films de cinéma, bien au contraire. Il y aura toujours des Spielberg.
Mais la manière de consommer des films (et des contenus en général) s'éloigne inexorablement de la télé. La télé telle qu'on la connait est indissociable de la notion de grille de programme avec un horaire et un choix éditorial de la chaine.
Hors cette notion est en train de voler en éclat avec Internet.
Les gens veulent consommer des films quand bon leur semble. Cela a commencé avec les DVD et le Home Cinéma. Quand la VOD se sera généralisée, qui voudra encore regarder un film à la télé ? D'ailleurs, les scores d'audience des films à la télé sont en chute libre depuis plusieurs années et le phénomène s'accélère. Avant 5 ans, il est probable qu'il n'y aura plus un seul film programmé sur les grandes chaines généralistes.

Ecrit par : Jean-Baptiste | 27.02.2007

Juste pour info, le terme de post televison (le 3ème) n'est pas de Umberto Eco mais de JL Missika.
J'ai aussi adoré le livre et l'ai chroniqué en ajoutant des vidéo pour se replonger dans la temporalité
http://ulik.typepad.com/leafar/2006/10/en_quelques_ann.html

Un chouette livre pour une bonne discussion.

Ecrit par : leafar | 28.02.2007

Merci Raphaël pour cette précision.

Ecrit par : Jean-Baptiste | 28.02.2007

"Avant 5 ans, il est probable qu'il n'y aura plus un seul film programmé sur les grandes chaines généralistes."

Ce serait peut etre la meilleure chose qui puisse arrive au cinéma : des films en format non respecté et amputé non merci. Heureusement qu'il y a des chaines payantes comme Canal pour respecter ceci.

Mais la télé ce n'est pas que des films, c'est aussi des fictions (séries TV), des documentaires, reportages, etc...

Ecrit par : Mox Folder | 28.02.2007

La TV cathodique va bien évidemment s'essouffler d'ici à quelques années. Par contre pour la nouvelle TV, l'Internet est sans doute beaucoup plus fort dans son potentiel que ce que peut proposer la téléphonie mobile.

L'Internet pourra assouvir nos désirs de créer notre propre TV alors que la téléphonie est extrêmement réducteur notamment dans sa manière d'utilisation où l'on ne pourra "consommer" que de petits programmes aux formats ultra courts. Le net est une explosion télévisuelle qui permettra de garder les formats déjà connus.

Ecrit par : jotbou | 01.03.2007

jotbo la "TV cathodique" n'existe déjà plus ;o)

Ecrit par : Mox Folder | 01.03.2007

j'ai un peu de mal avec toutes ces theories de fin de la télé ou fin de la presse papier avec l'arrivée d'Internet.

La presse n'a pas tué la messe du dimanche
La radio n'a pas tué la presse
Le cinéma n'a pas tué la radio
La télé n'a tué personne

le déclin de la presse écrite par exemple n'est pas contemporain de l'arrivée d'Internet.

Jusqu'ici, aucun nouveau média n'a tué les précédents, ils ont evidemment dû se transformer mais il s'agit seulement d'évolution et de fractionnement des modes de consommation.
Il y a 50 ans on écoutait les feuilletons radiophoniques.
Il y a 15 ans on regardait le film du dimanche soir
Aujourd'hui on fractionne

J'entendais une archive France Inter la semaine dernière : en 1947 des commentateurs s'inquiétaient de l'impact de la télévision sur la radio.

Tu as l'impression que la radio a disparu ?

Ecrit par : FDumeny | 04.03.2007

Fred, les titres de mes posts sont volontairement provocateurs, pour... faire réagir. ;-)
Je suis bien d'accord avec toi qu'il ne s'agit pas de la fin de la télé tout court. Il s'agit néanmoins de la fin de la télé comme média dominant.
La radio n'a pas disparu, mais la télé lui a clairement fait perdre son rôle de média dominant. La télé va sans doute survivre à l'Internet (ce qui l'obligera néanmoins à repenser entièrement sa grille de programmes), mais demain, ce ne sera plus le média dominant qu'elle est encore actuellement.

Ecrit par : Jean-Baptiste | 04.03.2007

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