« L’égalité des chances, facteur clé du développement économique | Page d'accueil | Quelle est la valeur d’une idée ? »
01.06.2007
La fin de l’industrie informatique
L’industrie informatique semble bénéficier d’une vitalité à toutes épreuves. Il parait paradoxal d’annoncer sa fin. Pourtant, dans les années qui viennent, on va assister à un big bang qui risque laisser beaucoup de sang sur les murs. Cette recomposition du secteur promet d’être aussi violente que celle de la sidérurgie des années 80.
Le schéma classique de l’industrie informatique consiste à payer très cher un type en costume-cravate pour vendre un logiciel compliqué à une grande direction informatique. Une fois convaincue, cette dernière lance alors un gros projet pour intégrer ledit logiciel sur ses plateformes. Ce projet étant souvent d’une extrême complexité, il faut en général recourir à un intégrateur externe. Et nous voilà parti pour des mois (parfois des années !) de mise en œuvre, avec les milliers de jours hommes facturés qui l’accompagne.
Régulièrement, on voit des projets qui vont dans le mur, et tout l’argent investi partir en fumé. Même en cas de succès, le client est souvent incapable de mesurer l’efficacité économique réelle de cette gigantesque boite noire. Mais bon, la direction générale se dit que c’est un moindre mal et qu’elle n’a pas vraiment le choix.
Tout le modèle économique de l’industrie informatique repose sur ce schéma compliqué. Pourtant d’ici quelques années, sa fin est programmée. La massification de l’Internet dans toutes les entreprises permet enfin l’émergence d’un nouveau modèle beaucoup plus efficace : le SaaS (Software as a Service).
L’idée de base est simple. Cela consiste à ne plus vendre de logiciels, mais des services liés à l’usage de ces logiciels. Ce changement peut paraitre anodin. Mais en fait, c’est une révolution. Les solutions de SaaS engendrent pour le client des gains stupéfiants :
- Le client ne paye que ce qu’il utilise vraiment, ce qui lui revient vite dix fois moins cher que dans le schéma traditionnel.
- Le client peut utiliser le logiciel immédiatement. Fini les éreintants projets d’intégration qui durent des mois.
- La solution est indépendante de l’environnement client existant et de ses choix techniques passés.
- Si le SaaS est bien conçu, le client n’a quasiment pas besoin de compétences techniques pour l’utiliser.
- Pas besoin non plus pour le client de se soucier des éternels problèmes de production, de supervision, de mises à jour et de la maintenance logicielle.
- Enfin, le choix d’un SaaS plutôt qu’un autre peut enfin se faire sur des critères purement business et non plus techniques.
Les gains du SaaS sont tels que toutes les entreprises utilisatrices de soft y viendront. Tôt ou tard. Mais cela prendra du temps, car l’industrie informatique organise une résistance farouche à cette innovation radicale. De fait, certains gros acteurs du secteur ont beaucoup à perdre.
Tout d’abords, les SSII ne voient évidemment pas d’un bon œil la disparition de tous ces juteux projets d’intégration. Beaucoup d’éditeurs trainent aussi les pieds. L’approche SaaS les oblige à des douloureux changements marketings et organisationnels. Surtout, ils sont peu enthousiastes à l’idée d’abandonner le confortable modèle à la licence où ils pouvaient fixer leurs prix de vente de manière arbitraire. Le modèle à l’usage les oblige à relier la tarification à la réalité opérationnelle du client. Ils savent bien que cette transparence ne peut que pousser les prix vers le bas.
Enfin les grandes DSI des clients ont aussi tout lieu de s’inquiéter. Autrefois seuls détenteurs du savoir technique de l’entreprise, l’émergence du SaaS risque d’affaiblir leur position, voir de les court-circuiter. Tous les arguments sont bons pour rester la main sur le frein : risques sur la sécurité et la confidentialité des données, ou danger de dépendance vis-à-vis d’un tiers.
En France, avec la manie de la plupart des grands clients d’exiger des développements spécifiques, le mouvement vers le SaaS risque d’être encore plus lent qu’ailleurs. Cela fait les choux gras de nos chères SSII nationales qui vampirisent de manière désastreuse les ressources humaines du secteur informatique. Dommage, cela retarde d’autant les énormes gains de productivité à venir pour les entreprises grosses consommatrices de soft.
08:52 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : informatique, SaaS, logiciel
Commentaires
Houla, comment dire, … je pense que tu te trompe sur toute la ligne … Et que bien au contraire c’est plutôt le phénomène inverse qui risque de se produire.
- Prenons dans un premier temps le cas des ERP. Aujourd’hui disons que toute les grandes entreprises en sont équipées ou sont en train de s’en équipé. Lorsque ces entreprises ont mis en place leur ERP ( Qui est le cœur vitale de l’entreprise ), la plus grosse partie du projet est l’intégration dans l’existant de l’entreprise mais aussi et surtout les développements spécifiques nécessaires aux spécificités de celle ci ( Secteur d’activité particulier, méthode de production précise, méthode comptable propre, … ).
Comment tes SaaS peuvent ils remplacer dans ce cas l’ ERP ???
En remplaçant l’ERP par son équivalent SaaS l’entreprise réduira effectivement le coût de son projet ERP, mais elle obtiendra un logiciel qui ne sera pas adapté à ses spécificités. Quand on connaît la criticité d’un ERP, je ne suis pas sur que dans ce cas le choix de l’économie soit judicieux.
- Et le cas de l’ERP n’est pas un cas spécifique, il en est de même pour le développement de Web Services, d’application interne propre, de projet de migration de l’existant, …
- Un autre cas très précis et qui te concerne directement : « Criteo ». A première vu « Criteo » propose un Web Service. Je n’ai pas regardé les détails techniques, mais je suppose que ton Web Service fonctionne avec XML et un serveur du style Weblogic. Si c’est la solution Weblogic que vous avez retenu, je serai curieux de savoir comment il vous sera possible de remplacer l’intégration Weblogic par un « package SaaS ». Egalement je suppose ( Et espère pour vous ) que vous utilisez une sécurisation de votre application Web ( Très probablement par mod_security d’apache en reverse proxy ou par des boîtiers appliance de type RealSentry ). Dans ce cas, il a bien fallu réaliser l’intégration de ceux ci, cela à peut être même nécessité un développement spécifique. Comment auriez vous pu utiliser les SaaS dans ce cas ?
Ecrit par : Mickael | 01.06.2007
tiens le deuxième paragraphe me fait penser exactement à ce qui se passe là ou je bosse... on intègre une application dans nos flux de production qui nous oblige à changer nos process de production mais personne ne semble vraiment comprendre l'intérêt de cette nouvelle application (m'enfin c'est développé en France ;o).
Sinon pour le reste, ça me fait penser aux opérateurs qui offrent des téléphones pour vendre des abonnements téléphoniques et des options à prix d'or. Le logiciel ne deviendrait donc plus qu'un support de vente pour vendre des services...
Ecrit par : Mox Folder | 01.06.2007
T'es consultant en informatique Micki ? Normal que tu défendes ton pré carré avec pleins de mots techniques. Comme tes collègues, tu te nourrit de toute cette complexité. Tout le monde sait que plein de projets EPR sont des catastrophes.
Je suis d'accord qu'en effet l'avenir est en effet dans les plateformes déportées. Exemple d'AchatPro (http://www.achatpro.com) qui fait de l'e-procurement en mode SaaS. Extrait de leur FAQ :
Ai-je des investissements technologiques à prévoir pour utiliser AchatPro ?
Un ordinateur (PC ou Macintosh) ainsi qu’une simple connexion internet et un navigateur sont les seuls équipements nécessaires pour travailler avec AchatPro.
L’e-procurement n’est-il pas réservé aux grosses structures ?
L’acquisition d’un logiciel e-procurement en propre représente effectivement un investissement très lourd qui ne peut être supporté que par de grosses structures. C’est la raison pour laquelle AchatPro a développé son offre AchatPro-eProc : le principe est de donner accès à des entreprises de taille moyenne à sa plate-forme e-procurement via une simple connexion internet.
Ecrit par : TubaL | 01.06.2007
je suis tout à fait d'accord avec Jean-Baptiste, et je le constate tous les jours sur le terrain puisque ma société distribue des solutions informatique pour personnel nomade (autrefois appelées logiciels si vous preférez) uniquement en mode ASP. Je crois aussi beaucoup à ce nouveau mode de distribution.
Ecrit par : romain | 01.06.2007
@ Mickael : Criteo est un cas d'école de mise en oeuvre sous forme de SaaS. Notre moteur de calcul de recommandations en temps réel est extrêmement complexe. Il aurait été très délicat de l'installer chez les clients. De fait, dés le début, nous avons opté pour une distribution uniquement sous formes de web services. Comme cela, toute la complexité du moteur est transparente pour le client et son environnement technique. Le moteur est ainsi accessible au travers d'une API ouverte.
Depuis peu, nous avons poussé la logique jusqu'à encapsuler nos web services sous formes de composants pret à l'emploi.
Bref, le site client peut maintenant installer notre techno en 3 minutes, en copiant simplement trois lignes HTML dans sa page. Quasiment aucune connaissance technique nécessaire pour cette opération, un usage immédiat et un modèle économique uniquement sur l'usage. Le bonheur ! ;-)
Cette stratégie nous a permit un déploiement très rapide qui aurait été inimaginable si on avait décidé de commercialiser sous forme de licences traditionnelles.
Ecrit par : Jean-Baptiste | 01.06.2007
Tubal -> Je ne defends pas mon précarré loin de la, je constate juste que les besoins des entreprises sont tous spécifique et très différent. Rien n'empêche que l'application soit déporté, mais elle nécéssite quasiment toujours une application et une intégration propre a chaque entreprise. Le logiciel universel n'existe pas !
Jean-Batiste -> Je suis tout a fait d'accord avec ta remarque sur Criteo. En effet vous avez déployer votre application sous forme de WebServices pour la rendre facilement utilisable par tous. Mais la n'était pas ma remarque. Je vais repréciser. Votre application Criteo utilise des applications logiciels pour fonctionner ( Et la je ne parle pas du moteur, mais de ce qui est autour ). Ces applications utilisés ont bien été acheté sous forme de licences puis intégrées, configurées de manière spécifique afin de permettre de faire fonctionner le moteur de Criteo !
Je ne pense pas que le moteur de Criteo utilise des application sous forme de SaaS pour fonctionner. La était ma remarque.
J'ai également l'impression que vous m'avez mal compris sur un point, je vais le repréciser. Oui les application déporté sous forme de client leger ont un bel avenir devant elle, mais je voit mal à moins que je me trompe que toute les entreprises puissent utilisé la même application de comptabilité par exemple sans passé par une phase d'intégration et de développement.
Vous penssez très honnêtement qu'il est possible de créer par exemple une application des gestion de factures qui soit universelle et qui convienne sans intégration, ni développement spécifique aussi bien à EDF, Renault, Total que Criteo ou la PME du coin ?
Moi pas
Ecrit par : Mickael | 01.06.2007
La France ne se limite pas au CAC 40! Pour 40 sociétés du CAC, combien de TPE/PME qui toutes utilisent plus ou moins (en direct ou via leur expert-comptable) un logiciel de compta ?
va voir ce que fait une société comme Idylis, je suis convaincu pour ma part qu'ils vont dans un avenir proche prendre de très belles parts de marché...
Ecrit par : romain | 04.06.2007
Romain, je ne connaissais pas Idylis. je suis allé faire un tour sur leur site, ça à l'air vachement bien ce truc.
http://www.idylis.com/Portail_PME/PME_logiciel-comptabilite.aspx
Les logiciels en ligne idylis répondent à la configuration des entreprises moyennes :
* un grand nombre d’utilisateurs (souvent géographiquement distants),
* le besoin de centralisation des données,
* le besoin d’intégration des différents logiciels à l’image d’un PGI.
Ecrit par : TubaL | 04.06.2007

