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08.06.2007
L’avenir des brevets en question
Récemment, la Cour Suprême des Etats-Unis a rendu un arrêt majeur pour préciser certaines limites en termes de brevetabilité. En particulier, ne peut faire l’objet d’un brevet la simple combinaison de deux technologies existantes. L’argument des juges repose sur le fait qu’il existe une innovation naturelle incrémentale à l’échelle de la société toute entière. Cette innovation incrémentale viendra de toute façon un jour ou l’autre. Il n’est donc pas raisonnable qu’un acteur privé puisse en verrouiller la valeur sur des dizaines d’années, au seul prétexte d’avoir été le premier à y penser.
Ce coup de frein à la folie de tout brevetable est éminemment salutaire, d’autant qu’il va dans le sens de l’Histoire.
La législation des brevets s’est très bien adaptée à la société industrielle du XXème siècle. Les entreprises investissaient dans la R&D pour concevoir un nouveau produit. Les brevets permettaient d’en amortir la commercialisation. Tout allait bien dans le meilleur des mondes possibles.
En ce début du XXIème siècle, nous sommes en train de basculer de manière très rapide vers une société de services. Les ouvriers de demain ne seront plus dans les usines mais dans les centres d’appel. Les produits sont de plus en plus réduits à l’état de sous-jacents qui disparaissent derrière des offres de services intégrés. Le cas de l’industrie des logiciels est symptomatique de ce changement en cours.
Or les services ne sont pas brevetables en tant que tel (et c’est heureux !). D’autant qu’une grande partie de leur valeur est dans la qualité d’exécution. Les innovations dans ce domaine créent énormément de valeur. Le cas de Dell est exemplaire d’un empire industriel créé sur des innovations de services. Dell est d’ailleurs lui-même désormais confronté à de nouveaux redoutables concurrents asiatiques qui le défient à son propre jeu.
On peut résumer cela par : je peux concevoir le plus beau bijou technologique du monde, mais si je ne sais pas le packager dans une offre adaptée de services, cela n’a aucune valeur.
Rappelons que la justification principale des brevets est d’encourager la R&D en récompensant l’innovation. Mais que se passe-t-il si l’innovation se fait désormais essentiellement sur les services et l'exécution, et non les produits sous-jacents ? En réduisant artificiellement l’accès aux produits, le brevet ne devient-il pas alors un frein à l’innovation de services ?
Il est probable que ce basculement de la création de valeur aura des répercussions fondamentales sur les législations encadrant la propriété industrielle. La frénésie des brevets pourrait bientôt être derrière nous. Sous la pression des industriels eux-mêmes, on devrait au contraire assister à une réduction croissante de leur champ d’application.
12:42 Publié dans Economie, Startups | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : brevets, propriété industrielle, Dell, R&D, innovations
Commentaires
ah si quelqu'un avait pu déposer un brevet sur le fait d'envoyer un logo ou une sonnerie sur un mobile ... ;o)
Ecrit par : Mox Folder | 08.06.2007
Tu crois pas si bien dire Mox. Dans les débuts de Kiwee, un concurrent (dont je tairai le nom par décence), nous avait attaqué en prétendant qu'ils avaient inventé les téléchargements de sonneries sur mobile et donc étaient les seuls à avoir droit de les exploiter. Il nous a fallu presque deux ans de procès pour démontrer l'absurdité de pareille revendication. Beaucoup d'énergie, de temps et d'argent dépensés pour une bataille juridique stérile et ridicule.
Ecrit par : Jean-Baptiste | 08.06.2007
L'idee n'est pas neuve, j'ai suivi une formation en conception de produits industriels en 1999 et la definition de produit etait deja: Un couple forme d'un bien de consommation et d'un ou d'un ensemble de services.
On pourrait aller plus loin en parlant d'un couple hardware + software. C'est plus conceptuel mais plus ouvert.
Dans ce cas, le logiciel n'est pas un produit, il lui manquerait la base hardware. Mais dans le cas de la musique, le hardware etait le substrat. Dans peu de temps, l'oeuvre musicale accompagnera un bien de consommation.
Ecrit par : Georges de Wailly | 09.06.2007
Jean-Baptiste, il n'y a jamais eu autant d'ouvriers dans les usines qu'aujourd'hui. Il pourrait même y en avoir encore plus s'il ne commençait à y avoir pénurie de main d'oeuvre en Chine (Cf. Le Monde de ce jour), il faudra recruter ailleurs, dans des territoires aujourd'hui très peu industrialisés, comme en Afrique. Ce n'est donc pas demain la veille que nous les verrons disparaître !
Ecrit par : Francis | 10.06.2007
Merci Francis de nous rappeler qu'il existe encore des ouvriers dans les pays du Sud ! L'ennui est que le poids de la production en usines traditionnelles (et donc celui des ouvriers) dans la valeur ajoutée globale est en baisse vertigineuse. Ce qui en fait un sujet de moins en moins stratégique pour les entreprises.
Ecrit par : Jean-Baptiste | 11.06.2007
Faut voir comment Thompson vit de ses rentes sur le portefeuille de brevets racheté à RCA. Sans cette vache à lait (justifiée ?), Thompson serait mort depuis longtemps en tant qu'industriel tant sa stratégie a été brouillonne ces dernières années.
Ecrit par : Nicolas | 11.06.2007
Jean-Baptiste, on n'observe nullement une baisse vertigineuse de la valeur ajoutée industrielle. Par ailleurs, l'Allemagne et les USA, qui ne me semblent pas être des pays dits du Sud, restent les deux premières puissances industrielles mondiales, malgré l'ascension de la Chine...
Ecrit par : Francis | 11.06.2007
Il me semble mon cher Francis, que nous avons déjà eu ce débat, non ?!
Pour une paire de baskets Adidas vendue 100 euros, le cout de fabrication ne représente que 4 euros (et ces 4 euros incluent le salaire des ouvriers de l'usine, mais pas seulement). Cela montre bien la marginalisation du poids des usines de production (au sens traditionnel) dans la chaine de valeur globale des entreprises.
http://rudelle.blogspirit.com/archive/2006/10/20/faut-il-avoir-peur-des-delocalisations-industrielles.html
Ecrit par : Jean-Baptiste | 11.06.2007
Eh oui, ce débat est loin d'être clos. Votre exemple ne démontre en rien que la valeur ajoutée industrielle est en "baisse vertigineuse".
Quelle était, à l'échelle mondiale, la valeur ajoutée industrielle globale en 1960 ? Quelle est-elle aujourd'hui ? Quelle sera-t-elle en 2020 ?
Ecrit par : Francis | 11.06.2007

