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19.11.2007
Le très long chemin de l’Internet mobile
A la fin des années 90, on a connu la folie du WAP à qui on prédisait un futur d’une ambition délirante. L’éclatement de la bulle Internet a calmé les esprits. Les spécialistes du secteur reconnaissent que les seules applications mobiles qui ont vraiment décollées sont les téléchargements de sonneries, de fonds d’écrans et de jeux, ainsi que la télé-convivialité (le chat rose au sens large). On est loin des visions grandioses des gourous du mobile qui nous expliquaient (sans rire) que les gens allaient se ruer massivement sur le WAP pour boursicoter, acheter leurs billets d’avions, leurs livres, voir leur nouvelle machine à laver.
Depuis le retour en grâce du web auprès des analystes, le buzz autour de l’Internet mobile (cad via le téléphone) a repris des couleurs. On nous explique que comme pour l’Internet, on a jeté un peu vite le bébé avec l’eau du bain. Tout ce qu’on racontait était vrai, il fallait juste être un peu plus patient que ce qu’on avait prévu initialement.
L’idée sous jacente est très intuitive : il y a beaucoup plus de téléphones mobiles que d’ordinateurs dans le monde. De plus, le téléphone est dans la poche, donc accessible en permanence. Donc les opportunités de se connecter à l’Internet sont potentiellement beaucoup plus importantes via le téléphone que via un ordinateur. Conclusion logique : à terme, le téléphone deviendra le mode d’accès dominant au web.
Force est de constater que pour l’instant on n’en prend pas vraiment le chemin. Autant l’Internet via un PC explose, tiré par une très vigoureuse croissance du commerce électronique. Autant l’Internet mobile s’obstine dans une croissance extraordinairement décevante. En dehors des applications spécifiques au téléphone mentionnées ci-dessus, le poids de la navigation sur le web via le téléphone est négligeable par rapport à l’accès via un PC, que ce soit en volume ou pire en transactions.
Et pourtant, les acteurs de la filière se donnent un mal fou. Les constructeurs bourrent leurs combinés de fonctions multimédias. Les opérateurs déploient à grand frais une couverture EDGE et 3G pour augmenter les débits.
Alors où est le bug ? En fait, les vrais problèmes structurels de l’Internet mobile n’ont toujours pas été résolus. Le principal est l’inconfort de navigation par rapport à l’Internet via un ordinateur.
Tout d’abord, il y a une énorme différence de débit entre l’accès PC et mobile. Pire, cet écart a tendance à s’accélérer. Avec la généralisation de connexions ADLS surpuissantes, les gens s’habituent à une fluidité quasi parfaite, ce qu’on est très loin d’obtenir sur un mobile, même en 3G. Or dans ce domaine, les gens ont des réactions très subjectives : lorsqu’ils prennent l’habitude d’un surf rapide, ils deviennent très peu tolérants s’ils sont soudain confrontés à un surf plus lent.
Ensuite, le mobile dont la contrainte majeur est de tenir dans la poche, a un écran de petite taille. Sa surface est en moyenne 25 fois plus petite que celle d’un écran standard d’ordinateur portable. Cela veut dire qu’à chaque clic, on accède à 25 fois moins d’informations ou qu’il faut 25 fois plus de clics pour accéder à la même information. Or quand on sait ce que chaque clic représente pour un site comme perte de visiteurs, on mesure le cauchemar ergonomique auquel est confronté l’Internet mobile.
De plus, les claviers alphanumériques sur les téléphones restent moins confortables que leur équivalent PC. On s’en rend vite compte lorsqu’il s’agit de remplir le moindre formulaire. C’est un frein terrible pour le mobile commerce où chaque vente passe par la délicate étape où l’on demande au client de saisir ses coordonnées personnelles.
Bref, il est frappant de voir à quel point le PC (portable) surclasse de manière irrésistible le téléphone en termes de confort de navigation. De fait, il truste l’écrasante majorité des connexions web et ne fait que creuser l’écart. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si le seul pays où on a pu croire à l’Internet mobile comme accès dominant, est le Japon où l’i-mode a bénéficié de manière opportuniste du retard notoire de l’ADSL dans ce pays.
Dans un futur prévisible, on ne voit pas très bien ce qui pourrait remettre en cause cette domination du PC sur le téléphone. Seuls les organiseurs-téléphones (type Treo et autres) peuvent espérer vaguement rivaliser. Mais ces téléphones hybrides n’intéressent qu’une niche de professionnels surconnectés, soit au mieux 5% du marché adressable.
Le volume de la publicité étant très fortement corrélé à celle du commerce électronique, je vous laisse tirer la conclusion logique au sujet du mobile advertising, dont le hype n’a jamais été aussi fort… ;-)
19:30 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Internet mobile, WAP, portable
Commentaires
Cela me rappelle l'histoire des mini télés portatives qui sont apparues au début des années 80. Cela n'a jamais marché, car personne ne voulait regarder la télé sur un mauvais écran de la taille d'un Palm Pilot actuel, alors qu'il pouvait le faire sur sa grosse télé de salon.
La télé portative redécolle depuis qu'on a des écrans plats (enfin il s'agit plutot de lecteurs de DVD portatifs), car les écrans plats permettent d'avoir un écran de 9 ou 11 pouces portable d'un poids raisonnable, ce qui donne un confort de visionnage acceptable, contrairement aux vieilles télés portable timbre poste des années 80 (la techno des tubes cathodiques ne permettait pas d'avoir en même temps un écran d'une taille acceptable ET un machin facile à transporter).
Ecrit par : Niklo | 20.11.2007
Tout a fait d'accord avec toi sur l'influence du form factor, pas adapte au contenu "dense" de l'Internet.
Mais:
- De nouveaux paradigmes de visualisation / navigation, comme ce qu'Apple a fait sur l'iPhone, apparaissent. Je suis curieux de voir les chiffres de navigation web des utilisateurs iPhone. Si j'etais representatif, ce serait une croissance d'ordre infine: je n'utilisais jamais de browser mobile; avec l'iPhone je browse (un peu) tous les jours. Malgre les vitesses 2.5G, pas si lentes que ca a l'usage.
- Des devices "convergentes" sont en preparation. Le vrai precurseur ici n'est pas l'iPhone mais l'UMPC de Intel qui a donne naissance a quelques bidules amusants chez Sony ou Samsung. Ils sont en train de preparer leur plateforme MID ("Mobile Internet Device") qui se rapproche en format de l'iPhone mais avec une connectivite et une puissance plus proche du PC.
A suivre...
Ecrit par : Benoit Bergeret | 20.11.2007
OUi. Clair. Iphone ou autre, l'essentiel de la navigation sur mobile va se faire en Wifi, donc pas de revenus pour les opérateurs. C'est parce qu'ils savent qu'ils ne vont jamais rentabiliser la data qu'ils se goinfrent sur la voix.
Ecrit par : Fred | 20.11.2007
Il est évident que l'Internet mobile est inférieure à l'Internet via PC : le support n'est pas le même. Un ordianteur est beaucoup sophistiqué q'un téléphone portable. Cependant je pense qu'il ne faut négliger le développement de l'Internet mobile. L'arrivée de l'Iphone est un parfait exemple. Il n'est pas encore complet mais il présente tout de même des fonctionnalité du même ordre que l'Internet mobile. A mon avis, l'Internet mobile va nous réserver d'autres surprises.
Ecrit par : Guillaume Chaville | 16.01.2008
Clairement les 2 maitres mots sont convergence et usabilité. Le materiel va évoluer assez rapidement permettant a la mobilité de devenir enfin realité.
Je fait ma pub, lisez cet article : http://www.capitaine-commerce.com/index.php/2008/01/15/472-un-futur-possible
Ecrit par : cobolian | 21.01.2008

