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10.02.2008
Le casse-tête des taxis
Face au conflit des taxis, il est bien sûr facile d’hurler au corporatisme. Il est vrai que le manque de l’offre, notamment à Paris, est une donnée objective. Avant même le prix, la qualité première d’un taxi est sa disponibilité. Or, autant dans les quartiers d’affaire, il est en général assez facile de trouver un taxi, autant dans l’Est parisien, c’est très hasardeux, en encore je parle des créneaux horaires les plus favorables (sans abonnement VIP, le soir c’est carrément de la science fiction).
A première vue, le problème semble insoluble, tant les intérêts des parties sont opposés. Libéraliser le marché (en introduisant ces petits minibus aux tarifs libres qui ont été évoqué) revient à spolier les taxis. D’où leur réaction violente et immédiate. On peut comprendre que quelqu’un qui s’est endetté de 200.000 euros pour acheter sa plaque n’ait pas envie de voir son investissement partir en fumée.
C’est d’ailleurs un cercle vicieux. Plus le prix de la plaque monte, plus il est difficile de réformer le système. Et plus le système est figé, plus cela fait grimper le prix des plaques. A ce propos, je vous recommande l’analyse de GuSiFan sur l’origine de cette mécanique infernale.
Le rapport Attali n’a fait donc qu’agiter un chiffon rouge. Notre super sherpa national a montré encore une fois son stupéfiant sens politique. Il est vrai que lorsqu’on a la chance de détenir la science infuse, on n’a pas vraiment besoin de s’embarrasser des possibles réactions braillardes de quelques mauvais coucheurs.
Pour revenir à nos taxis en sous nombre, il a pourtant été évoqué dans le tintamarre médiatique une piste qui semble plus prometteuse. J’ai d’ailleurs testé l’idée avec plusieurs chauffeurs de taxi qui se sont montré agréablement ouverts. Cela consiste non pas à attribuer gratuitement des licences supplémentaires, mais à les vendre au prix fort et à redistribuer le produit de ces ventes aux chauffeurs existants.
L’augmentation de nombre de licences ferait certes baisser la valeur unitaire de chaque plaque par un effet d’abondance. Mais cette baisse serait amortie par l’augmentation de la taille et de la liquidité du marché. Et en encaissant le produit des ventes, les taxis devraient s’en tirer avec un pécule supérieur, sans que cela ne coûte rien aux caisses (vides parait-il) de l’Etat.
Cela revient à faire payer aux futurs taxis, la retraite des chauffeurs existants. On retrouve un mécanisme similaire à notre bon vieux système par répartition qui dans un marché en croissance (et pour celui des taxis, la marge de progression est importante) marche plutôt bien.
C’est un système souple, qui crée de nouveaux emplois, augmente l’offre pour les clients, tout en étant acceptable pour les taxis existants.
22:34 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Taxis, Attali
Commentaires
Intéressant, mais je pense que l'idée même de changer le système effraie tout le monde, c'est tellement plus simple de ne rien changer ;o) Cela dit ci qui semble poser problème n'est pas tant le prix de la plaque que le nombre de courses qu'un chauffeur fait dans la journée (ils se disent logiquement que plus il y a de chauffeurs et moins ils feront de courses).
Sinon encore une opération com au ras des pâquerette pour le gouvernement, faut croire que le CPE n'a servi de leçon à personne.
Ecrit par : Mox Folder | 10.02.2008
Une autre solution est d'augmenter petit à petit le nombre de taxi, en vendant les licences aux enchères, mais au bénéfices des caisses de l'état (pourquoi pas pour augmenter l'offre de transport public).
Cela serait peut être plus lent pour résoudre le problème, mais ça ne serait sans doute pas moins efficace.
Tizel
Ecrit par : Tizel | 11.02.2008
Ton truc, cela revient à rajouter un nouveau privilège sur un privilège. On n'est pas sorti de l'auberge.
Pour faire passer la pilule aux chauffeurs, on pourrait aussi augmenter le prix des courses. Comme tu dis, ce qui compte avant tout, c'est de trouver un taxi quand tu en as besoin, quitte à payer un peu plus cher.
Ecrit par : Pierre | 11.02.2008
Je suis plutôt partisan de simplement supprimer le numerus clausus tout en indemnisant les taxis : l'Etat rachete les 50 000 plaques (soit 5 milliards d'euros de dépense), qu'il emprunte sur 15 ans et rembourse en ajoutant une taxe 0,5€ par course.
Cette solution a l'avantage de libérer le marché sans braquer les chauffeurs de taxi.
Cette solution est décrite dans le bouquin de Delpla et Wyplosz.
J.
Ecrit par : jean | 03.03.2008

