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14.07.2008
La loi Hadopi sur le téléchargement de musique peut-elle réussir ?
La très controversée loi dit Hadopi actuellement en discussion au Parlement,sera-t-elle capable de corriger l’échec retentissant de la loi DADVSI mort-née ? Rien n’est moins sûr.
Rappelons que l’objectif de ce projet de loi est de protéger le droit d’auteur sur Internet, en essayant de dissuader les internautes de recourir au téléchargement de musique en peer-to-peer. Pour les récalcitrants, les mesures envisagées vont jusqu’à la coupure totale de tout accès Internet pendant un an, tout en continuer à leur faire payer leur abonnement (cette double peine étant une concession aux fournisseurs d’accès pour s’assurer de leur indispensable coopération).
Je ne m’étendrai pas sur les difficultés qui ont été soulevées sur ce projet de loi. Notamment le fait que pour des raisons pratiques, ce n’est pas le méchant téléchargeur qui est poursuivit, mais le propriétaire de l’abonnement Internet (qui ne sont pas forcément la même personne), ce qui entraine de nombreux effets indésirables.
J’aimerai revenir à la question de fond. Cette loi répond-elle aux deux objectifs qui devraient faire consensus, à savoir :
- rémunérer de manière équitable les artistes musiciens
- permettre à un maximum de gens d’écouter toute la musique qu’ils aiment
Pour bien poser les termes du débat, il convient tout d’abord de rappeler que l’explosion du volume de téléchargement sur Internet est bien la cause la plus probable de l’effondrement des ventes de CD. Certes, il reste encore des gens pour vous soutenir – sans rire – que les gros téléchargeurs sont aussi les gros acheteurs de CD. Mais il n’existe aucunes données convaincantes pour étayer cette théorie.
Donc oui, la musique numérique téléchargeable sur Internet est en train de tuer le bon vieux CD.
Revenons à la loi Hapodi, de son vrai nom loi Création et Internet. Dans le meilleur des scenarios imaginé par ses initiateurs, l’inévitable médiatisation des premières condamnations va dissuader 80% des apprentis pirates internautes à télécharger de la musique sur les réseaux non commerciaux.
Malheureusement, cette vision angélique est à côté de la plaque, tant d’un point de vue psychologique que technique. L’exemple du cannabis est là pour montrer que lorsqu’une pratique est devenue répandue au point d’être devenu une norme sociale majoritaire (chez les jeunes), toute tentative d’éradication par la répression est quasi impossible (dans une démocratie).
Mais le pire, c’est que pour le téléchargeur rebelle, il n’est pas compliqué d’échapper à toute poursuite. Il lui suffit de basculer sur un des nombreux réseaux cryptés. Les ayant-droits essayent de se rassurer en se disant que seuls les geeks auront les compétences pour le faire. C’est d’une délicieuse naïveté. L’expérience montre au contraire que lorsque l’enjeu est important, ce type de savoir-faire se diffuse très rapidement dans la population cible.
Bref, l’effet le plus probable de cette loi sera un basculement massif des utilisateurs sur des communications cryptées qui interdisent tout traçage des téléchargements.
Les ayants-droits ont rejeté en masse la licence globale. Ils espèrent encore que les lois répressives de type Hapodi vont sauver leur modèle économique traditionnel de paiement de la musique à l’acte.
L’ironie veut que lorsqu’ils auront enfin réalisé que la voie répressive est une impasse, ils trouveront soudain plein de charme à cette licence globale.
La licence globale implique néanmoins d’autres difficultés sérieuses que j’essayerai d’analyser dans une prochaine note.
13:40 Publié dans Internet, Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : musique, licence globale, loi Hapodi, loi Création et Internet
Commentaires
Merci Jean Baptiste pour ce billet. Effectivement, les 2 points qui font que cette loi sera un échec sont bien ben valeur: Cryptage des données et apprentissage rapide de ce processus par les utilisateurs. On l’a vu avec l’iPhone, malgré les menaces juridiques et techniques d’ AT&T et d'Apple, le unlocking est devenu une pratique courante de la rue et rien n’a pu être fait.
La répression doit s’appuyer sur la technologie et la l’histoire nous prouve que les organismes en charge sont dépassés.
Mais dans tout cela la rémunération de l’artiste n’est pas résolue. La License globale sonne bien a l’oreille et semble moralement correcte ; néanmoins sa redistribution aux artistes sera terriblement compliquée et il y aurait toujours le label qui prendra sa part pour « frais de marketing avancés »
Le modèle des Radiohead est séduisant - les fans donnaient ce qu'ils voulaient - car selon l’information disponible le groupe aurait empoché en moyenne $8/album téléchargé (In the Rainbow), donc plus que ce que la somme qu’il aurait perçu par son ancien label. Les mauvaises langues disent qu’ils peuvent se permettre ce genre de prestations étant donné leur notoriété et notoriété acquise via la machine marketing traditionnelle des labels. Bref on s’e sort pas.
Ils emblerait qu’en fait la musique soit un bien un produit d’appel pour la promotion des concerts, ou le revenu des artistes devient réel et conséquent (les fameux deal à 360 degrés de LiveNnation avec Madona, Shakira etc..). L’an dernier Prince a offert en Angleterre sont album gratuitement dans le Guardian (300.000 copies). Il a néanmoins, à partir de la publicité dégagée, gagné £12M sur ses concerts.
Donc le combat du téléchargement illégal par répression ou taxes semble vraiment un combat du passé, un combat orchestré par des gens qui ne comprennent pas l’évolution des mœurs, des artistes et de la technologie.
Il n’y a pas grand souci à ce faire, le degré d’ennui reste après tout minium et le marché en général s’impose.
Ecrit par : andre taliercio | 18.07.2008
André a raison, "les organismes sont dépassés". Et Radiohead, Prince et consorts font école. Reste que, le soutien des connus envers les inconnus reste à se créer, pour que les nouveaux se fassent une place dans tout ça... même petite
Ecrit par : elle | 25.07.2008
André, merci pour ton commentaire détaillé dont je partage amplement les conclusions.
@elle : A mon avis, il y aura toujours besoin "d'organismes". C'est juste que leur métier va changer. Ce ne sera plus des collecteurs de droits, mais des gestionnaires de notoriété. Voir mon post à ce sujet.
Ecrit par : Jean-Baptiste | 16.08.2008

