18.04.2008
Petit portrait d'entreprenaute
Pour ceux que cela intéresse, Jérôme Boutellier m'a fait une petite interview en vidéo haute définition sur NetEco où il a réussit à m'arracher (sous la torture bien sûr) quelques anecdotes sur mon parcours.
09:05 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Rudelle, Neteconomie
26.06.2007
Gloire et limites de la grande entreprise
Pourquoi la révolution industrielle a-t-elle démarré précisément dans la seconde moitié du XVIIIème siècle en Angleterre ?
Les historiens ont beaucoup disserté sur l’Angleterre. Ce qui lui a valut de jouer les pionniers tient au fait qu’à l’époque c’était le seul pays dont la gouvernance se rapprochait (vaguement) de la feuille de route idéale d’un Etat de droit. Les inégalités y étant aussi moins criantes qu’ailleurs, la création d’un marché de masse y fut plus facile.
Moins connus sont les mécanismes qui ont conduit à cette industrialisation, dont le secteur du textile fut l’un des principaux vecteurs. Depuis le Moyen-âge, on avait assisté à une succession d’améliorations techniques remarquables. Avec le temps, le tissage de la laine (le coton n’était pas encore connu) était devenu de plus en plus efficace.
Les artisans travaillaient de chez eux sur des métiers à tisser individuels. La matière première et les machines étaient financées par les marchands en avance de leur production future. Ce système avait l’avantage d’être d’une grande souplesse. Les marchands pouvaient adapter les livraisons de laine vierge en fonction de la demande. Ils ne payaient les artisans qu’au résultat. Ces derniers appréciaient aussi beaucoup cette flexibilité. Cela leur permettait de continuer à exploiter leur lopin de terre durant les périodes creuses.
Toutes les tentatives de regrouper des artisans tisseurs dans des fabriques furent vouées à l’échec. Les gains de productivité espérés par la concentration étaient loin de compenser la rigidité du système.
Mais au XVIIIème siècle, ce système bien rodé trouva finalement ses limites. De nouvelles machines très efficaces apparurent. Ces nouveaux métiers à tisser permettaient d'énormes gains de productivité. Par contre, ils coutaient très chers, donc il était hors de question de les installer chez chaque artisan. Il apparut alors que le regroupement d’artisans dans des proto-usines devenait enfin rentable. Pour la première fois dans l’Histoire, les effets d’échelle étaient plus importants que l’inévitable rigidité qu’ils induisaient. La généralisation de la machine à vapeur accéléra ensuite ce phénomène qui conduisit à la naissance des usines et du monde ouvrier. Ainsi était née la « révolution industrielle ». On connait la suite.Les grandes entreprises se sont développées sur cette notion d’effets d’échelle. En concentrant des ressources, on arrive à produire plus et moins cher. Aujourd’hui à l’heure des grandes multinationales, ce modèle parait au sommet de sa puissance.Pourtant la combinaison de plusieurs phénomènes majeurs amène à penser qu’on pourrait tout à fait voir se dessiner un chemin inverse. Tout d’abord, la généralisation de l’ordinateur individuel permet à chacun d’avoir à titre personnel une machine aussi puissante que celle qu’il peut obtenir par son employeur. Ensuite, la massification d’Internet permet à chacun d’être connecté à tous. Or, nous entrons dans l’économie de la connaissance où la valeur glisse de la production à l’innovation. Dans ce nouveau cadre, une poignée d’individus déterminés se révèle souvent bien plus efficace que des grands centres de R&D. Reste aux grandes entreprises la commercialisation, qui nécessitera presque toujours des moyens lourds.
L’industrie pharmaceutique est en train de basculer dans ce schéma, les grands laboratoires se contentant de plus en plus de gober les startups au fur et à mesure qu’elles conçoivent de nouvelles molécules innovantes. D’autres secteurs y viennent aussi sans bruit, notamment dans les technologies de l’information. Dans ce schéma, l’équilibre pourrait se trouver modifier entres d’un côté des individus et des PME moteurs de l’innovation, et de l’autre des grandes entreprises qui en seraient les tuyaux de distribution.
03:14 Publié dans Création d'entreprise , Economie , Startups | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : PME, grandes entreprises, révolution industrielle, innovation
05.06.2007
Quelle est la valeur d’une idée ?
Il m’arrive assez régulièrement de discuter avec des porteurs de projet qui envisagent de monter leur entreprise, voir qui en ont déjà bien entamé les premières étapes. La plupart du temps, on a des discussions passionnantes à bâtons rompus et surtout sans langue de bois. Je n’hésite pas d’ailleurs à mettre les pieds dans le plat quand je ne sens pas un truc. C’est toujours constructif. J’ai moi-même beaucoup apprécié les feedback extérieurs que j’ai pu avoir à l’époque de Kiwee, et aujourd’hui sur Criteo. Rien ne vaut la confrontation d’idées pour affiner son plan d’action.
Parfois, je tombe néanmoins sur des gens qui me disent en substance : « j’ai une super idée, mais je ne peux rien dire, sinon on va me la voler ». Cette paranoïa de l’entrepreneur en herbe est ultra-classique. A l’époque de mes premiers projets, j’avais moi-même eu du mal à m’en extraire.
C’est dommage, car cette peur repose sur une illusion : celle de croire que les idées ont une valeur intrinsèque. En tant que telles, les idées n’ont aucune valeur. Ce qui a de la valeur, c’est uniquement la mise en œuvre efficace d’une idée.
Les consultants en stratégie dont le métier est de vendre des idées en savent quelque chose. S’il n’y a personne pour implémenter leurs brillantes recommandations, elles finissent au fond d’un tiroir et n’ont aucune valeur. Etant moi-même un ancien consultant, j’ai pu constater que ce qui fait la différence entre une futile discussion de salon et un vrai processus de création de valeur, c’est la capacité d’exécution. Pas très glamour, mais c’est la dure réalité.
Il existe une autre raison pour laquelle les idées ont de moins en moins de valeur. Le monde postmoderne est de plus en plus complexe. De fait, il devient très difficile de juger si une idée est bonne ou non. Dans la plupart des cas, la seule manière de trancher est de la mettre en œuvre (au moins partiellement) et de juger sur pièce. D’où l’extrême importante d’avoir une bonne capacité d’exécution.
Le facteur clé de succès n’est pas d’avoir des idées, mais d’être capable de les confronter à la réalité, et si possible de manière rapide et flexible. En passant, il est heureux que les idées ne soit pas brevetables. La possibilité de breveter une idée serait non seulement une absurdité conceptuelle, mais un frein catastrophique à la seule vraie innovation créatrice de valeur : la mise en œuvre des (bonnes) nouvelles idées.
12:37 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : entrepreneurs, brevets
26.05.2007
L’esprit du net et les entrepreneurs
Dans un pays où on souffre d’un déficit structurel de PME innovantes, je trouve toujours très réjouissant de rencontrer des collègues entrepreneurs. Des gens qui ont réussi à franchir le pas, à passer de l’idée aux actes, en sachant domestiquer l’inévitable prise de risque que cela comporte.
Bien sûr la majorité des entrepreneurs que je rencontre sont liés à Internet. Mais il m’arrive aussi au hasard des rencontres d’approcher des domaines aussi variés que les biotechnologies, le développement durable ou la logistique. Toujours instructif de voir des gens confrontés à des problèmes très différents des nôtres.
Sur le net, j’ai pu constater une solidarité très particulière entre cyber-entrepreneurs. Et cela à maintes reprises. Nous formons une petite communauté étonnamment soudée. Cela se manifeste par moults aspects comme une facilité d’accès à chacun, un tutoiement quasi de rigueur, mais surtout une ouverture d’esprit spontanée et précieuse les uns avec les autres. La règle générale est la coopération bien plus que la compétition.
Cela peut sembler évident. Mais c’est loin d’être pareil dans tous les secteurs. En 2005, j’ai un peu approché le brick-and-mortar, en contribuant au lancement d’un nouveau concept de restauration rapide. J’y ai découvert une autre planète d’entrepreneurs, faite de jalousies, de suspicions et de chacun pour soi.
Ce remarquable « esprit du net » est sans-doute lié à une conscience partagée d’affronter un défi commun. Il est vital pour nous de développer et de viabiliser l’écosystème du web dans son ensemble. Chacun séparément, nous sommes encore tous des petites PME qui pèsent peu à l’échelle du PIB. Ensemble, nous commençons à avoir les moyens d’offrir une alternative crédible face à la « vieille » économie. C’est passionnant. Et cela crée aussi une solidarité de fait.
C’est encore plus marqué pour le petit club des « sérials entrepreneurs » du web dont j’ai la chance de faire parti. On a tous survécus aux délires de la bulle Internet des années 1999-2000. Cela nous donne une conscience commune aigue qu’il faut éviter de retomber dans ces excès. L’image du web en a été durablement ternie. On a mis d’ailleurs plusieurs années à effacer ce mauvais départ dans l’esprit du grand public.
On a la chance d’être aujourd’hui dans une conjoncture très favorable pour l’Internet. Quoi qu’on en dise, la vague dite web 2.0 est saine, et n’a heureusement pas grand-chose à voir avec celle de l’ancienne bulle. Profitons-en pour encourager toutes les initiatives et renforcer encore ce si précieux tissu de solidarités actives.
16:20 Publié dans Création d'entreprise , Internet , Startups | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Entrepreneur, PME, Bulle, solidarité
18.03.2007
Private equity, la sérénité du non coté
Le private equity (non coté en français) a connu depuis quelques années un essor impressionnant. Jusque à la fin des années 90, le LBO était une technique financière connue seulement d’un groupe restreint d’initiés. Les cibles étaient des PME indépendantes sur des secteurs matures qui permettaient une très bonne prévisibilité des flux de trésoreries.
Depuis l’éclatement de la bulle Internet, la machine à LBO s’est accélérée de manière vertigineuse sur des cibles de plus en plus importantes et variées. Aujourd’hui, les opérations de sortie de la cote (public to private) par rachat du flottant sont devenues monnaie courante. Et sur le segment des fusions acquisitions, ce n’est plus les industriels mais les fonds d’investissements qui le plus souvent mènent le bal.
La raison de cet engouement est évidemment les taux de rendement affichés sur ces opérations. Avec un TRI souvent au-delà de 20% pour un risque perçu comme modéré, cela a de quoi séduire. Les opérations secondaires se multiplient avec des effets de levier de plus en plus pointus, au point qu’on entend régulièrement les pessimistes nous annoncer l’éclatement de la bulle LBO.
Le pire n’étant jamais sûr, il se peut que ce soit non une mode, mais au contraire une évolution profonde de la manière de faire du capitalisme. Si c’est le cas, il faut se demander si cela va dans le bon sens.
Du côté des détracteurs, la critique de ces « fonds vautours » est bien connue. La technique du LBO consiste en gros à siphonner le cash de la société au profit des actionnaires. En étant en permanence sur la corde, l’entreprise s’en trouve fragilisée, avec en corolaire un risque accru pour les salariés.
Mais la Bourse est-elle mieux ? La forte liquidité des actions qui fait l’attrait des marchés cotés a comme revers l’instabilité chronique et l’obsession du court terme. Comment un dirigeant d’entreprise peut-il bâtir une vision commune avec des actionnaires par nature opportunistes qui, au moindre coup dur, vont vendre leurs actions dans les 5 minutes au plus offrant ? Et encore, cela concerne seulement ceux qui s’intéressent aux fondamentaux des entreprises. La majorité des investisseurs boursiers s’en contre fichent, et prennent leur décision d’achat ou de vente uniquement sur l’anticipation des tendances haussières ou baissières.
La faible liquidité du private equity implique un rapport à l’entreprise très différent. En premier lieu, cela oblige à une très forte rigueur d’analyse dans les choix d’investissement. Ensuite pour tirer le meilleur de son investissement, le financier est contraint de se focaliser sur la création de valeur à long terme de l’entreprise et non sur un coup de poker à effet immédiat. Et puis, en cas de retournement de marché, les risques de contagion systémique sont beaucoup moins importants que sur le marché boursier.
Voilà qui remet un peu de sérénité et de perspective dans notre société obsédée par le court terme. Le non côté renoue avec la vision originelle en faisant de l’actionnaire un véritable associé de l’entreprise. C’est la raison qui explique pourquoi au final, les rendements financiers sont (pour les investisseurs avisés) en général nettement plus attractifs dans le non coté que le coté.
22:00 Publié dans Création d'entreprise , Economie , Startups | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bourse, private equity, LBO, actionnaire, entreprises
09.01.2007
Mieux que les stock options
Les stock options (et les BCE qui sont l’équivalent français) ont été inventées pour permettre d’intéresser les salariés au succès de l’entreprise. Pour une start-up, cela présente au moins 4 avantages :
- attirer des profils de haut niveau qui sinon n’auraient jamais été intéressés par une PME,
- fidéliser les salariés en les associant sur le long terme à l’entreprise,
- proposer une forme originale de compensation financière qui ne pèse pas sur la trésorerie de l’entreprise
- offrir aux salariés un effet de levier potentiel important sans qu’ils aient besoin de risquer leurs petites économies
Enfin, les stock options concrétisent aussi l’idée d’une aventure commune autour d’un projet d’entreprise, ce qui est très important dans une petite structure qui bouge vite.
Bien utilisés, les stock options bénéficient en outre d’une fiscalité attractive. Cet outil souffre néanmoins d’un lourd handicap lié au prix d’émission de l’option. Si ce prix est trop élevé, la liquidité peut se faire à une valorisation inférieure. Dans ce cas, le salarié ne touche rien du tout, ce qui est un peu frustrant, et retire tout intérêt à la chose.
Depuis 18 mois, il existe un nouvel outil juridique qui corrige cette imperfection : l’émission d’actions gratuites. Comme son nom l’indique, il s’agit cette fois de distribuer des actions et non des options. Ces actions étant gratuites, quel que soit le prix de sortie, le salarié est a priori toujours gagnant. Cela revient en quelque sorte à émettre des stock options dont le strike serait à zéro.
Par son efficacité, ce nouveau dispositif (utilisé chez Criteo) ringardise nettement les bonnes vieilles stock options. Il est à mettre en perspective avec en parallèle le rajeunissement du Crédit Impôt Recherche et l’arrivée depuis quelques années du remarquable statut de Jeune Entreprise Innovante.
Qui a dit que la France n’était pas un beau pays pour créer des start-ups ?!
15:14 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : stock options, BCE, actions gratuites, fiscalité
10.11.2006
Une idée américaine pour sécuriser les salariés
Le succès des Démocrates aux élections américaines devrait relancer une des leurs idées les plus intéressantes : la mise en place d’une assurance salaire. De quoi s’agit-il exactement ?
Cela part du constat suivant : lorsqu’on change d’emploi, un des risques majeurs est de ne pas retrouver un salaire équivalent. L’idée est donc que plutôt que d’augmenter les indemnités chômage (ce qui dans l’esprit américain est contre incitatif), on garantit que pendant 2 ans, le nouveau salaire sera aussi élevé que l’ancien. Dans la pratique, l’assurance paye la différence entre le nouveau salaire et l’ancien (jusqu’à concurrence de 50%).
L’idée bien sûr est qu’il faut mieux inciter les chômeurs à accepter un emploi un peu déclassé que de rester inactifs.
Evidement, ce dispositif n’a pas d’intérêt pour le smicard au chômage. Il vise plutôt les employés qualifiés (dont les cadres mais pas seulement eux), pour les inciter à se remettre plus rapidement sur le marché. Il faut savoir qu’en France par exemple, les employés qualifiés représentent un tiers des chômeurs, mais coûtent aux Assedic les deux tiers de leur budget (normal, leurs indemnités chômages sont nettement plus élevées que celles des smicards).
La mesure aurait un autre avantage pour tous les employés qui s’ennuient dans leur travail (ou pire, qui savent pertinemment que leur boulot actuel n’a pas d’avenir). Certains estiment avec raison qu’ils auront beaucoup de mal à retrouver un boulot avec un salaire équivalent. Surtout s’ils sont obligés de changer de métier.
De fait aujourd’hui, ils s’accrochent à leur ancien job, perdant parfois un temps précieux pour leur carrière. Un dispositif d’assurance salaire leur permettrait de sauter le pas plus facilement. C’est d’ailleurs l’argument majeur des Démocrates américains pour cette mesure : inciter les gens à se reconvertir le plus tôt possible dans des jobs d’avenir, avant qu’ils n’y soient contraints par de douloureux plans sociaux.
15:42 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : reconversion, chômage, carrière, assurance salaire
28.10.2006
La caste des cadres
Le statut des cadres gravé dans le code du travail en est une parfaite illustration. Cet archaïsme franco-français qui fleure bon la caserne est un vrai tabou. Il a survécu dans notre pays contre vents et marées. Le statut cadre remplit une fonction de marqueur social mais surtout, il fige une ségrégation entre salariés qui ne sont pas tous égaux devant la Loi.
Il va sans dire que cette tradition historique aux allures de taylorisme le plus moisi est devenue totalement anachronique. A l’heure des organisations matricielles et du management par projets, ce statut de cadre n’a plus grand sens fonctionnel. On constate d’ailleurs que la grande majorité des cadres n’encadre personne.
En ce début du XXIème siècle, il serait temps de songer à soumettre tous les salariés aux mêmes règles de droit. Si possible en les alignant par le haut sur un même statut (cadre), et cela quel que soit leur niveau hiérarchique ou de compétence. Cette réforme simple ne ferait que nous aligner sur la pratique générale de la plupart des pays industrialisés.
Il est symptomatique qu’aucun politique ne se soit jamais attaqué à ce verrou symbolique. Pourtant la suppression de cette distinction artificielle entre cadres et non cadres devrait (en théorie !) ravir à la fois la droite (simplification du code du travail) et la gauche (mesure égalitaire).
Une idée pour la campagne 2007 ? Malheureusement, il est archi probable qu’aucun candidat ne se risque à une proposition aussi… audacieuse. ;-)
14:35 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : statu cadre, salariés, campagne 2007, organisation, égalitarisme
24.10.2006
Les entrepreneurs et la chance
« Les dés n’ont pas de mémoire… ».
C’est la conclusion d’un joli article sur les serial entrepreneurs dans les Echos de ce matin (Les_Echos_24.10.06.pdf, article dans lequel je suis cité en bonne compagnie, notamment de Pierre Chapaz et Gilles Babinet).Cette belle citation est de Marc Simoncini, une des figures emblématiques du web français. Après avoir revendu avec une certain brio iFrance à Vivendi en 2000, il a réussit un développement époustouflant avec Meetic, qui est devenu le premier service de rencontres en Europe.
Ce serial entrepreneur a un palmarès qui pourrait justifier une pesante autosatisfaction. Et pourtant, Marc reconnait avec simplicité que dans toute entreprise le facteur chance est déterminant. Réussir une fois n'est absolument pas une garantie pour le futur. Sa lucidité sur la fragilité du succès est une belle leçon d'humilité.
Je me retrouve entièrement dans ses propos. Non seulement, la création d’entreprise nécessite intuition, courage et obstination. Mais cela ne suffit pas au succès. Il faut aussi être au bon endroit au bon moment, ce qui relève souvent en grande partie du hasard.17:25 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : meetic, simoncini, chapaz, entrepreneur, chance
01.04.2006
la fin tragique du 12
Vous avez sans doute tous remarqué le déferlement publicitaire sur les numéros 118 XXX. Lundi 3 avril, le bon vieux 12 disparait. Pour les renseignements téléphoniques, il faudra désormais choisir entre une pléthore de numéros à 6 chiffres. On nous dit que ce « progrès » va unifier les numéros de renseignement sur toute l’Europe. Cela permettra quand on voyage à l’étranger de ne retenir qu’un seul préfixe pour tous les services de renseignement. Bravo. Combien de gens éprouvent le besoin d’appeler les renseignements locaux lorsqu’ils sont en déplacement court à l’étranger ? Moins de 0,1% de la population, et encore en comptant large. Donc pour améliorer marginalement le confort d’une poignée de voyageurs exigeants, on va compliquer la vie de 99,9% de la population. Quelle belle leçon de démocratie. Pauvre Europe ! On voudrait stimuler l’hostilité grandissante des peuples contre la technocratie bruxelloise qu’on ne s’y prendrait pas mieux.
L’autre argument de ce big bang des renseignements repose sur les supposés bienfaits de cette nouvelle concurrence. Il y a pourtant fort à parier que dans quelques années, cette libéralisation deviendra un cas d’école de l’absurdité à laquelle peut mener une application trop dogmatique des théories du marché. Autant la concurrence sur les services téléphoniques classiques est très profitable au marché (les prix des appels ont très fortement baissé depuis 10 ans), autant la libéralisation des numéros de renseignements risque vite de tourner au cauchemar pour le client final. Outre un important surcroit de complexité, il est assez probable que cela entraine à moyen terme un renchérissement mécanique du service. Un comble. Ce n’est pourtant pas difficile à entrevoir. Pour émerger en notoriété, chaque numéro doit en effet dépenser des sommes énormes en publicité (ce que n’avait évidement pas besoin de faire le 12). Pour les gagnants de cette course, il faudra bien récupérer leur investissement. Soit en dégradant le service, soit en augmentant le prix. C’est inévitable.
Si on voulait améliorer le 12, il aurait été plus rationnel de lancer un appel d’offre sur un cahier des charges ambitieux, en terme de prix et de services. Le mieux disant aurait gagné la concession pour une période donnée. Cette belle concession étant bien sûr remise aux enchères à dates régulières pour éviter que le concessionnaire ne s’endorme sur sa rente de situation. Alors qu’avec la méthode des 118 multiples, on a choisit de subventionner le marché publicitaire. Espérons au moins qu’on conserve le 12 pour connaitre la liste des différents… services de renseignements !
19:07 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Entrepreneur

