05.03.2008
Les biocarburants, moteur de la faim ?
Avec le pétrole installé au dessus des 100 dollars le baril, les partisans des biocarburants bénéficient d’une conjoncture très favorable pour faire progresser leur cause. Les initiatives fleurissent un peu partout, l’Amérique et l’Europe rivalisant de volontarisme pour faire de ces biocarburants (qu’il faudrait en fait appeler agro-carburants pour éviter toute confusion) une piste crédible pour réduire notre dépendance au méchant pétrole fossile.
Je ne rentrerai pas dans la virulente (mais très technique) polémique sur le bilan énergétique des biocarburants dont certains affirment qu’il est globalement négatif (ce qui serait un comble). Les biocarburants sont aussi accusés d’être le cheval de Troie des OGM (qui deviendraient de ce fait acceptables, puisque non destinés à la consommation humaine). Il y a aussi le débat (à la mode mais récent et discutable) sur les possibles bienfaits des biocarburants contre le réchauffement climatique.
Cependant, tout cela parait un peu dérisoire, tant les vrais enjeux sont ailleurs. En effet, la très probable montée en puissance des biocarburants va avoir un impact fantastique sur l’économie mondiale dans les années qui viennent.
Pour comprendre les forces en jeu, il faut d’abord faire un petit tour par nos assiettes. On a beau s’empiffrer, chacun a une capacité d’absorption somme toute limitée. De fait, la demande en produits alimentaires est donc inélastique.
Cette particularité a eu une conséquence importante sur le secteur agro-alimentaire. Lorsque les rendements agricoles se sont envolés en Europe dans les années 70, on s’est rapidement trouvé avec des surplus qu’on ne pouvait plus écouler sur nos marchés domestiques (les Etats-Unis ont été confrontés encore plus tôt au même problème).
Face à cette demande inélastique, l’industrie agricole s’est donc tournée vers l’exportation. Ces énormes surplus ont nourri une baisse tendancielle des prix sur les marchés mondiaux. Dans les années 80, il a donc fallu lourdement subventionner les agriculteurs (via la PAC en Europe) pour compenser les prix trop bas, ce qui était assez paradoxale pour une industrie qui s’était par ailleurs illustrée par des gains de productivité époustouflants.
Depuis les années 2000, le décor a radicalement changé. La population mondiale s’est fortement accrue, mettant sous pression une révolution verte qui tend aussi à s’épuiser (notamment à cause de problèmes hydriques). En conséquence, les cours des matières premières agricoles explosent, à la plus grande joie des agriculteurs européens.
Et voilà qu’en parallèle, grâce à la divine montée du baril de brut, les biocarburants deviennent enfin rentables. La tentation est forte de spécialiser une partie de des terres cultivables vers ce nouvel eldorado. Emmené par le Brésil et l’Indonésie, on assiste à la ruée des pays du sud (où par ailleurs les rendements des biocarburants y sont de loin les meilleurs) en mal de devises vers ce nouvel or vert.
Ce redéploiement accéléré vers une production non alimentaire va nourrir mécaniquement les tensions sur les prix des matières premières agricoles. Pour faire court, les moteurs des pays riches se retrouvent soudains en concurrence avec les ventres des pays pauvres. Vu les forces en présence, il n’y a besoin d’être très clairvoyant pour imaginer qui aura la part du lion.
Pour l’Europe et les Etats-Unis, cette redistribution des cartes procure une double aubaine irrésistible. Non seulement ils diversifient leurs approvisionnements en carburants, en limitant leurs achats de pétrole fossile à des régimes hostiles. Mais en plus, de part leur production alimentaire structurellement excédentaire, ils sont les grands bénéficiaires de la montée des prix agricoles. Face à de telles opportunités stratégico-économiques, il est à craindre que les considérations humanitaires ne pèsent pas lourds dans la balance.
06:50 Publié dans Développement durable, Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : biocarburants, pétrole, Brésil, agriculture, faim
20.10.2007
Al Gore, un drôle de Prix Nobel de la Paix
Le développement durable est devenu tellement à la mode qu’il est partout. Vous avez certainement remarqué que depuis quelques mois, toutes les boites du CAC40 y vont de leur pub écolo. Même les constructeurs automobiles arrivent maintenant à nous expliquer qu’ils sont des entreprises modèles.
Si on peut louer l’intention éducative, on ne peut s’empêcher de sourire devant la ficelle un peu grosse de ces lourdingues opérations de com. A trop vouloir nous matraquer sur l’éco-responsabilité, on va finir par coller la nausée verte aux gentils éco-citoyens.
L’attribution du prix Nobel de la Paix à Al Gore sonne comme un joli point d’orgue dans cette frénésie écologique. Certes on peut mettre à l’actif d’Al Gore d’avoir contribué à animer le débat sur le réchauffement climatique aux Etats-Unis. Cela justifie-t-il pour autant un prix Nobel de la Paix, dont la symbolique est si forte ?
La notoriété récente d’Al Gore dans le domaine écologique repose en grande partie sur son film « An Inconvenient Truth ». Mais ce film est un drôle de patchwork où se mêlent des images de sa campagne malheureuse contre Bush (où on vous fait comprendre qu’il aurait dû gagner), le sujet écologique et une autopromotion (très américaine) d’Al Gore lui-même. Indépendamment de l’argumentation de fond sur le réchauffement climatique (sujet très technique), ce mélange des genres a quelque chose d’un peu curieux pour nos tortueux esprits européens.
Au crédit d’Al Gore, il est vrai qu’à partir du moment où le jury voulait récompenser une personnalité à la fibre écolo, sa stature médiatique sans équivalent le rendait vite incontournable.
Pourtant, ce n’est pas les conflits armés qui manquent en ce moment. A croire que le jury n’a pas réussi à dénicher une personnalité américaine de grande envergure qui s’est opposée à la guerre d’Irak ?! En cherchant bien, on aurait pourtant pu retrouver la poignée de sénateurs qui avaient voté contre l’invasion américaine. Il en fallait à l’époque du courage pour oser braver la formidable pression patriotique d’un pays chauffé à blanc. Dommage, ces irréductibles auraient eu de la gueule comme prix Nobel de la Paix. Mais j’imagine que Bush préfère encore que ce soit Al Gore qui ait décroché le gros lot. ;-)
19:57 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Al Gore, réchauffement climatique, Prix Nobel, Bush
06.09.2007
Quelques conséquences du renchérissement des produits agricoles
Outre faire la joie des traders en céréales, il y a un certain nombre de conséquences importantes à cette pression structurelle à la hausse sur les prix des produits agricoles.
Tout d’abord, comme on l’a déjà souligné sur ce blog, le renchérissement de la viande risque d’être à moyen terme encore plus spectaculaire que celui des céréales.
Ensuite, dans un monde où la surface des terres cultivables n’est pas extensible à l’infini, on sent mal comment les biocarburants pourraient devenir une alternative crédible au pétrole fossile.
Certes le Brésil s’est lancé de manière très volontariste dans ces carburants dits agricoles, et avec des résultats plutôt encourageants. Mais cet exemple n’est pas reproductible, notamment en Europe. Outre un climat très favorable, le Brésil a une densité de population faible qui lui permet de multiplier ses surfaces agricoles. En passant, cela se fait au prix d’une déforestation intense qui devra bien s’arrêter un jour.
Dans un autre domaine, on peut parier que les expérimentations d’OGM vont se poursuivre et même s’accélérer. C’est aujourd’hui une des rares pistes pour augmenter fortement les rendements agricoles. Si en Europe, l’application du principe de précaution l’empêche, cela se fera ailleurs. Mais vu les enjeux colossaux, cela se fera, c’est certain.
Dans la famille opportunités intéressantes, on peut espérer que l’augmentation du prix des produits agricoles va enfin donner des marges de manœuvre pour réformer la PAC (Politique Agricole Commune) qui plombe le budget et les relations européennes depuis des années. Sans parler de l’OMC où les subventions des pays riches à leurs agriculteurs restent un sujet de tension récurrent avec les pays en voie de développement. A l’image de la flambée du pétrole qui permet d’enfin viabiliser certaines énergies alternatives, cette dynamique haussière peut permettre de sortir enfin d’une économie agricole administrée qui vit en apesanteur depuis trente ans.
09:03 Publié dans Développement durable, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : PAC, agriculture, OMC, Brésil, biocarburants, OGM
07.07.2007
Les très utiles (vilains) gaz à effet de serre
Je me suis permis (avec une certaine délectation je dois l’avouer) de polémiquer sur l’influence réelle de l’émission de gaz carbonique d’origine humaine sur le réchauffement planétaire actuel. Poussant plus loin le crime de lèse-écologie, j’ai aussi contesté la nature forcément négative du réchauffement en question. Alors pour compléter le triptyque, je vous en sers une dernière louche. Après promis, je passe à autre chose.
Histoire de rassurer mes amis écolos qui daignent encore de lire ce blog (!), il me faut préciser que je soutiens sans réserve les projets de taxe carbone dans les tiroirs de nos chers gouvernants. La fiscalité est de loin l’arme la plus efficace dans le domaine écologique. De façon générale, il est aussi important de continuer nos efforts vers des normes d’économies d’énergie toujours plus ambitieuses pour les bâtiments, les véhicules et l’industrie.
Pour commencer, cela donne des perspectives formidables en termes de nouveaux produits dans tous ces domaines de R&D. Mais surtout, ces mesures vont dans le sens d’une réduction de notre dépendance aux énergies fossiles. Même si les vraies raisons ont très peu à voir avec l’écologie et l’effet de serre, elles n’en sont pas moins importantes.
Il s’agit essentiellement ici d’argent et de politique (sans que cela n’ait rien de péjoratif). Tout d’abord, la sobriété énergétique a un effet mécanique sur notre balance commerciale, puisqu’on importe tout notre pétrole. La raréfaction programmée de cette énergie fossile non renouvelable ne pourra qu’accentuer le problème à l’avenir. On en goute déjà les prémisses avec les pics récents atteint par le baril de brut. Par un hasard conjoncturel, ce pic est amorti par une valorisation inespérée de l’euro. Mais cela ne durera qu’un temps.
Politiquement aussi, nos importations de pétrole et de gaz proviennent pour la majeure partie de dictatures pas toujours sympathiques, parfois ouvertement hostiles. De plus, beaucoup de régions pétrolières ou gazières sont réputées pour leur instabilité, la corruption extrême de leurs élites, voir une collusion rampante avec des groupes armés violents. Notre dépendance trop forte envers ces régimes nous met d’ailleurs souvent dans des situations inconfortables.
Enfin, la plupart des pays qui détiennent des réserves d’énergie fossile font preuve d’une volonté très modérée concernant les indispensables investissements, ce qui réduit d’autant la visibilité du secteur. Bref, moins on achète de pétrole à tous ces gens, moins on s’expose à d’éventuels chocs économiques ou chantages géopolitiques.
En passant, on peut aussi rappeler que tous les pétrodollars qui inondent nos économies occidentales alimentent une bulle immobilière potentiellement dangereuse, en particulier pour les jeunes générations qui croulent sous les dettes.
Voilà qui explique pourquoi les politiques se saisissent avec autant d’entrain de la grande cause du réchauffement climatique. Ce spectre écologique permet de plaquer une noble cause sur des objectifs politiques et économiques cruciaux. Cela donne aussi des armes de négociation face aux différents cartels producteurs. Mais surtout, l’écologie est une cause plus facile à vendre à l’opinion publique que les tortueux rapports de force économiques de la diplomatie pétrolière.
16:05 Publié dans Développement durable, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : réchauffement climatique, pétrole, fiscalité, économie mondiale, dettes
05.07.2007
Et si on se réjouissait un peu du… réchauffement climatique ?!
Les causes du réchauffement climatique sont loin d’être totalement élucidées. Mais à la limite peu importe. La vraie question est : ce réchauffement est-il une bonne ou une mauvaise chose ?
A voir le concert de catastrophisme sur le sujet, la cause parait entendu. Mais est-ce vraiment si terrible ?
Tout d’abord, il faut rappeler que dans la logique écologique, tout changement est par nature mauvais. L’écologie politique se construit sur la préservation des écosystèmes existants. Donc moins ça bouge, mieux c’est. Si en plus, le changement en question est d’origine humaine, c’est encore plus grave. Par définition, l’homme a forcément un impact négatif sur la nature.
Ceci étant dit, venons-en à notre réchauffement climatique. Sa première conséquence serait une brutale élévation du niveau de la mer. Al Gore nous parle de plusieurs dizaines de mètres d’ici la fin du siècle, ce qui rayera de la carte toutes les villes côtières. N’ayant pas peur de forcer le trait, un rapport récent de l’Union Européenne préconise de planifier le déplacement de certains ports en prévision de la montée des eaux !
Le problème est que ce catastrophisme n’est pour l’instant absolument pas confirmé par les faits. Certes, la mer monte de manière régulière depuis bientôt dix mille ans, mais de seulement quelques centimètres par siècle. Bref, c’est à peine perceptible. A ce rythme, on a encore des dizaines de milliers d’années devant nous avant que les effrayantes prophéties d’engloutissement se réalisent. Cela n’a rien d’étonnant, car il existe un phénomène de compensation : la fonte de la glace continentale fait monter le niveau de la mer, mais celle de la banquise la fait baisser. De plus, un monde plus chaud, c’est aussi d’avantage d’évaporation marine, ce qui va aussi dans le sens d’une diminution du niveau des océans.
En passant, ce surplus d’évaporation devrait entrainer mécaniquement plus de précipitations sur la majorité des régions du globe. On peut espérer que cela permette de remédier certains déficits hydriques actuels très préoccupants. Les rendements agricoles devraient en être améliorés de manière significative.
Au dire des pessimistes, la seconde conséquence du réchauffement serait l’amplification des phénomènes météo extrêmes, type cyclones, tsunamis et autres tornades. Là encore, il semble que les statistiques n’enregistrent aucune augmentation notable de ce type de phénomène. C’est juste que ces catastrophes se trouvent d’avantage médiatisées qu’avant, et cela de manière très sélective. Tout le monde a vu dans le cyclone Katrina une illustration spectaculaire du réchauffement climatique. Mais le fait que l’année suivant, il n’y ait eu aucun cyclone notable aux USA n’est pas venu infirmer la théorie.
En fait, la vérité est qu’on n’est pas vraiment capable pour l’instant de prédire et d’expliquer ces phénomènes météo extrêmes. Alors tous les coupables sont bons à prendre. Il y a quinze ans, c’était le diabolique courant El Nino qui nous faisait trembler (tient bizarre, on n’entend plus parle de lui). Maintenant, c’est nos vilains gaz carboniques. Demain, ce sera sans doute les manipulations génétiques sur les sauterelles ou autre chose.
A ce propos, je vous passe le problème des ours polaires. Autant se priver de sushis pour sauver les baleines semble faisable, autant on ne voit pas très bien ce qu’on peut faire pour garder au frais ces plantigrades. C’est vrai, ils risquent de rejoindre bientôt la cohorte des espèces disparues. C’est triste, mais malheureusement le monde ne va pas s’arrêter de tourner pour ça.
Au contraire, le réchauffement climatique est en train de rendre enfin accueillantes de vastes régions inhospitalières : Nord Canadien, Sibérie, Groenland et qui sait, un jour l’Antarctique. Pour une humanité en expansion qui cherche de nouveaux espaces à conquérir, c’est plutôt une bonne nouvelle (car pour Mars, il parait qu'il va falloir patienter encore un bon bout de temps).
Pour l’économie mondiale, seul l’avenir des sports d’hiver est vraiment en cause dans cette histoire. Mais mon petit plaisir égoïste de skieur (et pourtant j’adore ça, snif !!) justifie-t-il vraiment une croisade écologique planétaire ?
Enfin a contrario, imaginez le phénomène inverse : un refroidissement climatique. Les conséquences d’une forte avancée des glaciers seraient redoutables. Alors n’en déplaise à notre tendance naturelle à avoir peur de tout, réjouissons-nous un peu de ce réchauffement. Même si cela veut dire plus de climatiseurs que de radiateurs, ce n’est pas la fin du monde.
19:59 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : réchauffement climatique, écologie, météo
02.07.2007
Ecologie incorrecte sur l’effet de serre
La lutte contre les gaz à effet de serre est devenue en quelques années le nouveau fer de lance de l‘écologie planétaire. Pour mesurer l’enjeu, il faut avoir en tête que, sans rire, c’est LE risque pour l’humanité, « bien supérieur au terrorisme » comme nous l’affirme bon nombre d’experts.
De manière aussi rapide qu’inattendu, cet effet de serre dévastateur a propulsé un simple animateur télé au rang de nouvel Abbé Pierre. Tous les médias communient dans un bel unanimisme sur la catastrophe annoncée. A ce rythme, Nicolas Hulot pourra bientôt prétendre au prix Nobel de la Paix, à moins qu’Al Gore ne le coiffe au poteau.
Ce concert d’opprobre contre ces méchants gaz m’a donné envie à revenir sur le fond de l’affaire. Pour cela, je suis parti des deux postulats de base :
1) Depuis 30 ans, on assiste à une augmentation des températures moyennes à l’échelle de la planète. Cette tendance subie une accélération notable depuis une dizaine d’années.
2) Durant la même période, l’émission d’origine humaine de gaz carbonique dans l’atmosphère a fortement augmenté, ce qui s’est traduit par une augmentation de sa concentration.
Ces deux affirmations reposent sur des données statistiques maintes fois reconfirmées. Elles sont donc difficilement contestables.
La conclusion de nos amis écolos est donc que tous ces méchants gaz qui sortent de nos pots d’échappement et de nos usines sont responsables du réchauffement actuel. A ce rythme, on va tous griller d’ici quelques décennies.
Pourtant d’un simple point de vue de logique formelle, c’est absurde. Ce n’est pas parce que deux phénomènes sont corrélés, que l’un est la cause de l’autre. Les cas de pareille confusion abondent. Les gens qui tondent leur gazon ont plus souvent des infarctus que les autres. Les tondeuses sont-elles pour autant dangereuses pour le cœur (pour aller plus loin sur le sujet, voir l’excellent livre Freakonomics) ?
Avant de passer pour un dangereux bushiste à la solde des lobbies pétroliers, il me faut poursuivre le raisonnement. On peut se dire que même s’il n’est pas prouvé que les gaz à effet de serre soient responsables du réchauffement actuel, il convient de prendre cette hypothèse très au sérieux et d’agir en conséquence. Cela s’appelle le principe de précaution. Après tout, pourquoi pas, même si on sent bien que l’application systématique de ce principe dans tous les domaines a tendance à entretenir une hystérie sécuritaire, où le remède peut se révéler pire que le mal. Le cas du terrorisme est assez édifiant.
Néanmoins, à l’encontre de l’effet de serre, il existe un fait statistique troublant. Au cours des trois derniers millénaires, l’humanité a connu plusieurs variations climatiques importantes et assez brutales. Les pics de température les plus connus sont ceux de la période romaine et du bas Moyen-âge, avec au contraire un Petit Age de Glace qui a culminé au XVIIIème siècle. A l’échelle du temps long (en millions d’années), les fluctuations de températures semblent avoir été encore beaucoup plus importantes.
Evidemment tous ces changements climatiques se sont produit avec que nos sociétés industrielles n’émettent tout ce vilain gaz carbonique dans l’atmosphère. Les experts reconnaissent qu’ils sont assez ignorants sur les causes réelles de toutes ces fluctuations. La théorie la plus en vogue explique cela par des changements de l’activité du Soleil. Les mesures réalisées depuis soixante ans montrent d’ailleurs une corrélation frappante avec la température moyenne mondiale observée. Cette corrélation est bien plus nette que celle sur la concentration du CO2 dans l’atmosphère. Mais prudence cependant, car encore une fois, corrélation n’est pas preuve.
En tout état de cause, il faut donc accepter le fait qu’il existe d’autres causes possibles aux hausses de température observées actuellement. Ne pas le reconnaitre serait éminemment anti-scientifique.
Voilà qui fragilise beaucoup la théorie de l’effet de serre. Mais il nous faut un coupable à notre transpiration. Et c’est bien pratique que ce coupable soit un humain, riche de surcroit. On ne peut pas attaquer le Soleil en justice ! ;-)
19:05 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : effet de serre, réchauffement climatique, CO2, écologie
29.03.2007
Nos enfants vont-il vraiment retourner à la campagne ?
Lorsque je publie des notes sur la possible crise énergétique qui s’agite à l’horizon, j’ai régulièrement des commentaires qui se veulent écolos sur le thème : « faudra se mettre au vélo et retourner vivre à la campagne ».
Si crise énergétique il y a, oui pour le vélo, mais non pour la campagne. Si le prix du pétrole explose ou si l’effet de serre devient tel qu’il faut de toute façon réduire de manière drastique notre consommation, cela se traduira au contraire par une accélération de la concentration urbaine.
Autrement dit, la ville n’est pas la cause du problème, mais au contraire sa réponse rationnelle. Avant que les amoureux de la nature (dont je fais parti) poussent de hauts cris, je m’explique.
Il suffit pour cela de comparer une banlieue pavillonnaire et un centre ville composé d’immeubles à forte densité. La différence de bilan énergétique saute aux yeux.
Les zones à faible densité de population sont par nature très énergivores. Pour acheter sa baguette de pain, il faut impérativement prendre sa voiture. Pour se rendre à son travail ou accompagner ses enfants à l’école, c’est pareil. Les transports publics y sont structurellement non rentables. Les livraisons à domicile, le raccordement aux réseaux publics (eau, électricité, gaz, telecom) sont compliqués. Bref tout coute beaucoup plus cher que dans une zone urbaine bien conçue à forte densité.
La si décriée surconsommation d’énergie par habitant des Etats-Unis par rapport à l’Europe n’a que peu à voir avec les clichés de la gloutonnerie américaine. Elle s’explique en grande partie par un aménagement du territoire beaucoup moins dense que chez nous. Une fois en place, cette organisation de l’espace est très difficile à changer. Il faudrait des décennies aux Américains pour baisser leur consommation au niveau des standards européens.
L’ennui est que le pavillon individuel avec son jardin paysagé représente le rêve de millions de gens. Et si tout le monde accède à ce joli rêve, on va droit dans le mur. Il convient donc de favoriser ceux qui ont un comportement écologique, c'est-à-dire ceux qui acceptent de vivre dans… des immeubles à forte densité ! Et non pas continuer à éjecter en zone rurale les plus défavorisés.
Encore une fois dans ce domaine, la fiscalité est l’arme la plus efficace. Par exemple, le montant de la taxe d’habitation pourrait être lié non pas à la surface de l’habitation, mais au prorata de la surface du terrain occupée. Cela voudrait dire aussi remettre en cause un tabou très fort, qui impose un prix unique de l’électricité et des services communaux quel que soit la zone géographique. L’égalité de service est une belle idée, mais elle pousse à un aménagement du territoire contraire à l’intérêt général. Habiter dans une zone à faible densité est un luxe qu’il est normal de payer.
Voilà des mesures TRES impopulaires, mais bon, ça fait pas de mal de les évoquer. ;-)
16:29 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : fiscalité, énergie, flux migratoire, aménagement du territoire
12.03.2007
La quintessence de l’inutile
Petite devinette :
Je suis riche et j’aimerai claquer mon argent de la manière la plus futile et la plus arrogante possible. Que faire ? Pardon, je ne suis pas riche, je suis très riche. Pour moi, dépenser 150.000 euros en deux heures n’est pas vraiment un problème, surtout s’il s’agit d’assouvir un plaisir personnel légitime.
Bien sûr, je pourrai signer un gros chèque pour une ONG, genre un don pour combattre la pauvreté, la faim, les maladies, la guerre ou toute autre cause sublime. Mais bon, ce n’est pas très fun ça. Moi, j’aimerai faire un truc vraiment original, dont je puisse me vanter devant les copains. Encore mieux, un truc si possible vaguement nuisible pour le reste de l’humanité. Par exemple, mon petit caprice pourrait contribuer de manière démesurée (rapporté à ma modeste personne) à l’épuisement des ressources naturelles, à l’effet de serre et au réchauffement de la planète. Cela aurait de la gueule, ça !
Alors une idée, non ?
Facile, pourtant ! Il suffit de s’inscrire dans l’une de ces agences de tourisme spatial « low cost » qui fleurissent type Virgin Galatic ou Bigelow Aerospace. Jusqu’ici, pour réaliser son rêve d’enfant (comme c’est mignon), il fallait débourser au bas mot $20 millions avec les frais annexes, ce qui rendait la chose un peu trop sélective. Mais ces nouveaux venus nous promettent de diviser par cent ce montant pour démocratiser enfin le tourisme spatial. A ce prix, comptez quand même 3 ans de liste d’attente et quelques tests physiques avant la séance de galipettes en apesanteur.
Plus sérieusement, on peut contester les positions de Claude Allègre sur le réchauffement climatique. Il y a néanmoins un domaine où je le rejoins complètement, c’est celui de la parfaite inutilité des vols spatiaux habités. L’espace est un domaine incroyablement hostile pour l’homme. Pourquoi s’obstiner alors qu’au contraire, on arrive à faire des merveilles avec des sondes automatiques ? Les progrès spectaculaires de la robotique permettent d’ailleurs d’envisager des programmes de plus en plus ambitieux.
Ce constat vaut aussi bien pour les sondes autour de la Terre que pour le très vaseux nouveau programme de vol habité vers la planète Mars qui fleure bon la Guerre Froide. Dans 30 ans, mieux vaut une poignée de cosmonautes épuisés pour planter un drapeau et faire des beaux discours dans une bulle de 10 m3 perdue au milieu d’un cratère ? Ou des centaines de robots intelligents qui explorent de manière autonome et systématique tous les recoins de la planète rouge ?
20:37 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Allègre, Virgin, Mars, tourisme, cosmonautes
16.02.2007
Les petits esprits de la décroissance
Etant un utilisateur régulier du TGV, je parcours parfois d’un coin de l’œil la feuille de choux mise gracieusement à la disposition des voyageurs dans les wagons. Pour ne pas apparaitre comme une simple plaquette publicitaire suintant l’eau tiède, la SNCF fait un louable effort pour y inclure des débats de société en interrogeant des personnalités de tout bord.
Parfois, cela génère quelques mémorables embardées. Le mois dernier, à l’occasion d’un dossier sur le très à la mode développement durable, la SNCF a cru bon de donner la parole aux chantres de la décroissance. On croyait ces malthusiens à courte vue enterrés depuis la fin des années 70, mais force est de reconnaitre que la médiatisation croissante de l’écologie les a remis en selle de manière inespérée.
Les ressources de notre planète vont inexorablement s’épuiser un jour. Là-dessus, à peu près tout le monde est d’accord. Même si la date du « un jour » est encore très controversée par les experts dans des échelles de plusieurs centaines d’années.
Avec la montée en puissance des Chinois et des Indiens, le phénomène risque néanmoins de s’accélérer. On en voit déjà les prémisses dans les tensions sur les prix des matières premières, et du pétrole en particulier.
Et que nous disent les défenseurs de la théorie de la décroissance ? Ces économistes aux petits pieds nous expliquent qu’on ne peut plus continuer ainsi, qu’il faut que nous restreignons volontairement notre consommation, bref que le monde devrait tourner au ralenti pour économiser autant que possible ses ressources naturelles déclinantes.
Cela parait d’une implacable logique. C’est pourtant complètement idiot.
Tout d’abord, cette vision n’a aucune chance de recueillir l’adhésion populaire au-delà d’une fine couche de bobos exaltés. A long terme, personne n’a envie de retourner vivre dans des cavernes, et à court terme, même dans les pays riches, le chômage et la précarité ambiante rend inaudible les discours prônant l’appauvrissement volontaire.
On pourrait au moins se dire que même si ce combat est perdu d’avance, il est beau car il clame haut et forte la triste vérité. Même pas ! Cette théorie de la décroissance relève d’une vision complètement dépassée du monde. Le nez sur leur rétroviseur, leurs apôtres extrapolent un futur plein de pompes hydrauliques, d’usines d’aluminium, et de tondeuses à gazon. Mais ça, c’était la croissance du… XXème siècle.
La création de richesse au XXIème siècle sera radicalement différente. Elle se fera à l’écrasante majorité sur l’économie de la connaissance (médicaments & logiciels). Or ces secteurs sont beaucoup moins voraces en énergie et en ressources naturelles. La matière grise est de loin la plus écologique ! ;-)
Et puis, en termes de bilan carbone (pour parler à la mode), je suis un bien meilleur éco-citoyen en passant mes nuits à surfer sur Internet (à lire des jolis blogs grâce à l’AutoRoll ;-)) qu’en allant faire un week-end de golf à Dubaï.
Bref, au lieu de professer une utopique décroissance économique dont personne ne veut, mieux vaut faire en sorte que la croissance se fasse sur des segments à haut concentré de matière grise. Outre les formidables perspectives de création de richesse, cela nous donnera de bien meilleures marges de manœuvre pour gérer la possible future pénurie de ressources naturelles.
Au final, si on veut soutenir vraiment le développement durable, il est temps de décréter la mobilisation générale en faveur des startups Internet, environnementales et biotech ! L’avenir, c’est elles. Bon, je prêche un peu pour ma crémerie, mais c’est de bonne guerre, non ? ;-)
19:45 Publié dans Développement durable, Economie, Startups | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : Développement, startups, Chine, croissance économique
13.02.2007
Pourquoi le métro gratuit n’est pas qu’une douce utopie
Pour tous ceux qui n’ont pas la chance d’habiter a proximité de leur lieu travail, ils doivent choisir entre la voiture (ou le scooter pour les aventuriers !) et les transports publics.
Il y a de nombreuse et évidentes raisons (bruit, pollution de l’air, effet de serre, dépendance énergétique, encombrement urbain et j’en passe) qui devraient pousser les pouvoirs publics à favoriser les transports publics au détriment de la voiture.
La manière la plus facile et efficace pour atteindre cet objectif est bien sûr le levier financier. Pourquoi diable le métro, les bus et les trains de banlieue ne sont-ils pas gratuits depuis longtemps ?
Outre la formidable incitation que cela procurerait en faveur des transports collectifs, cela aurait aussi une vertu sociale importante. Aujourd’hui les plus pauvres sont en effet non seulement relégués dans des lointaines banlieues, mais c’est aussi eux qui doivent s’acquitter de la très chère carte Orange 5 zones pour se rendre au boulot. Une sorte de double peine tout à fait injuste.
Le premier argument contre la gratuité d’un service est d’entrainer des comportements abusifs ou déviants. Autant c’est vrai de prestations comme l’électricité (si c’était gratuit, les gens laisseraient leurs fenêtres ouvertes l’hiver), autant cela n’a pas grand sens pour les transports locaux. Ce n’est pas parce que le métro serait gratuit que les gens y passeraient leur journée. Il faut au contraire parfois un certain héroïsme pour accepter de subir la promiscuité étouffante des wagons. Et puis, la très petite minorité qui passe déjà ses journées dans le métro a un poids économique trop faible pour déstabiliser le système.
Le second argument contre la gratuité concerne les risques en termes de gestion. Comment inciter à une culture de résultat orientée clients si le service n’est pas valorisé financièrement ? C’est un faux problème. Les rues de Paris sont entretenues et nettoyées tous les jours « gratuitement », sans que cela empêche une gestion a priori efficace des ressources.
En outre, la gratuité des transports publics entrainerait des économies de gestion considérables. Plus besoin d’installer et d’entretenir tous ces tourniquets sophistiqués. Plus besoin non plus d’entretenir une armée de contrôleurs peu efficaces qui pourraient être redéployés dans des fonctions plus conviviales d’aide aux voyageurs. Plus besoin non plus d’un système de facturation lourd et contraignant (en passant, pourquoi est-on encore obligé aujourd’hui d’acheter sa carte Orange du 1er au 31 du mois ?). Que d’économies en perspectives qui compensent largement le risque d’un éventuel dérapage de gestion (qui reste encore à prouver).
Reste le problème du financement. Si le métro et les bus sont gratuits, qui va payer les frais de fonctionnement associés ? La logique commande d’instaurer un impôt assis sur l’assiette de la taxe d’habitation. La nature géographique de cette taxe en fait en effet le candidat idéal pour le financement des transports locaux.
Enfin, je garde le meilleur pour la fin. Quelle serait la solution pour s’assurer que les dirigeants de la RATP soient à l’écoute des vrais besoins des usagers ? Tout simplement faire élire le PDG de la RATP par les usagers pour un mandat, disons de 3 ans renouvelables !! Une taxe d’habitation = une voix. Quelle superbe démonstration de démocratie ce serait, non ?! Les élites sont-elles prêtes à remettre en cause le fait du prince qui conditionne depuis toujours les nominations à ce type de poste ? On peut toujours rêver…
08:54 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : circulation, metro, transports collectifs, RATP

