24.07.2008
Charmes et limites de la licence globale
« Si les jeunes ne comprennent pas qu’en téléchargeant sur Internet, ils organisent la mise à mort du droit d’auteur, c’est que leur QI est trop bas ». Ce sont en substance les paroles du chanteur Michel Fugain qui était interviewé il y a quelques jours sur Radio Canada à l’occasion des FrancoFolies.
Voilà qui illustre l’ambiance de crispation qui règne dans le petit monde de la musique face à la vague Internet qui est en train de submerger leur modèle économique traditionnel.
On a vu que l’approche répressive via des lois de type Hadopi, aurait très peu de chance de résoudre le problème. Qu’en est-il de la licence globale, parfois présentée comme la solution magique ?
Cette licence globale a le grand mérite du pragmatisme. En légalisant le téléchargement en peer-to-peer, on entérine une pratique sociale généralisée, au lieu de la combattre. Et en reversant aux ayant-droits une taxe payée par les abonnés à l’Internet, on préserve aussi le bon vieux modèle du droit d’auteur dans sa forme actuelle. C’est donc une solution élégante qui fait une pierre deux coups.
Néanmoins, la licence globale a un certains nombre de défauts congénitaux qui sont mis en avant par ses détracteurs. Tout d’abord, le mécanisme de répartition de la taxe à tous les ayants-droits n’est pas trivial. Certes, on pourrait appliquer la même clé de répartition que celle qui existe sur les taxes sur les supports numériques (calés sur les passages radio et télé). Mais l’intérêt d’Internet est en principe de pouvoir faire une ventilation beaucoup plus fine donc plus équitable, notamment pour les petits artistes.
A supposé ce problème technique résolu, il reste une question de fond plus délicate. Comment fixer le niveau de la redevance ?
A partir du moment où tous les abonnés payent la taxe (qu’ils téléchargent ou non de la musique), il s’agit bel et bien d’un impôt. La licence globale revient donc à étatiser le marché de la musique. Inclure la musique dans le champ de la solidarité nationale est un choix politique fort qui n’a rien d’évident. De plus, la taille du marché en question ne sera plus fixée par les lois de l’offre et de la demande, mais par une décision gouvernementale. La taxe sera donc proportionnelle non à la qualité de la production musicale, mais au rapport de force que saura créer le lobby des professionnels du secteur.
Pour les anglo-saxons qui ne jurent que par les vertus du marché, cette vision fait horreur. Mais en France, c’est au contraire très en phase avec la culture étatique du pays. On peut donc parier qu’après le prévisible échec des lois répressives en cours, la France a toutes les chances d’être en pointe sur le dossier de la licence globale. En étant malins, les artistes hexagonaux pourront même négocier d’être les seuls bénéficiaires de la manne, à la manière du cinéma français qui touche une taxe sur toutes les sorties en salles qu'elles soient françaises ou américaines étrangères. Le tout est de savoir brandir de manière judicieuse le séduisant concept d’exception culturelle pour appuyer ses demandes.
Pour les pays libéraux, il existe une troisième voie possible entre la répression généralisée et la licence globale. J’en parlerai dans une prochaine note.
18:50 Publié dans Economie , Internet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : licence globale, musique, cinéma, téléchargement
21.06.2008
Les vrais enjeux du financement de l'audiovisuel public
Le débat bat son plein sur le financement de France 2 & 3 (j’en avais parlé de manière prémonitoire en Novembre dernier bien avant la bombe de Sarkozy). La commission Copé multiplie les acrobaties créatives pour trouver des nouvelles assiettes de taxes.
Comme souvent, une partie du sujet est escamotée. Pour illustrer cela, une anecdote. L’autre jour, au cours d’un débat animé sur France Inter, un journaliste a rappelé les missions du service public audiovisuel : informer, instruire et divertir. Cette remarque a semblé une telle évidence à tous qu’aucun intervenant (pourtant composé de personnalités de tous bords) n’a relevé.
Pourtant à y réfléchir, cela n’a rien de si trivial. Autant on peut assez facilement se convaincre qu’informer (objectivement) et instruire (intelligemment) font parti des missions quasi régaliennes de l’Etat. Deux chaines publiques font d’ailleurs un travail tout à fait remarquable dans ces domaines : LCP pour les débats citoyens et Arte pour la culture et les documentaires thématiques.
Autant est-ce bien le rôle de l’Etat de divertir ses citoyens ? Nos impôts doivent-ils servir à financer des émissions de variétés et des fictions américaines ?
Pour forcer le trait, on pourrait s’interroger sur le périmètre du service public culturel. Pourquoi se limiter à l’audiovisuel ? Après tout, de jolis journaux sans pub avec des articles intéressants, instructifs et divertissants, cela serait super, non ? Une si noble cause justifierait bien une petite solidarité fiscale de tous les foyers français. Et puis, en voilà une manière élégance de régler le délicat problème du déclin de la PQN. :-)
En fait, s’il y a une telle omerta sur la pertinence de maintenir un « service public du divertissement », c’est que cette activité génère un énorme fromage qui fait vivre beaucoup de gens.
Tout d’abord, les animateurs télés. Leurs émoluments sont très corrélés avec l’audience de la chaine. Si France 2 abandonne sa mission de divertissement, son audience va baisser de manière certaine. Dans cette nouvelle dynamique, les gros cachets des stars de l’audimat deviendront intenables. On peut comprendre que ce n’est pas une perspective très réjouissante pour les intéressés.
Ensuite, il existe tout un écosystème de producteurs qui dépendent des commandes publiques. Pour eux, tout rétrécissement du budget de la télé publique va se traduire fatalement par une baisse du carnet de commandes. On peut aussi comprendre que cela ne leur fasse pas plaisir.
Nous y voilà. Derrière la redevance télé, le vrai sujet est le financement de la production audiovisuelle française. Celle-ci ne survit que parce qu’elle est lourdement subventionnée au travers de nombreux mécanismes (dont, outre l’obligation d’investissement des télévisions, les plus connues sont le statut particulier des intermittents et la niche fiscale des Sofica).
Ces aides massives peuvent se concevoir au nom de la fameuse exception culturelle. Celle-ci postule que les produits culturels sont d’une essence particulière qui justifie de les affranchir des contraintes habituelles de la rentabilité. Il s’agit d’un choix politique fort qui a été reconduit par tous les gouvernements depuis quarante ans.
Alors pourquoi pas. Par contre, le débat démocratique gagnerait en transparence et en clarté si on affichait clairement les enjeux. Ce serait d’autant plus facile que ce concept d’exception culturelle semble bénéficier d’un assez fort consensus (en France).
Il est tout à fait regrettable que notre chère ministre Christine Albanel ait réduit le champ du débat à remplacer les recettes publicitaires de France 2 par une taxe sur les fournisseurs d’accès et les mobiles. Cette vision maladroite conservatrice ne peut que susciter l’incompréhension, en particulier des jeunes générations. Ayant massivement migrés sur le mobile et l’Internet, ils se demandent au nom de quoi ils paieraient une dime pour subventionner la vieille télé de papa.
18:10 Publié dans Economie , Internet , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : télévision, redevance, service public
16.04.2008
L’éternel débat sur l’âge légal du départ à la retraite
Avec le début de mise en application de la réforme de la loi Fillon de 2003, on a replongé dans le débat crispé sur les retraites. Le passage de 40 à 41 ans est très mal accepté par une partie de la population. Qu’en sera-t-il lorsqu’il faudra passer à 42, 43 voir 45 années de cotisations ?
Malgré l’augmentation très forte de l’espérance de vie, beaucoup de gens s’accrochent à la retraite à 60 ans. Cela peut paraitre paradoxal. Mais la retraite est vue de plus en plus comme des grandes vacances. Dans cette logique, il est important de prendre lesdites vacances le plus tôt possible et en bonne santé, pour en jouir pleinement. D’où une très forte résistance à l’allongement de la durée professionnelle, malgré les évidences démographiques.
On peut certes déplorer cet était d’esprit qui survalorise les loisirs au détriment du sain travail. Mais chercher à inverser la tendance est une cause perdue. Il parait très difficile d’aller contre le mouvement général de notre société vers toujours plus d’hédonisme narcissique.
De plus, à ce problème d’âge légal de la retraite, s’ajoute le très fort taux d’inactivité des seniors dans les années qui précèdent leur sortie officielle du marché du travail. Il règne d’ailleurs autour de ce sujet un savoureux déni de réalité. Le décalage est frappant entre les discours lénifiants (de type, il faut encourager le travail des séniors et vaincre les réticences culturelles) et le froid rationalisme appliqué par les DRH chargés des embauches (les seniors coutent plus chers, mais sans que cela ne se traduise forcément par une meilleure productivité).
Alors toute réforme des retraites visant à rallonger la durée du travail serait condamnée à générer un fort mécontentement des citoyens ?
Une piste pour contourner la charge symbolique du problème serait de supprimer l’âge légal de départ à la retraite. Après tout, libre à chacun de solder sa retraite 40, 50, 60 ou 70 ans. Evidemment, plus on décide de partir tôt, moins on touche par mois. La retraite n’est jamais que la transformation d’un capital bloqué en rente viagère. D’ailleurs, si vous allez voir votre banquier avec un pécule, il saura vous dire en fonction de votre âge précisément combien vous pouvez toucher par mois en rente. Au lieu d’imposer un choix de société à tout le monde (qui laissera toujours des mécontents), chacun serait libre d’arbitrer en son train de vie et ses loisirs.
De quoi décrisper le débat. Euh, j'ai raté un truc ?!
21:30 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : retraites, seniors, rentes
31.03.2008
L’argent fait-il le bonheur ?
Les Américains, qui adorent ce genre de question, nous ont sorti une nouvelle étude sur l’éternelle relation passionnelle entre argent et bonheur. Le nombre de personnes se déclarant heureux serait fortement corrélé avec le revenu. Attention de conclure trop vite : corrélation ne veut pas dire causalité. Par exemple, le bonheur est aussi fortement corrélé avec la santé (ce qui n’a rien de surprenant). Comme les riches se soignent mieux que les pauvres (et ont une bien meilleure espérance de vie), cela biaise l’interprétation simpliste.
En creusant un peu sur l’argent, ils ont néanmoins découverts cela dépend aussi en grande partie de la manière de l’utiliser. En particulier, les gens qui dépensent leur argent pour les autres sont nettement plus heureux que ceux qui dépensent que pour eux. Savoureux paradoxe de la richesse…
Si on compare avec des études similaires faites il y a 30 ans, la proportion de gens heureux est étonnamment stable. Et pourtant, durant cette période, la richesse nationale a doublée. Pire, à partir d’un PIB par habitant d’environ 10.000 euros, les enquêtes montrent que le niveau de satisfaction de la population n’augmente plus. Autrement dit, on n’est pas plus heureux en Suisse qu’en Slovaquie.
Bref, c’est la sensation de richesse relative et non absolue qui est le principal facteur de bonheur. En cela, mieux vaut gagner 30.000 euros par an si on est entouré de gens qui en gagnent 20.000, que 50.000 euros si tous nos voisins de palier en gagnent 60.000.
Pourtant lors des consultations électorales, l’arbitrage des électeurs ne va pas dans ce sens. Lorsqu’on demande aux citoyens de choisir entre moins d’inégalités et plus de richesses, ils choisissent presque toujours la seconde option. Sans doute chacun espère être un jour du bon côté du manche. Quitte à vivre éternellement frustré.
23:35 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : bonheur, argent, richesse, revenus, inégalités
05.03.2008
Les biocarburants, moteur de la faim ?
Avec le pétrole installé au dessus des 100 dollars le baril, les partisans des biocarburants bénéficient d’une conjoncture très favorable pour faire progresser leur cause. Les initiatives fleurissent un peu partout, l’Amérique et l’Europe rivalisant de volontarisme pour faire de ces biocarburants (qu’il faudrait en fait appeler agro-carburants pour éviter toute confusion) une piste crédible pour réduire notre dépendance au méchant pétrole fossile.
Je ne rentrerai pas dans la virulente (mais très technique) polémique sur le bilan énergétique des biocarburants dont certains affirment qu’il est globalement négatif (ce qui serait un comble). Les biocarburants sont aussi accusés d’être le cheval de Troie des OGM (qui deviendraient de ce fait acceptables, puisque non destinés à la consommation humaine). Il y a aussi le débat (à la mode mais récent et discutable) sur les possibles bienfaits des biocarburants contre le réchauffement climatique.
Cependant, tout cela parait un peu dérisoire, tant les vrais enjeux sont ailleurs. En effet, la très probable montée en puissance des biocarburants va avoir un impact fantastique sur l’économie mondiale dans les années qui viennent.
Pour comprendre les forces en jeu, il faut d’abord faire un petit tour par nos assiettes. On a beau s’empiffrer, chacun a une capacité d’absorption somme toute limitée. De fait, la demande en produits alimentaires est donc inélastique.
Cette particularité a eu une conséquence importante sur le secteur agro-alimentaire. Lorsque les rendements agricoles se sont envolés en Europe dans les années 70, on s’est rapidement trouvé avec des surplus qu’on ne pouvait plus écouler sur nos marchés domestiques (les Etats-Unis ont été confrontés encore plus tôt au même problème).
Face à cette demande inélastique, l’industrie agricole s’est donc tournée vers l’exportation. Ces énormes surplus ont nourri une baisse tendancielle des prix sur les marchés mondiaux. Dans les années 80, il a donc fallu lourdement subventionner les agriculteurs (via la PAC en Europe) pour compenser les prix trop bas, ce qui était assez paradoxale pour une industrie qui s’était par ailleurs illustrée par des gains de productivité époustouflants.
Depuis les années 2000, le décor a radicalement changé. La population mondiale s’est fortement accrue, mettant sous pression une révolution verte qui tend aussi à s’épuiser (notamment à cause de problèmes hydriques). En conséquence, les cours des matières premières agricoles explosent, à la plus grande joie des agriculteurs européens.
Et voilà qu’en parallèle, grâce à la divine montée du baril de brut, les biocarburants deviennent enfin rentables. La tentation est forte de spécialiser une partie de des terres cultivables vers ce nouvel eldorado. Emmené par le Brésil et l’Indonésie, on assiste à la ruée des pays du sud (où par ailleurs les rendements des biocarburants y sont de loin les meilleurs) en mal de devises vers ce nouvel or vert.
Ce redéploiement accéléré vers une production non alimentaire va nourrir mécaniquement les tensions sur les prix des matières premières agricoles. Pour faire court, les moteurs des pays riches se retrouvent soudains en concurrence avec les ventres des pays pauvres. Vu les forces en présence, il n’y a besoin d’être très clairvoyant pour imaginer qui aura la part du lion.
Pour l’Europe et les Etats-Unis, cette redistribution des cartes procure une double aubaine irrésistible. Non seulement ils diversifient leurs approvisionnements en carburants, en limitant leurs achats de pétrole fossile à des régimes hostiles. Mais en plus, de part leur production alimentaire structurellement excédentaire, ils sont les grands bénéficiaires de la montée des prix agricoles. Face à de telles opportunités stratégico-économiques, il est à craindre que les considérations humanitaires ne pèsent pas lourds dans la balance.
06:50 Publié dans Développement durable , Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : biocarburants, pétrole, Brésil, agriculture, faim
01.02.2008
L’Internet va-t-il devenir la roue de secours de la télé publique ?
En novembre dernier, j’avais discuté sur la situation ambigüe de France Télévision financé par manière hybride entre la publicité et la redevance télé. Je ne pensais pas être si en amont de l’actualité avec l’annonce récente de supprimer complètement la publicité sur les chaines publiques. Certes, on peut voir dans cette décision un soutien indirect suspect aux chaînes privées qui vont récupérer la manne. Néanmoins, on sait que les investissements publicitaires vont migrer en grande partie vers l’Internet dans les années à venir. Donc, il s’agit au mieux d’un ballon d’oxygène passager, dont lesdites chaines privées auraient tout intérêt à utiliser avec soin pour accélérer la reconversion de leur modèle économique.
Le problème se complique avec la manière dont Christine Albanel, notre cher ministre de la culture, gère les conséquences pratiques cette décision. Tout d’abord, elle a immédiatement exclus la possibilité de faire tenir le budget de France Télévision dans l’enveloppe de la redevance actuelle. C’est dommage, car cela n’avait rien d'absurde (sauf si on fait une question de principe qu’un budget d’une institution publique ne peut jamais être revu à la baisse). A partir du moment où France Télévision a beaucoup moins la contrainte de l’audimat (puisqu’elle n’est plus dépendante de la publicité), elle n’a plus forcément besoin d’investir dans des programmes chers et racoleurs pour concurrencer de manière frontale les chaines privées. Les exemples d’Arte ou de la Chaine Parlementaire montrent qu’on peut faire fonctionner des chaines de service public de qualité avec des budgets beaucoup plus réduits.
Supposons néanmoins qu’il est de l’intérêt général d’alimenter par de l’argent public la course aux cachets des animateurs stars du PAF. La moindre des choses pour cette mission citoyenne est de la faire financier par le budget général de l’Etat. Et bien non, on va créer une nouvelle taxe spécifique. Après avoir envisagé de ponctionner les chaînes privées, les opérateurs de télécom, les fabricants d’électronique, voilà que selon les Echos, la nouvelle idée de notre ministre serait une taxe sur la publicité internet (depuis, cela a été mollement démenti sur le Journal du Net, mais l’idée est bien dans l’air notamment parmi certains députés).
Déjà que Christine Albanel s’illustre sur le dossier du téléchargement en peer-to-peer par une approche crispée et conservatrice, qui témoigne d’une ignorance crasse de l’écosystème Internet. Mais si cette idée saugrenue de taxe sur la publicité on-line devait être confirmée, on atteint un nouveau degré dans le savoureux.
Faut-il rappeler qu’à population équivalente, le marché de la publicité en ligne en France est encore cinq fois moins développé qu’en Grande-Bretagne ? Est-ce vraiment opportun de lui imposer une taxe supplémentaire à ce stade ? Ponctionner une industrie naissante et hautement stratégique pour subventionner un média en perte de vitesse, démontre une bien réjouissante vision de l’avenir.
Au final, cela revient à taxer les jeunes (qui ont basculé massivement vers l’Internet) au profit des seniors (qui regardent encore majoritairement la télé). Ces derniers démontrent encore une fois que leur poids électoral grandissant pèse de plus en plus lourd dans les arbitrages politiques du pays.
13:40 Publié dans Economie , Internet | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : publicité, télévision, seniors
11.11.2007
Le prix des lecteurs du livre d’Economie
J’ai été contacté par SixandCo pour une opération de buzz marketing. Dans le cadre du prix des Lecteurs du Livre d'Économie (opération financée par le Sénat chaque année depuis 5 ans), ils recherchent des bloggeurs (si possible influents !) avec une sensibilité à l’économie pour relayer les livres finalistes sélectionnés. Etant un fervent partisan de la diffusion des livres d’économie auprès du grand public, je ne peux qu’approuver chaudement cette initiative. Je vous livre donc une brève critique des trois livres finalistes de l’édition 2007 que j’ai lus ce week-end. En vous incitant bien sûr à vous faire votre propre opinion et à voter avant le 22 novembre prochain pour le gagnant sur le site du Sénat.
Je commencerai par L’enfer, ce n’est pas les autres, petit essai de Pierre Dockès sur la mondialisation et ses conséquences. Ecrit de manière clair et concise, il se lit très facilement. Sur le fond, l’auteur avoue qu’il n’apporte pas grand-chose par rapport aux analyses magistrales faites par Paul Krugman et Joseph Stiglitz. En gros, il nous dit que la mondialisation est globalement une bonne chose, mais qu’il y a des gagnants et des perdants. Rien de bien nouveau sous le soleil.
Dans une seconde partie intitulée « changer pour résister » (tout un programme !), l’auteur nous livre des pistes pour combattre les aspects négatifs de la mondialisation. Sa grande idée est notamment d’interdire le dumping social et fiscal en Europe. Cette idée de forteresse unifiée est très séduisante sur le papier. L’ennui, c’est qu’elle est peu réaliste. Harmonisation fiscale implique en effet de se mettre d’accord sur un niveau fiscal optimum. Or c’est un choix tout sauf neutre. C’est d’ailleurs un des principaux points de clivage entre la droite et la gauche. Donc pour décider du niveau des prélèvements obligatoires au niveau européen, il faudrait attendre que tous les pays aient en même temps la même majorité politique ou alors qu’il n’y ait qu’une seule majorité politique reconnue à un moment donnée en Europe. On en est loin. L’alternative est de fixer ces taux par des experts. Cette approche technocratique est précisément ce qu’on reproche à la BCE, à savoir de faire l’Europe sans tenir compte de la volonté démocratique des peuples.
Le livre d’Aglietta et Berrebi, Désordres dans le Capitalisme mondial, est plus touffu. C’est encore une analyse de la mondialisation, mais nettement plus quantitative. Beaucoup de chiffres intéressants sur l’économie mondiale, une belle analyse des grandes tendances de la finance internationale. L’idée force est que, sous l’effet de la concurrence des nouveaux pays (la Chine en particulier), l’économie mondiale est passée d’un régime inflationniste à un régime déflationniste. Autant cela se vérifie bien pour les produits à forte composantes technologiques, autant pour les matières premières, les produits agricoles ou les services à la personne, la tendance est contraire. Sans parler de l’explosion des actifs mobiliers et immobiliers qui est une forme d’inflation rampante.
C’est la limite du livre. A force d’avoir une vision macroéconomique quantitative, on en oublie que le monde est composé d’entreprises. Or l’économie de la connaissance a entrainé des changements fondamentaux dans les processus d’organisation et de production des entreprises. C’est bien d’avantage ce phénomène que l’émergence de la Chine qui est en train bouleverser le capitalisme mondial et la répartition des richesses.
J’ai été un peu étonné de la présence de Petits Conseils de Laurent Mauduit, dans le panel. Le pamphlet de l’ancien journaliste du Monde est un pur procès à charge contre Alain Minc. C’est certes une enquête journalistique sérieuse sur les dérives du conseiller des princes. Mais pour en faire « un ouvrage d'économie scientifiquement incontestable » (critère de choix du comité de sélection), il aurait été intéressant de donner la parole à la défense pour avoir sa version des faits.
Il est dommage aussi que l’auteur reste dans le registre de l’anecdote sans s’interroger sur les causes profondes de ce capitalisme de copinage. Est-ce vraiment une spécificité française ? Si oui, pourquoi ? Et comment y remédier ? Ces questions restent sans réponse. Même si on peut saluer le courage de l’auteur de s’attaquer aux puissants sans prendre de gants, cette absence de mise en perspective laisse ainsi un goût d’inachevé à cette fresque au vitriol.
Voilà, à vous de jouer.
20:43 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sénat, livres, mondialisation, Europe, Minc
01.11.2007
Au fait, pourquoi on paye la redevance télé ?
Le gouvernement a tranché : il n’y aura pas de seconde coupure publicitaire sur France 2. Au nom de la défense de la qualité du service publique (et bien sûr au grand soulagement des chaînes privées concurrentes).
On aurait pu imaginer que le lobbying intense de France 2 pour la seconde coupure publicitaire s’accompagne d’une proposition de baisser la redevance télé dans les mêmes proportions. Mais bon, on n’a encore jamais vu une institution publique demander autre chose qu’une augmentation nette de son budget. Donc il n’était évidemment pas question de baisser l’impôt télé, mais plutôt d’avoir d’avantage d’argent pour lutter enfin à armes égales contre TF1.
France 2 est victime de son financement hybride. D’un côté, son budget est dépendant de la publicité, donc elle est contrainte de faire de l’audience. Cela l’entraine dans une couteuse course pour coller à sa grande rivale sur les programmes à grande audience. D’un autre côté, son financement public la contraint à faire du « service public », sans d’ailleurs que cette notion ne soit jamais clairement définie.
La justification de la redevance télé est précisément de diffuser des programmes qui ne seraient pas économiquement viables dans le cadre d’une télé commerciale. Par exemple, l’excellente Chaine Parlementaire propose tous les jours des émissions politiques de qualité, mais (malheureusement) à faible audience. De son côté, ARTE promeut des œuvres culturelles (fictions ou documentaires) nettement plus exigeantes que celles des chaines commerciales. Education civique, débat citoyen, diversité culturelle. Pour ces programmes d’intérêt général, le financement public est nécessaire car le modèle publicitaire n’est pas viable.
Mais pour France 2 qui a de fortes contraintes d’audience, ces nobles objectifs de service public sont intenables. De fait, sa grille du début de soirée est truffée de séries américaines et d’émissions de variété. Dans une logique d’audience, rien de plus logique. Mais au final, on se trouve dans une drôle de situation où la redevance télé - nos impôts - sert à cofinancer des programmes (plutôt racoleurs) qui sont disponibles gratuitement sur TF1 ou M6.
Alors soit on laisse France 2 continuer sa course à l’audience, et dans ce cas il faut lui donner ses deux coupures pubs et autant la privatiser. Soit on lui impose un cahier des charges beaucoup plus strict sur ses programmes (ce qui en passant permettrait de diminuer beaucoup son budget). Dans tous les cas, la redevance télé devrait être réservée aux chaines qui ont une stricte mission d’intérêt général.
Mais bon en France, on aime bien les situations ambigües, en particulier quand il s’agit du « service public ». Dommage car ce flou artistique donne des arguments à ceux qui veulent sa suppression pure et simple.
14:25 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : télévision, service public, France 2, publicité
29.09.2007
Sur l’origine de la prétendue supériorité européenne
Suite aux commentaires sur ma note sur les innovations au Moyen-âge, je me suis plongé dans De l’inégalité entre les sociétés de Jared Diamond. Ce livre est une rafraichissante et radicale déconstruction de la supériorité de l’homme blanc. Pourquoi au XVIème siècle les Européens ont-ils balayé avec une telle facilité les grandes civilisations du Nouveau Monde (Aztèques, Incas, Mayas, Indiens) ? Les explications traditionnelles, qu’elles soient culturelles ou religieuses (voir pire, bêtement racistes) ratent l’essentiel : l’analyse des conditions initiales.
Si les trois civilisations les plus avancées du monde (par ordre chronologique Croissant Fertile, Chine et Europe) sont toutes apparues en Eurasie, ce n’est pas un hasard. Au-delà de leurs mérites propres, ces peuples ont surtout eu l’immense chance de bénéficier de facteurs géographiques très avantageux.
Tout d’abord, ils ont eu accès aux plantes les plus productives (blé, orge et riz en particulier) du monde. Cela a permit de développer une agriculture efficace, qui est le fondement du développement de toute société humaine complexe. Ensuite, ils ont eu la chance d’avoir (par hasard) sur leurs territoires le quasi monopole de tous les grands mammifères domesticables (moutons, vaches, cochons, chevaux, chèvres). Or ces mammifères ont eu un rôle déterminant dans leur développement économique.
Par ailleurs, ces milliers d’années de promiscuité avec des animaux domestiques ont aussi permit aux Eurasiens de développer une forte résistance à bon nombre de germes infectieux. A contrario, les Amérindiens y ont été exposé d’un coup à l’arrivée des envahisseurs. Cela explique pourquoi, ils ont été décimés au moins autant par le tétanos, le choléra et la variole que par les épées en acier des conquistadors.
Enfin, l’axe est-ouest du continent Eurasie a rendu relativement aisée la transmission des innovations entre les régions de même latitude. De fait, les plantes et les animaux domestiqués dans une zone géographique circonscrite ont fini par se diffuser sur tout le continent.
A l’opposé, l’axe nord-sud du continent américain impose aux innovations de traverser des climats très différents pour se diffuser. Voilà par exemple pourquoi le Lama des Andes (seul gros mammifère domesticable des Amériques !) n’a jamais été importé en Amérique du Nord. Il lui était impossible de traverser les forêts tropicales d’Amérique Centrale (l’Afrique a souffert d’un problème similaire avec au nord la barrière du Sahara et plus au sud celle de la forêt équatoriale).
Bref, tout ça pour dire qu’au moment du choc de l’arrivée de Christophe Colomb, les dés étaient pipés d’avance. Les Européens avaient eu la chance de naitre sur le bon continent. Dans un environnement beaucoup plus favorable, ils avaient pu acquérir une avance irrésistible qui leur permit de très vite dominer (et massacrer joyeusement) leurs alter egos du Nouveau Monde.
On peut tenter une petite analogie avec l’Internet. Pourquoi les Google, Yahoo et MSN sont tous américains (et non européens par exemple) ? C’est qu’indépendamment des mérites propres de leurs managers, les Etats-Unis bénéficient d’avantages structurels. En particulier, la taille et l’homogénéité du marché américain permet des effets de levier décuplés par rapport à l’Europe. Mais bon, ce n’est pas pour ça qu’on ne va pas se battre pour que les startups européennes deviennent les meilleures du monde ! ;-)
18:15 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : civilisations, développement, agriculture, Histoire, startups
13.09.2007
Quand les assureurs régiront nos vies
Si le pouvoir politique avance doucement sur l’application du code de la route, d’autres acteurs pourraient bientôt y apporter un renfort inattendu mais redoutablement efficace.
L’assurance sur le principe du « pay as you drive » est un secteur en plein boom. Il s’agit d’implanter en dur un GPS dans votre voiture qui enregistre tous vos trajets. Très logiquement, votre police d’assurance est alors indexée sur le nombre de kilomètres parcourus et sur la dangerosité des itinéraires choisis. Mais ce système permet aussi d’analyser finement les comportements à risque. Si vous respectez bien gentiment le code de la route (vitesse, sens interdits, demi-tours…), vous pourrez garder vos bonus, sinon gare à la facture.
Comme souvent, le mouvement a est initié en Grande-Bretagne, temple du pragmatisme de marché. En France, la CNIL fait encore barrage pour le déploiement de ce type de contrat. Mais on peut parier que ce n’est qu’une question de temps avant que les assureurs peaufinent leur dispositif pour le rendre juridiquement acceptable.
A moyen terme, quand cette approche individualisée se sera généralisée, ce ne sera plus la peur du gendarme mais celle de notre assureur qui nous fera lever le pied de l’accélérateur. Rien ne s’opposera alors à ce que les compagnies aillent jusqu’à fabriquer leur propre code de la route.
De même, ce n’est qu’une question de temps avant que les complémentaires santé vous obligent à souffler tous les soirs dans un éthylotest pour recalculer en temps réel votre espérance de vie en fonction du nombre de verres de whisky que vous avez bu.
Dans sa brève histoire du XXIème, Jacques Attali avait spéculé sur le fameux principe de précaution qui envahie nos sociétés. Dans ce nouveau cadre, il y a fort à parier que les compagnies d’assurance prendront une place de plus en plus décisive dans nos vies. On s’en approche doucement. Sympa, non ?! ;-)
09:09 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Attali, assurance, GPS, CNIL

