21.06.2008

Les vrais enjeux du financement de l'audiovisuel public

Le débat bat son plein sur le financement de France 2 & 3 (j’en avais parlé de manière prémonitoire en Novembre dernier bien avant la bombe de Sarkozy). La commission Copé multiplie les acrobaties créatives pour trouver des nouvelles assiettes de taxes.

Comme souvent, une partie du sujet est escamotée. Pour illustrer cela, une anecdote. L’autre jour, au cours d’un débat animé sur France Inter, un journaliste a rappelé les missions du service public audiovisuel : informer, instruire et divertir. Cette remarque a semblé une telle évidence à tous qu’aucun intervenant (pourtant composé de personnalités de tous bords) n’a relevé.

Pourtant à y réfléchir, cela n’a rien de si trivial. Autant on peut assez facilement se convaincre qu’informer (objectivement) et instruire (intelligemment) font parti des missions quasi régaliennes de l’Etat. Deux chaines publiques font d’ailleurs un travail tout à fait remarquable dans ces domaines : LCP pour les débats citoyens et Arte pour la culture et les documentaires thématiques.

Autant est-ce bien le rôle de l’Etat de divertir ses citoyens ? Nos impôts doivent-ils servir à financer des émissions de variétés et des fictions américaines ?

Pour forcer le trait, on pourrait s’interroger sur le périmètre du service public culturel. Pourquoi se limiter à l’audiovisuel ? Après tout, de jolis journaux sans pub avec des articles intéressants, instructifs et divertissants, cela serait super, non ? Une si noble cause justifierait bien une petite solidarité fiscale de tous les foyers français. Et puis, en voilà une manière élégance de régler le délicat problème du déclin de la PQN. :-)

En fait, s’il y a une telle omerta sur la pertinence de maintenir un « service public du divertissement », c’est que cette activité génère un énorme fromage qui fait vivre beaucoup de gens.

Tout d’abord, les animateurs télés. Leurs émoluments sont très corrélés avec l’audience de la chaine. Si France 2 abandonne sa mission de divertissement, son audience va baisser de manière certaine. Dans cette nouvelle dynamique, les gros cachets des stars de l’audimat deviendront intenables. On peut comprendre que ce n’est pas une perspective très réjouissante pour les intéressés.

Ensuite, il existe tout un écosystème de producteurs qui dépendent des commandes publiques. Pour eux, tout rétrécissement du budget de la télé publique va se traduire fatalement par une baisse du carnet de commandes. On peut aussi comprendre que cela ne leur fasse pas plaisir.

Nous y voilà. Derrière la redevance télé, le vrai sujet est le financement de la production audiovisuelle française. Celle-ci ne survit que parce qu’elle est lourdement subventionnée au travers de nombreux mécanismes (dont, outre l’obligation d’investissement des télévisions,  les plus connues sont le statut particulier des intermittents et la niche fiscale des Sofica).

Ces aides massives peuvent se concevoir au nom de la fameuse exception culturelle. Celle-ci postule que les produits culturels sont d’une essence particulière qui justifie de les affranchir des contraintes habituelles de la rentabilité. Il s’agit d’un choix politique fort qui a été reconduit par tous les gouvernements depuis quarante ans.

Alors pourquoi pas. Par contre, le débat démocratique gagnerait en transparence et en clarté si on affichait clairement les enjeux. Ce serait d’autant plus facile que ce concept d’exception culturelle semble bénéficier d’un assez fort consensus (en France).

Il est tout à fait regrettable que notre chère ministre Christine Albanel ait réduit le champ du débat à remplacer les recettes publicitaires de France 2 par une taxe sur les fournisseurs d’accès et les mobiles. Cette vision maladroite conservatrice ne peut que susciter l’incompréhension, en particulier des jeunes générations. Ayant massivement migrés sur le mobile et l’Internet, ils se demandent au nom de quoi ils paieraient une dime pour subventionner la vieille télé de papa.

18:10 Publié dans Economie, Internet, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : télévision, redevance, service public

21.02.2008

L’impossible choix Droite - Gauche

Il existe un étrange paradoxe de la démocratie. Les gens à revenus modestes sont électoralement très majoritaires. Et pourtant, ils ont beaucoup de mal à faire élire un gouvernement qui défendent leurs intérêts.

Le dernier livre de Jean-Claude Michéa, l’Empire du Moindre Mal, fournit une explication assez provocatrice, qui mérite d’être signalée. Il nous dit en substance que la manière dont est structuré le paysage politique présente une alternative impossible au peuple. En fait, quel que soit sa situation financière et sociale, il y a d’excellentes raisons de voter à gauche comme à droite. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle entre ces deux forces, on assiste à un rapport de forces aussi équilibré dans le temps. Les alternances de majorité se font bien d’avantage sur l’envie de changer de têtes (l’usure du pouvoir) que sur des choix politiques vraiment clairs.

Venons-en au fond de commerce de chaque force. Certains domaines comme la fiscalité sont faciles à décrypter. Si vous êtes riche, votre portefeuille vous incite à voter à droite qui prône la modération fiscale. A contrario, si vos revenus sont modestes, cela parait un meilleur calcul de choisir la Gauche qui promet d’avantage de redistributions des richesses.

Concernant le juste équilibre public privé, l’arbitrage est sensiblement le même. Plus vous détenez d’intérêts privés, moins vous avez intérêt à ce que l’Etat vienne y mettre son nez, donc faveur à la Droite qui prêche la dérégulation. A contrario, ceux qui ne possèdent pas grand chose pourront être d’avantage séduits par l’interventionnisme étatique prôné à gauche.

Si on passe au chapitre immigration, tout se complique, car les choix politiques s’inversent de manière spectaculaire. L’extrême gauche qui milite pour la régularisation massive des sans papiers (ce qui ne peut qu’encourager de nouveaux candidats à l’immigration) défend objectivement les intérêts des plus riches. L’arrivée d’une main d’œuvre bon marché et abondante serait du pain béni pour les employeurs. Cela d’autant mieux que les problèmes aigus de logement et d’intégration qu’impliqueraient ces arrivées massives seraient supportés essentiellement par les moins favorisés. Les nantis vivent beaucoup mieux au Brésil qu’en France. En passant, c’est plaisant de voir que le grand retour de l’immigration est d’ailleurs une des idées phares du rapport Attali, qui ne fait pas mystère de son tropisme libéral.

Sur le chapitre de l’insécurité, la situation est encore plus confuse. Comme l’ont illustré de manière saisissante les émeutes de 2005, on sait que l’essentiel de la violence se produit en circuit fermé au sein des quartiers défavorisés. Certains privilégiés au grand cœur peuvent être tentés de soutenir une lecture sociale du phénomène (défendue par une certaine Gauche), en dédouanant les délinquants de leurs actes au nom d’une société injuste. Cette bonne conscience est à peu près sans conséquence sur leur confort.

A contrario, les pauvres devraient en principe être séduits par le programme sécuritaire de la Droite. Cependant, cet arbitrage peut aussi se retourner contre eux, les effets collatéraux habituels de toute politique répressive (bavures policières, justice expéditive) s’exerçant avant tout sur les plus démunis.

La thèse de Jean-Claude Michéa est donc que le peuple d’en bas est face à un choix impossible. Il n’est là que pour arbitrer les rapports de forces entre deux groupes dirigeants antagonistes, la Droite qui défend l’élite économique et la Gauche qui incarne l’élite culturelle. De temps en temps, le peuple se fait plaisir en disant merde à ces élites, comme ce fut le cas pour le référendum sur l’Europe (où les principaux partis gouvernementaux de droite et gauche avaient fait l’erreur tactique impardonnable de prôner le même choix). Mais devant l’alternative politique habituelle, on ne s’étonnera pas que pour les groupes sociaux défavorisés, le seul choix résiduel soit entre la pipolisation (j’élis une personnalité et non un programme) ou l’apathie abstentionniste.

20:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : démocratie, élections, Attali, Droite, Gauche, Michéa

10.02.2008

Le casse-tête des taxis

Face au conflit des taxis, il est bien sûr facile d’hurler au corporatisme. Il est vrai que le manque de l’offre, notamment à Paris, est une donnée objective. Avant même le prix, la qualité première d’un taxi est sa disponibilité. Or, autant dans les quartiers d’affaire, il est en général assez facile de trouver un taxi, autant dans l’Est parisien, c’est très hasardeux, en encore je parle des créneaux horaires les plus favorables (sans abonnement VIP, le soir c’est carrément de la science fiction).

A première vue, le problème semble insoluble, tant les intérêts des parties sont opposés. Libéraliser le marché (en introduisant ces petits minibus aux tarifs libres qui ont été évoqué) revient à spolier les taxis. D’où leur réaction violente et immédiate. On peut comprendre que quelqu’un qui s’est endetté de 200.000 euros pour acheter sa plaque n’ait pas envie de voir son investissement partir en fumée.

C’est d’ailleurs un cercle vicieux. Plus le prix de la plaque monte, plus il est difficile de réformer le système. Et plus le système est figé, plus cela fait grimper le prix des plaques. A ce propos, je vous recommande l’analyse de GuSiFan sur l’origine de cette mécanique infernale.

Le rapport Attali n’a fait donc qu’agiter un chiffon rouge. Notre super sherpa national a montré encore une fois son stupéfiant sens politique. Il est vrai que lorsqu’on a la chance de détenir la science infuse, on n’a pas vraiment besoin de s’embarrasser des possibles réactions braillardes de quelques mauvais coucheurs.

Pour revenir à nos taxis en sous nombre, il a pourtant été évoqué dans le tintamarre médiatique une piste qui semble plus prometteuse. J’ai d’ailleurs testé l’idée avec plusieurs chauffeurs de taxi qui se sont montré agréablement ouverts. Cela consiste non pas à attribuer gratuitement des licences supplémentaires, mais à les vendre au prix fort et à redistribuer le produit de ces ventes aux chauffeurs existants.

L’augmentation de nombre de licences ferait certes baisser la valeur unitaire de chaque plaque par un effet d’abondance. Mais cette baisse serait amortie par l’augmentation de la taille et de la liquidité du marché. Et en encaissant le produit des ventes, les taxis devraient s’en tirer avec un pécule supérieur, sans que cela ne coûte rien aux caisses (vides parait-il) de l’Etat.

Cela revient à faire payer aux futurs taxis, la retraite des chauffeurs existants. On retrouve un mécanisme similaire à notre bon vieux système par répartition qui dans un marché en croissance (et pour celui des taxis, la marge de progression est importante) marche plutôt bien.

C’est un système souple, qui crée de nouveaux emplois, augmente l’offre pour les clients, tout en étant acceptable pour les taxis existants.

22:34 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Taxis, Attali

03.01.2008

Les radins et la santé

Depuis le premier Janvier, la nouvelle franchise sur les médicaments est en place. Il en coute désormais un demi euro par boite qui ne sera pas remboursé par la Sécu (et les mutuelles ont interdiction de le faire pour ne pas tuer l’esprit de la réforme). L’idée est d’inciter les gens à modérer leurs dépenses de santé, en clair d’éviter les abus.
Histoire de ne pas (trop) être taxé de médecine de riche, le gouvernement a exonéré du dispositif ceux qui bénéficient de la CMU (la couverture médicale universelle). Les gens vraiment pauvres (ceux qui sont à cinquante centimes près) ne sont donc pas concernés par cette mesure.
Pour les autres, il existe néanmoins un garde fou : la franchise ne pourra pas dépasser un plafond très raisonnable de 50 euros par an. L’idée (généreuse) est qu’il ne faut pas pénaliser outre mesure les patients atteints de maladies lourdes qui nécessitent beaucoup de médicaments. Mais on voit tout de suite que ce plafond peu élevé annule aussi l’effet recherché auprès des gens qui abusent des médicaments.
Certes, la question de savoir à partir de quel moment, un patient abuse des médicaments est délicate. On constante déjà que les prescriptions varient beaucoup d’un médecin à l’autre. Alors cela parait une gageure de résoudre le problème en demandant au patient (qui par définition est encore moins expert) de s’autoréguler. En introduisant le biais financier, le seul impact de cette mesure sera de pénaliser les radins congénitaux qui vont (bêtement) dégrader leur santé pour économiser quelques dizaines d’euros par an.
Cela montre un point commun entre les dépenses de publicité et de santé : on sait qu’une partie de l’argent est gaspillée, mais il est très difficile de savoir exactement laquelle. Pour la publicité, la solution consiste à privilégier des canaux et des approches qui permettent une analyse quantitative rigoureuse des investissements. Pour la santé, on est encore loin de la solution miracle.

22:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : santé, sécurité sociale, publicité, médicaments

07.10.2007

Les délires spatiaux d’un docteur en physique théorique

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’un livre pour vous recommander de passer votre chemin. Son titre, le Secret de l’Occident, est pourtant très alléchant. D’autant que l’ambition de l’auteur, un certain David Cosandray, suscite au départ une certaine admiration : il s’agit d’expliquer non seulement les raisons historiques du succès de l’Europe, mais aussi son marasme actuel et encore mieux, les pistes pour s’en sortir.

L’idée de base du livre  est que le secret des nations qui réussissent (ce qu’il appelle leur formule magique) réside dans le découpage de leurs côtes maritimes. Il suffit de regarder une carte d’Europe pour constater le nombre très important d’iles et presque îles naturelles de grande taille (Royaume-Uni, Italie, Grèce, Ibérie, Danemark, Scandinavie). Cette topographie exceptionnelle a deux conséquences clés :

- elle a encouragé les échanges et donc le développement économique

- elle a permit de maintenir une division politique stable, ce qui garanti diversité et émulation entre les nations voisines.

En appliquant ces critères magiques, l’auteur nous explique le fameux déterminisme historique qui a fait de l’Europe, le maitre du Monde moderne.

La démonstration est relativement convaincante sur la comparaison avec la Chine. Cette dernière étant d’un bloc sans barrières naturelles internes, elle a fait assez vite son unité politique et culturelle. Suite à de sombres intrigues de cour, ce pouvoir centralisé autoritaire a pu mettre un coup d’arrêt au XVIème siècle au développement technologique chinois. Cette idée des dangers d’un trop grand centralisme politique n’est pas nouvelle. Elle a été notamment développée avec brio par David Landes (dont la culture historique est sans commune mesure avec ce Cosandrey).

L’ennui de l’auteur du Secret de l’Occident, est qu’il veut absolument que sa théorie géographique soit une lecture universelle de l’Histoire. Cela le conduit à des simplifications caricaturales, notamment sur les causes de la montée du monde musulman au VIIIème siècle, puis de sa stagnation à partir du XIIème siècle. Sa théorie est aussi incapable d’expliquer le formidable développement des Etats-Unis au XIXème siècle (mais non du Mexique ou de l’Indonésie par exemple). Bref, beaucoup moins crédible qu'un Jared Diamond.

Là où cela devient carrément grotesque est quand il explique sans rire que le marasme actuel de l’Occident vient de l’abandon de la colonisation de l’espace depuis la fin du programme Apollo. Plus de guerre froide, plus de rivalité armée entre les grandes puissances, et hop, c’est la décadence. Ce raisonnement s’appuie sur l’idée très douteuse que seuls les grands mouvements de colonisation conflictuels permettent à l’Humanité d’aller de l’avant, le système solaire étant dorénavant la nouvelle frontière à franchir.

Déjà parler de marasme économique est une contre-vérité flagrante. Depuis vingt ans, la planète se développe au contraire à une vitesse sans équivalente dans l’Histoire. Cela crée d’ailleurs des tensions importantes sur l’accès aux ressources, comme l’explosion du prix du baril de pétrole nous le rappelle tous les jours. La question est beaucoup plus dans la juste répartition des richesses crées, que la croissance absolue elle-même.

Pour rendre justice à l’auteur, il faut préciser que ce livre a été écrit en 1997. A cette époque (lointaine), il semble que certains grands esprits de la physique théorique n’avaient pas encore réalisé que la révolution informatique était en train de déboucher sur la formidable explosion de l’Internet.

Heureusement, grâce à la nouvelle économique numérique, il n’y aura pas besoin d’aller conquérir la planète Mars pour générer de la croissance. Internet ouvre des perspectives fantastiques en retombées économiques. Ca tombe bien, car vu l’extrême hostilité du milieu extraterrestre, cela n’était pas gagné cette petite colo martienne… ;-)

20:12 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Histoire, civilisations, développement, Mars

29.09.2007

Sur l’origine de la prétendue supériorité européenne

Suite aux commentaires sur ma note sur les innovations au Moyen-âge, je me suis plongé dans De l’inégalité entre les sociétés de Jared Diamond. Ce livre est une rafraichissante et radicale déconstruction de la supériorité de l’homme blanc. Pourquoi au XVIème siècle les Européens ont-ils balayé avec une telle facilité les grandes civilisations du Nouveau Monde (Aztèques, Incas, Mayas, Indiens) ? Les explications traditionnelles, qu’elles soient culturelles ou religieuses (voir pire, bêtement racistes) ratent l’essentiel : l’analyse des conditions initiales.

Si les trois civilisations les plus avancées du monde (par ordre chronologique Croissant Fertile, Chine et Europe) sont toutes apparues en Eurasie, ce n’est pas un hasard. Au-delà de leurs mérites propres, ces peuples ont surtout eu l’immense chance de bénéficier de facteurs géographiques très avantageux.

Tout d’abord, ils ont eu accès aux plantes les plus productives (blé, orge et riz en particulier) du monde. Cela a permit de développer une agriculture efficace, qui est le fondement du développement de toute société humaine complexe. Ensuite, ils ont eu la chance d’avoir (par hasard) sur leurs territoires le quasi monopole de tous les grands mammifères domesticables (moutons, vaches, cochons, chevaux, chèvres). Or ces mammifères ont eu un rôle déterminant dans leur développement économique.

Par ailleurs, ces milliers d’années de promiscuité avec des animaux domestiques ont aussi permit aux Eurasiens de développer une forte résistance à bon nombre de germes infectieux. A contrario, les Amérindiens y ont été exposé d’un coup à l’arrivée des envahisseurs. Cela explique pourquoi, ils ont été décimés au moins autant par le tétanos, le choléra et la variole que par les épées en acier des conquistadors.

Enfin, l’axe est-ouest du continent Eurasie a rendu relativement aisée la transmission des innovations entre les régions de même latitude. De fait, les plantes et les animaux domestiqués dans une zone géographique circonscrite ont fini par se diffuser sur tout le continent.

A l’opposé, l’axe nord-sud du continent américain impose aux innovations de traverser des climats très différents pour se diffuser. Voilà par exemple pourquoi le Lama des Andes (seul gros mammifère domesticable des Amériques !) n’a jamais été importé en Amérique du Nord. Il lui était impossible de traverser les forêts tropicales d’Amérique Centrale (l’Afrique a souffert d’un problème similaire avec au nord la barrière du Sahara et plus au sud celle de la forêt équatoriale).

Bref, tout ça pour dire qu’au moment du choc de l’arrivée de Christophe Colomb, les dés étaient pipés d’avance. Les Européens avaient eu la chance de naitre sur le bon continent. Dans un environnement beaucoup plus favorable, ils avaient pu acquérir une avance irrésistible qui leur permit de très vite dominer (et massacrer joyeusement) leurs alter egos du Nouveau Monde.

On peut tenter une petite analogie avec l’Internet. Pourquoi les Google, Yahoo et MSN sont tous américains (et non européens par exemple) ? C’est qu’indépendamment des mérites propres de leurs managers, les Etats-Unis bénéficient d’avantages structurels. En particulier, la taille et l’homogénéité du marché américain permet des effets de levier décuplés par rapport à l’Europe. Mais bon, ce n’est pas pour ça qu’on ne va pas se battre pour que les startups européennes deviennent les meilleures du monde ! ;-)

18:15 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : civilisations, développement, agriculture, Histoire, startups

11.09.2007

Le serpent de mer de la vitesse en France

Les limitations de vitesse en voiture ont par nature un caractère arbitraire. Vous avez le droit de rouler à 90 sur une route de montagne où il serait pourtant suicidaire de dépasser le 60. De même, rouler à 50 en ville peut vite être très limite, surtout dans les petites rues. A l’opposé, sur les axes d’autoroute bien dégagés, le 130 parait souvent d’une rigueur inutile.

Sauf qu’il faut rappeler que les limitations sur autoroute ont été durcies dans les années 70 et 80 non pour des raisons de sécurité, mais avant tout pour diminuer notre facture pétrolière. Avec le renchérissement prévisible du prix du baril, ces limitations restent tout à fait d’actualité. D’autant que par rapport à la TIPP (qui en principe vise le même résultat), les limitations autoritaires de vitesse ont un parfum égalitariste qui a pu leur donner une certaine légitimité populaire.

La vitesse excessive est à l’origine de beaucoup d’accidents. Il était donc très logique d’installer des radars pour faire ralentir les gens. Mais ces radars sont assez symboliques du décalage entre les beaux principes et la réalité.

Il se trouve que ces bijoux technologiques coutent chers à l’installation et à l’entretien. Leur implantation s’est donc faite pour maximiser leur rendement (logique, non ?). De fait, comme pour les radars mobiles, on a choisit les bons coins, à savoir des tronçons peu dangereux qui incitent les gens à dépasser les vitesses autorisées. On se retrouve ainsi avec des radars en grande majorité dans des lignes droites d’autoroutes où il y a pourtant statistiquement très peu d’accidents (contrairement au réseau secondaire et surtout aux centres villes).

Le plus drôle dans l’histoire, c’est les panneaux qu’on a mis pour signaler les fameux radars automatiques. Le message subliminal semble être : « on comprend que vous n’ayez pas envie de payer pour un excès de vitesse peu dangereux, alors on vous le signale gentiment pour que vous puissiez lever le pied avant ».

Ledits panneaux précisent que les radars sont là « pour votre sécurité ». Dommage qu’on n’ait pas rajouté « pour économiser de l’énergie » qui est au moins aussi honorable. Mais l’air du temps a beau être au développement durable, les Français ne sont pas (encore) prêt à accepter des sanctions pénales sur le sujet, ce qui montre d’ailleurs les limites des discours éco-citoyens.

En mai dernier, le fraichement nommé ministre des transports avait d’ailleurs évoqué l’idée de supprimer ces panneaux pour accroitre le rôle dissuasif des radars. Cela paraissait frappé du bon sens. Pourtant en pleine euphorie post élection, il avait vite fait marche arrière devant le tollé

On est dans un syndrome français typique. Au nom de beaux principes (la sécurité, l’indépendance énergétique), on fixe des règles strictes. Mais pour rendre ces règles socialement acceptables, on ne les applique que très mollement. Au final, ce qui est fascinant, c’est que ces contorsions ont beau décrédibiliser le système, personne ne semble vraiment gêné par la contraction.

PS : J’en profite pour signaler que si vous voulez éviter les radars, vous pouvez de manière parfaitement légale télécharger pour votre GPS ce qu’on nomme pudiquement les « zones à risque » sur pleins de sites, notamment chez mes potes de Navx. En passant, petit buzzy scoop, Navx va bientôt ouvrir un site communautaire, genre les radars 2.0. Beta privée en septembre. A suivre.

18:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : fiscalité, vitesse, radars, Navx

12.07.2007

Comment réformer l’impôt sur les successions

Parmi les dispositions de présent paquet fiscal du nouveau gouvernement Fillon qui font polémiques, outre ce bon vieil ISF, il y a cette réduction drastique de l’impôt sur les successions. J’ai mainte fois souligné sur ce blog que du fait de l’allongement de la vie, les heureux héritiers sont le plus souvent eux-mêmes des seniors. Pourquoi leur faire ce cadeau supplémentaire alors que cet âge déjà correspond au sommet de leur puissance financière ?

Il y aurait une autre manière beaucoup plus élégante de réformer cet impôt. Chaque année, les successions représentent une masse financière d’un peu plus de 40 milliards d’euros. En taxant de manière égalitaire toutes les successions avec un taux fixe de 20% (ce qui reste très raisonnable), on pourrait créer un important fond pour la jeunesse.

Chaque année, environ 800.000 jeunes deviennent majeurs. Ainsi, ce fond pourrait distribuer une dotation de 10.000 euros à chaque nouvel adulte le jour de ses 18 ans, et cela de manière strictement égalitaire. Libre à chacun ensuite d’en disposer comme il veut : pour se payer des études, créer une entreprise, épargner, faire le tour du monde ou… tout brûler d’un coup dans une frénésie consumériste.

Ce serait une piste intéressante pour mettre en pratique le concept d’équité devant la vie. Equité et non égalité bien sûr, car il y a pleins d’autres aspects socioculturels et personnels qui jouent dans les trajectoires individuelles de chacun. Néanmoins cette dotation universelle pourrait avoir une charge symbolique forte. De plus, en étant reliée directement aux successions, quel meilleur étendard de la fameuse solidarité entre les générations ?

19:30 Publié dans Politique, Social | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : successions, fiscalité, solidarité, seniors

07.07.2007

Les très utiles (vilains) gaz à effet de serre

Je me suis permis (avec une certaine délectation je dois l’avouer) de polémiquer sur l’influence réelle de l’émission de gaz carbonique d’origine humaine sur le réchauffement planétaire actuel. Poussant plus loin le crime de lèse-écologie, j’ai aussi contesté la nature forcément négative du réchauffement en question. Alors pour compléter le triptyque, je vous en sers une dernière louche. Après promis, je passe à autre chose.

Histoire de rassurer mes amis écolos qui daignent encore de lire ce blog (!), il me faut préciser que je soutiens sans réserve les projets de taxe carbone dans les tiroirs de nos chers gouvernants. La fiscalité est de loin l’arme la plus efficace dans le domaine écologique. De façon générale, il est aussi important de continuer nos efforts vers des normes d’économies d’énergie toujours plus ambitieuses pour les bâtiments, les véhicules et l’industrie.

Pour commencer, cela donne des perspectives formidables en termes de nouveaux produits dans tous ces domaines de R&D. Mais surtout, ces mesures vont dans le sens d’une réduction de notre dépendance aux énergies fossiles. Même si les vraies raisons ont très peu à voir avec l’écologie et l’effet de serre, elles n’en sont pas moins importantes.

Il s’agit essentiellement ici d’argent et de politique (sans que cela n’ait rien de péjoratif). Tout d’abord, la sobriété énergétique a un effet mécanique sur notre balance commerciale, puisqu’on importe tout notre pétrole. La raréfaction programmée de cette énergie fossile non renouvelable ne pourra qu’accentuer le problème à l’avenir. On en goute déjà les prémisses avec les pics récents atteint par le baril de brut. Par un hasard conjoncturel, ce pic est amorti par une valorisation inespérée de l’euro. Mais cela ne durera qu’un temps.

Politiquement aussi, nos importations de pétrole et de gaz proviennent pour la majeure partie de dictatures pas toujours sympathiques, parfois ouvertement hostiles. De plus, beaucoup de régions pétrolières ou gazières sont réputées pour leur instabilité, la corruption extrême de leurs élites, voir une collusion rampante avec des groupes armés violents. Notre dépendance trop forte envers ces régimes nous met d’ailleurs souvent dans des situations inconfortables.

Enfin, la plupart des pays qui détiennent des réserves d’énergie fossile font preuve d’une volonté très modérée concernant les indispensables investissements, ce qui réduit d’autant la visibilité du secteur. Bref, moins on achète de pétrole à tous ces gens, moins on s’expose à d’éventuels chocs économiques ou chantages géopolitiques.

En passant, on peut aussi rappeler que tous les pétrodollars qui inondent nos économies occidentales alimentent une bulle immobilière potentiellement dangereuse, en particulier pour les jeunes générations qui croulent sous les dettes.

Voilà qui explique pourquoi les politiques se saisissent avec autant d’entrain de la grande cause du réchauffement climatique. Ce spectre écologique permet de plaquer une noble cause sur des objectifs politiques et économiques cruciaux. Cela donne aussi des armes de négociation face aux différents cartels producteurs. Mais surtout, l’écologie est une cause plus facile à vendre à l’opinion publique que les tortueux rapports de force économiques de la diplomatie pétrolière.

16:05 Publié dans Développement durable, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : réchauffement climatique, pétrole, fiscalité, économie mondiale, dettes

16.06.2007

La feuille de route idéale de l’Etat pour le développement économique

Une fois le principe d’égalité des chances établi, d’autres conditions sont nécessaires au développement économique. On peut essayer de résumer une sorte de feuille de route que tout Etat (qu’à priori on imagine soucieux de son efficacité) devrait tenter de suivre :

1)       Garantir le respect de la propriété privée (pas d’expropriation abusive), seule manière d’encourager l’investissement et l’épargne

2)       Garantir les libertés individuelles contre toutes les formes de tyrannies (intimidation, violence et corruption)

3)       Garantir l’application des lois et des engagements contractuels entre parties

4)       Réagir de manière rapide, pondérée et impartiale face aux besoins de la population

5)       Rechercher l’efficacité et la productivité maximale des services publics

6)       Lutter contre toutes les formes de rentes de situations qui maintiendraient à certains agents économiques des privilèges disproportionnés par rapport à leur contribution objective.

Ces idéaux sont utopiques. Aucun Etat n’y adhère à 100%. Assez loin de là. Comme pour tous les idéaux politiques, il y a des « recette de gauche » et des « recettes de droite ». Parfois assez justes, parfois un brin tendancieuses.

La lutte contre les rentes au sens large en donne un exemple illustratif. Chaque famille politique a une tendance innée à défendre avant tout les fromages de son électorat. C’est assez compréhensible d’ailleurs. Quelqu’un peut-il me dire s’il a déjà rencontré un machin qui s’appelle « l’intérêt général » ? 

10:38 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : développement économique, rentes, productivité, Etat, services publics

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