29.04.2008

De la publicité beaucoup mieux ciblée

Une fois n’est pas coutume, voici un petit billet sur ma start-up Criteo. Les lecteurs qui ne s’intéressent pas au domaine (très sophistiqué et en perpétuelle évolution) de la publicité en ligne pourront zapper.

Que fait Criteo ? Notre métier est le ciblage comportemental. Cela consiste à analyser la navigation des internautes (les pages vues et les clics réalisés sur ces pages) pour leur proposer le contenu promotionnel le plus ciblé (= pertinent) possible. Notre spécificité est d’appliquer ce ciblage comportemental au commerce électronique. A partir des simples informations de navigation, on est ainsi capable de proposer en temps réel le bon produit (parmi des millions de références) à la bonne personne.

Regardez par exemple les jolies bannières de publicités PriceMinister (et Kelkoo) qui sont dans le menu de droite de ce blog. Ces bannières conçues par Criteo sont dites comportementales. C'est-à-dire que les produits marchands présentés sur ces bannières sont déterminés à la volée au moment où la bannière s’affiche, et cela en fonction de l’historique de navigation de l’internaute.

Comment ça marche ? Si l’internaute a déjà visité le site marchand en question, les produits affichés sont en affinité avec les produits qu’il a consultés ou achetés sur le site marchand. S’il n’est encore jamais allé sur ce site marchand, alors les produits sont déterminés en fonction du comportement de tous les autres internautes sur la page en question. C’est ce qu’on appelle dans notre jargon l’optimum local, déterminé par des algorithmes sophistiqués de filtrage collaboratif (un autre jargon).

Pour comprendre, le mieux est de faire vous-même un test. Regardez les produits présentés dans la bannière PriceMinister à droite, puis allez faire un tour sur le site PriceMinister. Baladez-vous par exemple dans la section livres, en visitant quelques fiches d’ouvrages qui vous plaisent. Vous revenez ensuite sur mon blog (en rechargeant la page). Dans la bannière publicitaire PriceMinister, vous devriez maintenant voir s’afficher de nouveaux produits, a priori des livres. Et mieux encore, des livres en affinité avec ceux que vous venez de consulter sur le site PriceMinister.

Quel est l’intérêt de ce type de technologie ? Cela permet de présenter des bannières de publicité bien mieux ciblées. Qui dit bannière mieux ciblée, dit meilleur taux de clics (= nombre de clic / nombre d’impression de la bannière, qui est la manière la plus simple et probante de juger de l’efficacité d’une campagne publicitaire). Les résultats sont éloquents : sur des bannières personnalisées, le taux de clic est trois à cinq fois supérieur à celui constaté sur des bannières classiques.

Pour assurer un meilleur rendement de la publicité (qui est devenu, et sans doute pour longtemps, la principale source de revenus d’une grande majorité des sites Internet), on pense à Criteo que le futur passe par la personnalisation extrême des campagnes. CQFD :-)

19:15 Publié dans Internet , Startups | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : Criteo, publicité

29.06.2007

Le blogging et les entrepreneurs

Il est étonnant de constater le nombre important d’entrepreneurs qui sont aussi bloggeurs. Les entrepreneurs sont pourtant des gens le plus souvent débordés. S’ils trouvent néanmoins le temps de blogger, c’est que cela doit correspondre à quelque chose.

Comme d’autres entrepreneurs, je suis moi-même bloggeur. Mais contrairement à certains, je fais une séparation assez nette avec mon entreprise. Je blogue avant tout à titre personnel, et par pur plaisir. Je le fait au gré de mes envies, sur des sujets qui m’intriguent. Rien de tel pour se clarifier la tête sur un sujet que de s’en faire une petite synthèse de 30 lignes.

Néanmoins, mon blog fait parti à part entière de mon identité numérique. Inévitablement, la barrière avec ma vie professionnelle (qui occupe quand même l’essentiel de mon temps) est poreuse. De fait, j’ai noué par ce blog beaucoup de contacts à caractère semi-professionnel. Force est d'ailleurs de constater que  ma petite audience se compose pour beaucoup de professionnels du web (et pourtant je divague souvent sur des sujets assez éloignés de l'Internet), ou en tout cas de gros lecteurs de blogs. Ce lectorat ciblé s'illustre par la position de mon blog relativement proche du centre géométrique de la blogsphère (au sens de l'AutoRoll).

De mon côté, pour contacter un professionnel du web, j’ai toujours le réflexe d’aller faire un tour sur son blog perso, s’il en a un. Cela permet d’ajouter une dimension humaine très agréable dans les relations. D’ailleurs la limite est souvent floue en les bloggeurs professionnels et les entrepreneurs bloggeurs. Je suis membre de plusieurs de ces cercles (CEO bloggers club, Dessinons le web 2.0,…) qui entretiennent à leur manière cet esprit du net entrepreneurial.

L’Internet est encore dans une phase de croissance débridée où la confrontation d’idées est primordiale pour faire avancer les choses. Dans cet esprit, il faut reconnaitre que le blogging est un outil très sympa. Il permet d’utiliser cette intelligence collective du web pour faire murir des nouvelles (et parfois très bonnes) idées. C’est sans doute pour cela que le blogging d’entrepreneurs a encore de beaux jours devant lui. Ce n'est pas que du temps perdu, qu'on se le dise ! ;-)

23:35 Publié dans Startups , Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : entrepreneur, esprit du net, autoroll, blogs

26.06.2007

Gloire et limites de la grande entreprise

Pourquoi la révolution industrielle a-t-elle démarré précisément dans la seconde moitié du XVIIIème siècle en Angleterre ?
Les historiens ont beaucoup disserté sur l’Angleterre. Ce qui lui a valut de jouer les pionniers tient au fait qu’à l’époque c’était le seul pays dont la gouvernance se rapprochait (vaguement) de la feuille de route idéale d’un Etat de droit. Les inégalités y étant aussi moins criantes qu’ailleurs, la création d’un marché de masse y fut plus facile.
Moins connus sont les mécanismes qui ont conduit à cette industrialisation, dont le secteur du textile fut l’un des principaux vecteurs. Depuis le Moyen-âge, on avait assisté à une succession d’améliorations techniques remarquables. Avec le temps, le tissage de la laine (le coton n’était pas encore connu) était devenu de plus en plus efficace.
Les artisans travaillaient de chez eux sur des métiers à tisser individuels. La matière première et les machines étaient financées par les marchands en avance de leur production future. Ce système avait l’avantage d’être d’une grande souplesse. Les marchands pouvaient adapter les livraisons de laine vierge en fonction de la demande. Ils ne payaient les artisans qu’au résultat. Ces derniers appréciaient aussi beaucoup cette flexibilité. Cela leur permettait de continuer à exploiter leur lopin de terre durant les périodes creuses.
Toutes les tentatives de regrouper des artisans tisseurs dans des fabriques furent vouées à l’échec. Les gains de productivité espérés par la concentration étaient loin de compenser la rigidité du système.
Mais au XVIIIème siècle, ce système bien rodé trouva finalement ses limites. De nouvelles machines très efficaces apparurent. Ces nouveaux métiers à tisser permettaient d'énormes gains de productivité. Par contre, ils coutaient très chers, donc il était hors de question de les installer chez chaque artisan. Il apparut alors que le regroupement d’artisans dans des proto-usines devenait enfin rentable. Pour la première fois dans l’Histoire, les effets d’échelle étaient plus importants que l’inévitable rigidité qu’ils induisaient. La généralisation de la machine à vapeur accéléra ensuite ce phénomène qui conduisit à la naissance des usines et du monde ouvrier. Ainsi était née la « révolution industrielle ». On connait la suite.Les grandes entreprises se sont développées sur cette notion d’effets d’échelle. En concentrant des ressources, on arrive à produire plus et moins cher. Aujourd’hui à l’heure des grandes multinationales, ce modèle parait au sommet de sa puissance.Pourtant la combinaison de plusieurs phénomènes majeurs amène à penser qu’on pourrait tout à fait voir se dessiner un chemin inverse. Tout d’abord, la généralisation de l’ordinateur individuel permet à chacun d’avoir à titre personnel une machine aussi puissante que celle qu’il peut obtenir par son employeur. Ensuite, la massification d’Internet permet à chacun d’être connecté à tous. Or, nous entrons dans l’économie de la connaissance où la valeur glisse de la production à l’innovation. Dans ce nouveau cadre, une poignée d’individus déterminés se révèle souvent bien plus efficace que des grands centres de R&D. Reste aux grandes entreprises la commercialisation, qui nécessitera presque toujours des moyens lourds.
L’industrie pharmaceutique est en train de basculer dans ce schéma, les grands laboratoires se contentant de plus en plus de gober les startups au fur et à mesure qu’elles conçoivent de nouvelles molécules innovantes. D’autres secteurs y viennent aussi sans bruit, notamment dans les technologies de l’information. Dans ce schéma, l’équilibre pourrait se trouver modifier entres d’un côté des individus et des PME moteurs de l’innovation, et de l’autre des grandes entreprises qui en seraient les tuyaux de distribution.

03:14 Publié dans Création d'entreprise , Economie , Startups | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : PME, grandes entreprises, révolution industrielle, innovation

20.06.2007

La métamorphose du capitalisme boursier

En 2006 aux Etats-Unis, les 500 plus grosses sociétés cotées ont racheté pour 430 milliards de dollars de leurs propres actions, mais n’ont payé que 220 milliards de dividendes. Il y a 15 ans, le rachat d’actions ne pesait pourtant pas grand-chose. Comment interpréter cette nouvelle tendance ?

Si les gros dividendes ne sont plus dans l’air du temps, ce n’est pas du à une conspiration des dirigeants. C’est au contraire en toute connaissance de cause que ce choix a été fait, parfois sous la pression des actionnaires eux-mêmes.

Mais pourquoi les actionnaires acceptent de renoncer aussi facilement à leurs dividendes ? S’ils étaient philanthropes, cela se saurait. En fait, les rachats d’actions par les sociétés cotées reviennent à diminuer le nombre d’actions en circulation. Cela a une conséquence mécanique : augmenter les futurs dividendes par action.

Donc, l’actionnaire accepte de toucher moins d’argent maintenant, pour toucher plus d’argent dans le futur. Quelle belle sagesse de l’investisseur qui privilégie le long terme, non ? En fait, c’est tout le contraire. La perspective d’augmentation du dividende par action pousse les cours vers le haut. Rien de plus naturel, puisque le cours de l’action est censé intégrer précisément ce type d’anticipation.

Bref, l’actionnaire échange en fait son dividende contre une plus-value à court terme, avec toutes les conséquences spéculatives que cela peut avoir. Cette nouvelle mode se fait évidemment avec la complicité active de tous les détenteurs de stock-options, les dirigeants en premier lieu. Ces derniers ne voient en effet pas la couleur des dividendes. Par contre, ils ont un intérêt évident à la montée du cours.

Tout cela entraine une augmentation de la volatilité des cours, ce dont profitent les intermédiaires et les arbitragistes. Au final, tout le monde est gagnant, sauf l’entreprise elle-même. Mais bon, est-ce bien grave docteur ? Tant qu’on peut se gaver sur la bête, allons-y joyeusement.

Décidément la sérénité du non côté a vraiment des bons… côtés ! Du fait de la structure stable de leur actionnariat, les startups ont une démarche stratégique plus posée. N'étant pas obsédées par les fluctuations de leur cours de bourse, elles se retrouvent souvent d’avantage tournées vers le long terme que les grands groupes côtés. Sacré paradoxe.

16:56 Publié dans Economie , Startups | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bourse, dividences, rachat d'actions, non coté

08.06.2007

L’avenir des brevets en question

Récemment, la Cour Suprême des Etats-Unis a rendu un arrêt majeur pour préciser certaines limites en termes de brevetabilité. En particulier, ne peut faire l’objet d’un brevet la simple combinaison de deux technologies existantes. L’argument des juges repose sur le fait qu’il existe une innovation naturelle incrémentale à l’échelle de la société toute entière. Cette innovation incrémentale viendra de toute façon un jour ou l’autre. Il n’est donc pas raisonnable qu’un acteur privé puisse en verrouiller la valeur sur des dizaines d’années, au seul prétexte d’avoir été le premier à y penser.

Ce coup de frein à la folie de tout brevetable est éminemment salutaire, d’autant qu’il va dans le sens de l’Histoire.

La législation des brevets s’est très bien adaptée à la société industrielle du XXème siècle. Les entreprises investissaient dans la R&D pour concevoir un nouveau produit. Les brevets permettaient d’en amortir la commercialisation. Tout allait bien dans le meilleur des mondes possibles.

En ce début du XXIème siècle, nous sommes en train de basculer de manière très rapide vers une société de services. Les ouvriers de demain ne seront plus dans les usines mais dans les centres d’appel. Les produits sont de plus en plus réduits à l’état de sous-jacents qui disparaissent derrière des offres de services intégrés. Le cas de l’industrie des logiciels est symptomatique de ce changement en cours.

Or les services ne sont pas brevetables en tant que tel (et c’est heureux !). D’autant qu’une grande partie de leur valeur est dans la qualité d’exécution. Les innovations dans ce domaine créent énormément de valeur. Le cas de Dell est exemplaire d’un empire industriel créé sur des innovations de services. Dell est d’ailleurs lui-même désormais confronté à de nouveaux redoutables concurrents asiatiques qui le défient à son propre jeu.

On peut résumer cela par : je peux concevoir le plus beau bijou technologique du monde, mais si je ne sais pas le packager dans une offre adaptée de services, cela n’a aucune valeur.

Rappelons que la justification principale des brevets est d’encourager la R&D en récompensant l’innovation. Mais que se passe-t-il si l’innovation se fait désormais essentiellement sur les services et l'exécution, et non les produits sous-jacents ? En réduisant artificiellement l’accès aux produits, le brevet ne devient-il pas alors un frein à l’innovation de services ?

Il est probable que ce basculement de la création de valeur aura des répercussions fondamentales sur les législations encadrant la propriété industrielle. La frénésie des brevets pourrait bientôt être derrière nous. Sous la pression des industriels eux-mêmes, on devrait au contraire assister à une réduction croissante de leur champ d’application.

 

12:42 Publié dans Economie , Startups | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : brevets, propriété industrielle, Dell, R&D, innovations

26.05.2007

L’esprit du net et les entrepreneurs

Dans un pays où on souffre d’un déficit structurel de PME innovantes, je trouve toujours très réjouissant de rencontrer des collègues entrepreneurs. Des gens qui ont réussi à franchir le pas, à passer de l’idée aux actes, en sachant domestiquer l’inévitable prise de risque que cela comporte.

Bien sûr la majorité des entrepreneurs que je rencontre sont liés à Internet. Mais il m’arrive aussi au hasard des rencontres d’approcher des domaines aussi variés que les biotechnologies, le développement durable ou la logistique. Toujours instructif de voir des gens confrontés à des problèmes très différents des nôtres.

Sur le net, j’ai pu constater une solidarité très particulière entre cyber-entrepreneurs. Et cela  à maintes reprises. Nous formons une petite communauté étonnamment soudée. Cela se manifeste par moults aspects comme une facilité d’accès à chacun, un tutoiement quasi de rigueur, mais surtout une ouverture d’esprit spontanée et précieuse les uns avec les autres. La règle générale est la coopération bien plus que la compétition.

Cela peut sembler évident. Mais c’est loin d’être pareil dans tous les secteurs. En 2005, j’ai un peu approché le brick-and-mortar, en contribuant au lancement d’un nouveau concept de restauration rapide. J’y ai découvert une autre planète d’entrepreneurs, faite de jalousies, de suspicions et de chacun pour soi.

Ce remarquable « esprit du net » est sans-doute lié à une conscience partagée d’affronter un défi commun. Il est vital pour nous de développer et de viabiliser l’écosystème du web dans son ensemble. Chacun séparément, nous sommes encore tous des petites PME qui pèsent peu à l’échelle du PIB. Ensemble, nous commençons à avoir les moyens d’offrir une alternative crédible face à la « vieille » économie. C’est passionnant. Et cela crée aussi une solidarité de fait.

C’est encore plus marqué pour le petit club des « sérials entrepreneurs » du web dont j’ai la chance de faire parti. On a tous survécus aux délires de la bulle Internet des années 1999-2000. Cela nous donne une conscience commune aigue qu’il faut éviter de retomber dans ces excès. L’image du web en a été durablement ternie. On a mis d’ailleurs plusieurs années à effacer ce mauvais départ dans l’esprit du grand public.

On a la chance d’être aujourd’hui dans une conjoncture très favorable pour l’Internet. Quoi qu’on en dise, la vague dite web 2.0 est saine, et n’a heureusement pas grand-chose à voir avec celle de l’ancienne bulle. Profitons-en pour encourager toutes les initiatives et renforcer encore ce si précieux tissu de solidarités actives.

16:20 Publié dans Création d'entreprise , Internet , Startups | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Entrepreneur, PME, Bulle, solidarité

05.05.2007

Google, colosse aux pieds d’argile

Google est souvent présenté comme une superbe machine de guerre. Ses résultats financiers qui enflent chaque trimestre, confirment d’ailleurs la force d'un modèle solidement arrimé à la formidable croissance de l'Internet. Qui plus est, malgré sa domination croissante, Google réussit le tour de force d’être encore perçu comme une start-up « cool », contrairement à un Microsoft qui lutte depuis des années contre un procès permanent en diabolisation.

Pourtant à y regarder de près, la situation de Google est potentiellement fragile. Tout d’abord, 99% de ses revenus vient de la publicité, et avant tout d’AdWord qui est leur grand coup de génie. Sa déclinaison en AdSense pour les sites connait un développement plus poussif. Sorti du cocon douillet de son moteur de recherche, Google a en effet de grosses difficultés à générer des liens publicitaires vraiment efficaces.

Ensuite, toutes les tentatives de Google de diversification produits ont été des échecs. Que ce soit en video, email, cartographie, stockage ou guide de shopping, Google n’a jamais réussi à prendre de parts de marché significatives sur la concurrence. Et cela malgré la qualité objective de la plupart de ses applications et de sa formidable capacité promotionnelle.

Pour la vidéo, l’échec de Google Video l’a d’ailleurs poussé à racheter au prix fort YouTube, une petite start-up qui menait la course loin devant. Le déferlement de contentieux qui s’est abattu suite au rachat, a permit à Google de découvrir à marche forcée les joies du monde merveilleux des ayants-droits.

Au final, la force de Google tient principalement sur la formidable part de marché de son moteur de recherche. Sa domination dans ce domaine est écrasante, en particulier en Europe. La question est donc : cette domination peut-elle être menacée un jour ? Sa dépendance à son moteur est telle, que si la réponse est oui, c’est tout l’empire qui risque de craquer.

La rente de Google dans la recherche est liée au fait que cette industrie a atteint un palier d’innovation. Depuis 7 ans, aucun acteur n’a en effet réussi à proposer de progrès significatif. On rentre toujours une clé dans une boite et on vous sort une liste de réponses triées par degré de pertinence. Le calcul de cette pertinence repose sur une formule secrète (qui change souvent pour brouiller les petits malins du SEO), mais qui grosso modo est plus ou moins liée au nombre de liens entrants sur un site. En passant, on a vu pour les blogs combien ce type de classement peut être trompeur.

Par l’expérience que chacun fait au quotidien des moteurs de recherche, on sent bien pourtant que le système est très perfectible. Beaucoup de résultats restent décevants, voir inexploitables. Le jour où une start-up brillante inventera une approche révolutionnaire, la position de Google pourra vite devenir inconfortable. Soit il arrive à copier très vite l’algorithme de l’intrus, soit l’hémorragie a toutes les chances d’être rapide. En effet, rien n’est moins fidélisant qu’un moteur de recherche. Comme disent les consultants, les barrières au changement sont très faibles.  En deux clics, on peut perdre un utilisateur fidèle depuis des années.

L’ironie est d’ailleurs que c’est précisément de cette manière que le jeune Google des années 1999-2000 s’est taillé une place contre un Yahoo! qui était trop sûr de sa puissance.

12:30 Publié dans Internet , Startups | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Google, AdWord, AdSense, publicité, moteur de recherche

25.03.2007

Quelques chiffres intéressants sur la blogsphère

Depuis un mois et demi, l’AutoRoll a fait un démarrage très encourageant dans la blogsphère. On a eu des dizaines de notes la plupart très sympas, ce qui nous encourage à persévérer. Merci encore pour tous ces soutiens. Suite à pas mal de suggestions intéressantes, on vient d’ailleurs de lancer une seconde version qui permet d’afficher des images, qui sont par défaut une miniature du blog ou au choix un ficher téléchargé par le bloggeur (voir mon AutoRoll à droite).
A ce jour, plus de 2000 bloggeurs se sont inscrits. Cela se traduit par plus de 5 millions de recommandations quotidiennes faites par l’AutoRoll. Ce volume devient statistiquement significatif et permet d’en tirer quelques chiffres intéressants sur la (mystérieuse) structure de la blogsphère.
Comme on peut s’y attendre, le trafic est réparti de manière très inégale, 10% des blogs représentant 75% du volume. Le champion toutes catégories aligne à lui tout seul plus de 320.000 visiteurs uniques. S’il me lit, il se reconnaitra facilement. :-)
Concernant les langues, on en a une quinzaine représentée (dont une étonnante percée du chinois), le gros des inscrits se partageant naturellement entre le français et l’anglais.
D’après divers études qui trainent sur le net, il semble que la France détienne le record mondial en nombre de blogs créés par internaute. Cela serait dû en particulier à l’incroyable succès des Skyblogs (lesdits Skyblogs en passant, n’acceptant pas le JavaScript, n’ont pas encore accès à l’AutoRoll).
Qu’en est-il du trafic réel ? Pour cela, on a fait un petit calcul sur la long tail, définie (arbitrairement) comme l’ensemble des blogs dont le trafic ne dépasse pas 20.000 visiteurs uniques mensuels. En prenant soin de ne retenir que les blogs écrits par des illustres inconnus (c’est quand même la majorité !) pour éviter les biais statistiques. Par illustre inconnu, j’entends quelqu’un qui n’a pas une visibilité particulière liée à son activité professionnelle, donc quelqu’un dont le trafic est lié avant tout à la qualité éditoriale de son blog.
Sachant qu’il y a dix fois plus de lecteurs potentiels anglophones que francophones, on pourrait s’attendre à ce qu’en moyenne un blog en anglais attire un trafic dix fois supérieur. Mais surprise, à qualité égale, les blogs francophones ont un trafic plutôt supérieur, en alignant en moyenne 2100 visiteurs uniques par mois, contre 1650 pour les anglophones.
Il y a donc bel et bien une exception française, qui semble plébisciter ce mode d’expression. Est-ce finalement si étonnant, dans un pays qui voue un véritable culte aux intellectuels, aux livres, à la langue et plus généralement à l’expression écrite sous toutes ses formes ?
Voilà qui relativise fortement les classements « officiels » des blogs, basés sur le très discutable nombre de liens entrants. En fait, cette méthode ne reflète absolument pas le trafic réel et donne un biais systématique en faveur des blogs en anglais. Amis bloggeurs francophones, sachez que vous avez un classement bien supérieur à ce que Technorati et autres vous font croire. La blogsphère francophone est à l’avant-garde mondiale, qu’on se le dise !

15:45 Publié dans Internet , Startups , Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blogs, AutoRoll, Criteo, Long tail, Technorati

18.03.2007

Private equity, la sérénité du non coté

Le private equity (non coté en français) a connu depuis quelques années un essor impressionnant. Jusque à la fin des années 90, le LBO était une technique financière connue seulement d’un groupe restreint d’initiés. Les cibles étaient des PME indépendantes sur des secteurs matures qui permettaient une très bonne prévisibilité des flux de trésoreries.

Depuis l’éclatement de la bulle Internet, la machine à LBO s’est accélérée de manière vertigineuse sur des cibles de plus en plus importantes et variées. Aujourd’hui, les opérations de sortie de la cote (public to private) par rachat du flottant sont devenues monnaie courante. Et sur le segment des fusions acquisitions, ce n’est plus les industriels mais les fonds d’investissements qui le plus souvent mènent le bal.

La raison de cet engouement est évidemment les taux de rendement affichés sur ces opérations. Avec un TRI souvent au-delà de 20% pour un risque perçu comme modéré, cela a de quoi séduire. Les opérations secondaires se multiplient avec des effets de levier de plus en plus pointus, au point qu’on entend régulièrement les pessimistes nous annoncer l’éclatement de la bulle LBO.

Le pire n’étant jamais sûr, il se peut que ce soit non une mode, mais au contraire une évolution profonde de la manière de faire du capitalisme. Si c’est le cas, il faut se demander si cela va dans le bon sens.

Du côté des détracteurs, la critique de ces « fonds vautours » est bien connue. La technique du LBO consiste en gros à siphonner le cash de la société au profit des actionnaires. En étant en permanence sur la corde, l’entreprise s’en trouve fragilisée, avec en corolaire un risque accru pour les salariés.

Mais la Bourse est-elle mieux ? La forte liquidité des actions qui fait l’attrait des marchés cotés a comme revers l’instabilité chronique et l’obsession du court terme. Comment un dirigeant d’entreprise peut-il bâtir une vision commune avec des actionnaires par nature opportunistes qui, au moindre coup dur, vont vendre leurs actions dans les 5 minutes au plus offrant ? Et encore, cela concerne seulement ceux qui s’intéressent aux fondamentaux des entreprises. La majorité des investisseurs boursiers s’en contre fichent, et prennent leur décision d’achat ou de vente uniquement sur l’anticipation des tendances haussières ou baissières.

La faible liquidité du private equity implique un rapport à l’entreprise très différent. En premier lieu, cela oblige à une très forte rigueur d’analyse dans les choix d’investissement. Ensuite pour tirer le meilleur de son investissement, le financier est contraint de se focaliser sur la création de valeur à long terme de l’entreprise et non sur un coup de poker à effet immédiat. Et puis, en cas de retournement de marché, les risques de contagion systémique sont beaucoup moins importants que sur le marché boursier.

Voilà qui remet un peu de sérénité et de perspective dans notre société obsédée par le court terme. Le non côté renoue avec la vision originelle en faisant de l’actionnaire un véritable associé de l’entreprise. C’est la raison qui explique pourquoi au final, les rendements financiers sont (pour les investisseurs avisés) en général nettement plus attractifs dans le non coté que le coté.

22:00 Publié dans Création d'entreprise , Economie , Startups | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bourse, private equity, LBO, actionnaire, entreprises

16.02.2007

Les petits esprits de la décroissance

Etant un utilisateur régulier du TGV, je parcours parfois d’un coin de l’œil la feuille de choux mise gracieusement à la disposition des voyageurs dans les wagons. Pour ne pas apparaitre comme une simple plaquette publicitaire suintant l’eau tiède, la SNCF fait un louable effort pour y inclure des débats de société en interrogeant des personnalités de tout bord.

Parfois, cela génère quelques mémorables embardées. Le mois dernier, à l’occasion d’un dossier sur le très à la mode développement durable, la SNCF a cru bon de donner la parole aux chantres de la décroissance. On croyait ces malthusiens à courte vue enterrés depuis la fin des années 70, mais force est de reconnaitre que la médiatisation croissante de l’écologie les a remis en selle de manière inespérée.

Les ressources de notre planète vont inexorablement s’épuiser un jour. Là-dessus, à peu près tout le monde est d’accord. Même si la date du « un jour » est encore très controversée par les experts dans des échelles de plusieurs centaines d’années. 

Avec la montée en puissance des Chinois et des Indiens, le phénomène risque néanmoins de s’accélérer. On en voit déjà les prémisses dans les tensions sur les prix des matières premières, et du pétrole en particulier.

Et que nous disent les défenseurs de la théorie de la décroissance ? Ces économistes aux petits pieds nous expliquent qu’on ne peut plus continuer ainsi, qu’il faut que nous restreignons volontairement notre consommation, bref que le monde devrait tourner au ralenti pour économiser autant que possible ses ressources naturelles déclinantes.

Cela parait d’une implacable logique. C’est pourtant complètement idiot.

Tout d’abord, cette vision n’a aucune chance de recueillir l’adhésion populaire au-delà d’une fine couche de bobos exaltés. A long terme, personne n’a envie de retourner vivre dans des cavernes, et à court terme, même dans les pays riches, le chômage et la précarité ambiante rend inaudible les discours prônant l’appauvrissement volontaire.

On pourrait au moins se dire que même si ce combat est perdu d’avance, il est beau car il clame haut et forte la triste vérité. Même pas ! Cette théorie de la décroissance relève d’une vision complètement dépassée du monde. Le nez sur leur rétroviseur, leurs apôtres extrapolent un futur plein de pompes hydrauliques, d’usines d’aluminium, et de tondeuses à gazon. Mais ça, c’était la croissance du… XXème siècle.

La création de richesse au XXIème siècle sera radicalement différente. Elle se fera à l’écrasante majorité sur l’économie de la connaissance (médicaments & logiciels). Or ces secteurs sont beaucoup moins voraces en énergie et en ressources naturelles. La matière grise est de loin la plus écologique ! ;-)

Et puis, en termes de bilan carbone (pour parler à la mode), je suis un bien meilleur éco-citoyen en passant mes nuits à surfer sur Internet (à lire des jolis blogs grâce à l’AutoRoll ;-)) qu’en allant faire un week-end de golf à Dubaï.

Bref, au lieu de professer une utopique décroissance économique dont personne ne veut, mieux vaut faire en sorte que la croissance se fasse sur des segments à haut concentré de matière grise. Outre les formidables perspectives de création de richesse, cela nous donnera de bien meilleures marges de manœuvre pour gérer la possible future pénurie de ressources naturelles.

Au final, si on veut soutenir vraiment le développement durable, il est temps de décréter la mobilisation générale en faveur des startups Internet, environnementales et biotech ! L’avenir, c’est elles. Bon, je prêche un peu pour ma crémerie, mais c’est de bonne guerre, non ? ;-)

19:45 Publié dans Développement durable , Economie , Startups | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Développement, startups, Chine, croissance économique

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