28.11.2006
Violences urbaines, police et banlieues : le cercle infernal
Les émeutes de l’automne 2005 (qui par leur ampleur sont sans précédent en Europe depuis 30 ans) ont été commenté dans tous les sens par les médias. Dans Le Frisson de l’Emeute, Sébastian Roché, un sociologue spécialiste en sécurité, essaye de décortiquer le vrai du faux sur cette question difficile.
Par exemple, l’idée assez intuitive que les inégalités sociales seraient la cause principale des émeutes ne résiste pas à l’analyse. On constate ainsi que les pays où les transferts sociaux sont les moins développés (Portugal, Grèce, Espagne) et ceux pour lesquels ils sont le plus (Danemark, Suède, Allemagne) n’ont pas connus de flambées de violences équivalentes dans les dix dernières années. Deux pays en Europe au contraire se distinguent par des émeutes récurrentes : la France et la Grande-Bretagne qui ont pourtant une conception assez éloignée de l’Etat social.
Aux Etats-Unis, des recherches similaires ont montrées que la probabilité d’occurrence des émeutes n’est pas corrélée avec le niveau d’inégalités observées d’une ville à l’autre. Voilà qui est ennuyeux pour la politique de la ville de Borloo, pour qui l’urbanisme est la clé du problème.
Plus ennuyeux encore, il semble que la dimension ethnique des émeutiers soit primordiale. A partir de questionnaires soumis à 436 meneurs qui ont été appréhendés dans 24 quartiers sensibles suite aux évènements, on a constaté avec effarement que plus de 85% sont issues de familles immigrées.
On sait que ces minorités sont particulièrement importantes en France et en Grande Bretagne pour des raisons liées à l’Histoire coloniale de nos deux pays. Ceci expliquerait mieux en quoi nous faisons face aux mêmes problèmes que les Anglais en termes de violences urbaines.
Après une longue analyse, l’auteur conclut que le facteur principal de déclenchement des émeutes provient de mauvaises relations entre la police et certaines minorités. Ces mauvaises relations proviennent d’un cercle vicieux difficile à casser : la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration entraine une réaction policière ethniquement ciblée, ce qui alimente un sentiment d’injustice des populations concernées et une hostilité croissante contre les forces de l’ordre. Cela explique aussi pourquoi les émeutiers s’en sont pris qu’à la police et non par exemple aux bourgeois des beaux quartiers.
Selon Sébastian Roché, le concept de police de proximité parait une piste intéressante pour répondre à cet épineux problème. Ce revient à privilégier une logique de prévention plutôt que d’interpellation. Mais il semble que l’idée ait été enterrée en France avant même d’avoir été sérieusement expérimentée. On en reparla sans doute à l’occasion de la (malheureusement assez probable) prochaine vague de violences urbaines.
16:12 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : insécurité, banlieues, émeutes, immigration, police

