29.03.2007
Nos enfants vont-il vraiment retourner à la campagne ?
Lorsque je publie des notes sur la possible crise énergétique qui s’agite à l’horizon, j’ai régulièrement des commentaires qui se veulent écolos sur le thème : « faudra se mettre au vélo et retourner vivre à la campagne ».
Si crise énergétique il y a, oui pour le vélo, mais non pour la campagne. Si le prix du pétrole explose ou si l’effet de serre devient tel qu’il faut de toute façon réduire de manière drastique notre consommation, cela se traduira au contraire par une accélération de la concentration urbaine.
Autrement dit, la ville n’est pas la cause du problème, mais au contraire sa réponse rationnelle. Avant que les amoureux de la nature (dont je fais parti) poussent de hauts cris, je m’explique.
Il suffit pour cela de comparer une banlieue pavillonnaire et un centre ville composé d’immeubles à forte densité. La différence de bilan énergétique saute aux yeux.
Les zones à faible densité de population sont par nature très énergivores. Pour acheter sa baguette de pain, il faut impérativement prendre sa voiture. Pour se rendre à son travail ou accompagner ses enfants à l’école, c’est pareil. Les transports publics y sont structurellement non rentables. Les livraisons à domicile, le raccordement aux réseaux publics (eau, électricité, gaz, telecom) sont compliqués. Bref tout coute beaucoup plus cher que dans une zone urbaine bien conçue à forte densité.
La si décriée surconsommation d’énergie par habitant des Etats-Unis par rapport à l’Europe n’a que peu à voir avec les clichés de la gloutonnerie américaine. Elle s’explique en grande partie par un aménagement du territoire beaucoup moins dense que chez nous. Une fois en place, cette organisation de l’espace est très difficile à changer. Il faudrait des décennies aux Américains pour baisser leur consommation au niveau des standards européens.
L’ennui est que le pavillon individuel avec son jardin paysagé représente le rêve de millions de gens. Et si tout le monde accède à ce joli rêve, on va droit dans le mur. Il convient donc de favoriser ceux qui ont un comportement écologique, c'est-à-dire ceux qui acceptent de vivre dans… des immeubles à forte densité ! Et non pas continuer à éjecter en zone rurale les plus défavorisés.
Encore une fois dans ce domaine, la fiscalité est l’arme la plus efficace. Par exemple, le montant de la taxe d’habitation pourrait être lié non pas à la surface de l’habitation, mais au prorata de la surface du terrain occupée. Cela voudrait dire aussi remettre en cause un tabou très fort, qui impose un prix unique de l’électricité et des services communaux quel que soit la zone géographique. L’égalité de service est une belle idée, mais elle pousse à un aménagement du territoire contraire à l’intérêt général. Habiter dans une zone à faible densité est un luxe qu’il est normal de payer.
Voilà des mesures TRES impopulaires, mais bon, ça fait pas de mal de les évoquer. ;-)
16:29 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : fiscalité, énergie, flux migratoire, aménagement du territoire
20.09.2006
Le protocole de Kyoto en question
Dans un petit essai Le défi du monde, Claude Allègre (qui est avant tout un scientifique), nous livre sa vision géopolitique du monde.
Un des domaines où l’ancien ministre dégraisseur de mammouths a une position intéressante est sur le protocole de Kyoto. Il se paye le luxe d’approuver George Bush dans son opposition au traité ! Quand on connait l’unanime concert médiatique européen pour fustiger l’égoïsme arrogant du président américain sur la question du réchauffement de la planète, la position de Claude Allègre implique un sacré courage. Se voir assimiler au grand Satan américain protecteur des 4x4 et du consumérisme à tout crin, quelle belle audace.
Le raisonnement de Claude Allège est évidemment un peu plus subtil que le simple attachement autiste à l’American Way of Life.
L’idée de base avancée est que le protocole de Kyoto est non seulement politiquement irréaliste (puisque non appliqué par pleins de pays), économiquement néfaste (par le bridage de l’activité), mais comble aurait un effet écologique dérisoire (impact de 0,1°C s’il était appliqué complètement).
Allègre affirme donc que plutôt que de réglementer de manière rigide les émissions à effet de serre, mieux vaudrait (comme les américains !) se concentrer sur le développement des énergies propres en faisant confiance aux formidables progrès de la science.
D’ailleurs en passant, plutôt que nouvelles sources d’énergie, il faut penser technologies d’économies d’énergies (nouveaux isolants, moteurs à haut rendement…). Même si elles sont moins glamour que la quincaillerie solaire et éolienne, leurs impacts potentiels sont autrement plus importants sur les émissions de gaz à effet de serre.
En véhiculant un message positif avec des objectifs réalistes, Claude Allègre affirme qu’on suscitera une adhésion beaucoup plus forte qu’avec un traité d’inspiration malthusienne. Mais au vu de l’urgence, peut-on vraiment se reposer uniquement sur la méthode Coué et la confiance dans le sacro-saint progrès technique ? L’inertie, l’attrait de la facilité et l’irresponsabilité collective n’obligent-elle pas, par prudence, à fixer certains interdits pour éviter les catastrophes ?
C’est deux visions du monde qui s’affrontent...
11:22 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : environnement, Kyoto, réchauffement, énergie

