12.03.2007
La quintessence de l’inutile
Petite devinette :
Je suis riche et j’aimerai claquer mon argent de la manière la plus futile et la plus arrogante possible. Que faire ? Pardon, je ne suis pas riche, je suis très riche. Pour moi, dépenser 150.000 euros en deux heures n’est pas vraiment un problème, surtout s’il s’agit d’assouvir un plaisir personnel légitime.
Bien sûr, je pourrai signer un gros chèque pour une ONG, genre un don pour combattre la pauvreté, la faim, les maladies, la guerre ou toute autre cause sublime. Mais bon, ce n’est pas très fun ça. Moi, j’aimerai faire un truc vraiment original, dont je puisse me vanter devant les copains. Encore mieux, un truc si possible vaguement nuisible pour le reste de l’humanité. Par exemple, mon petit caprice pourrait contribuer de manière démesurée (rapporté à ma modeste personne) à l’épuisement des ressources naturelles, à l’effet de serre et au réchauffement de la planète. Cela aurait de la gueule, ça !
Alors une idée, non ?
Facile, pourtant ! Il suffit de s’inscrire dans l’une de ces agences de tourisme spatial « low cost » qui fleurissent type Virgin Galatic ou Bigelow Aerospace. Jusqu’ici, pour réaliser son rêve d’enfant (comme c’est mignon), il fallait débourser au bas mot $20 millions avec les frais annexes, ce qui rendait la chose un peu trop sélective. Mais ces nouveaux venus nous promettent de diviser par cent ce montant pour démocratiser enfin le tourisme spatial. A ce prix, comptez quand même 3 ans de liste d’attente et quelques tests physiques avant la séance de galipettes en apesanteur.
Plus sérieusement, on peut contester les positions de Claude Allègre sur le réchauffement climatique. Il y a néanmoins un domaine où je le rejoins complètement, c’est celui de la parfaite inutilité des vols spatiaux habités. L’espace est un domaine incroyablement hostile pour l’homme. Pourquoi s’obstiner alors qu’au contraire, on arrive à faire des merveilles avec des sondes automatiques ? Les progrès spectaculaires de la robotique permettent d’ailleurs d’envisager des programmes de plus en plus ambitieux.
Ce constat vaut aussi bien pour les sondes autour de la Terre que pour le très vaseux nouveau programme de vol habité vers la planète Mars qui fleure bon la Guerre Froide. Dans 30 ans, mieux vaut une poignée de cosmonautes épuisés pour planter un drapeau et faire des beaux discours dans une bulle de 10 m3 perdue au milieu d’un cratère ? Ou des centaines de robots intelligents qui explorent de manière autonome et systématique tous les recoins de la planète rouge ?
20:37 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Allègre, Virgin, Mars, tourisme, cosmonautes
02.11.2006
Effet de serre : la fiscalité plutôt que les bons sentiments
Néanmoins, sur la critique du protocole de Kyoto, Claude Allègre est rejoint par l’économiste démocrate Josef Stiglitz qu’on peut difficilement suspecter de Bushisme aigu. Cet ancien conseiller de Bill Clinton propose dans son nouveau livre Un Autre Monde une alternative intéressante aux déclarations d’intentions idéalistes de Kyoto. Il propose une alternative crédible par la fiscalité. Plutôt que d'essayer de répartir maladroitement des droits à polluer à chaque pays (sur lesquels les pays riches et pauvres n'arriveront jamais à se mettre d'accord), mieux vaudrait augmenter massivement la fiscalité sur le pétrole. Cela aurait un double avantage :
1) chaque Etat collecterait de l'argent (à hauteur de sa pollution); ce qui lui permet à sa guise, soit de baisser d'autres taxes, soit de financer de nouveaux projets
2) le renchérissement du prix du pétrole est la meilleure incitation à faire des économies et à développer des alternatives propres.
La fiscalité, c’est moins glamour que les belles déclarations d’intention. Mais l’expérience montre que c’est souvent plus pragmatique.
18:42 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : Kyoto, Allègre, Stiglitz, pollutin, pétrole, réchauffement climatique

