10.12.2006
Foot et Internet contre la démocratie ?!
Pour faire suite à ma dernière note, il convient de mentionner une intéressante théorie émise par Jacques Attali. Il s’agit de la possible déconstruction des Etats démocratiques au cours du XXIème siècle sous la pression de la sphère marchande.
On pense tout de suite aux méchantes multinationales prenant le pouvoir et instituant la dictature de l’argent. Pourtant quand on regarde le paysage actuel, on semble encore très éloignés de ce scénario cauchemardesque.
Les multinationales sont loin d’avoir les mains libres, en particulier dans les secteurs stratégiques qui restent étroitement contrôlés par les Etats. Ces derniers fixent aussi des normes sanitaires, techniques, sécuritaires et juridiques que toute entreprise, aussi puissante soit-elle, est priée de respecter, sous peine de voir ses produits interdits du marché. Bien sûr, il existe des lobbies économiques puissants qui financent certaines campagnes électorales et influencent les médias pour pousser leurs intérêts. Mais au final, c’est le politique élu par le peuple qui tranche.
Alors la chute de la démocratie relève-t-elle du fantasme ? Pour donner consistance à cette possible menace, Attali cite un cas très éclairant, celui du sport (en tant que secteur économique).
La Fédération Internationale de Football (FIFA) est un organe tout puissant qui ne rend des comptes à personne. Les Etats n’ont absolument aucun mot à dire, ni sur son mode de financement, ni sur les règles qu’elle édite, ni sur les contrôle et les sanctions qu’elle prend. Il reste juste aux gouvernements la possibilité de quémander l’organisation de la prochaine Coupe du Monde. Ils se soumettent d’ailleurs de bonne grâce à un cahier des charges drastique émis par la FIFA, trop contents des retombées économiques induites.
Ce qui est vrai pour le foot, l’est aussi pour la Formule 1 et même les Jeux Olympiques. Non seulement, ces organisations sont toutes puissantes, mais leur gouvernance est opaque, ainsi d’ailleurs que le mode de cooptation de leurs dirigeants. Pourtant bizarrement, personne ne s’offusque qu’un pan énorme de la vie sociale des citoyens échappe totalement au contrôle démocratique.
Bref, si ce type d’organisation auto-souveraine gagne d’autres secteurs économiques, alors oui, les Etats démocratiques tels qu’on les connait aujourd’hui, pourraient à terme être menacés.
Il existe aussi un autre domaine (qu’Attali mentionne à peine, dommage !) où les Etats sont de plus en plus impuissants. C’est l’Internet bien sûr.
Le secteur des casinos en ligne est en cela très révélateur. Les Etats-Unis ont émis des lois très strictes pour interdire les jeux d’argent sur le web. Et bien les citoyens américains s’en contre fichent. Ils vont massivement jouer sur des sites off-shore hors de tout contrôle. On constate le même phénomène sur le peer-to-peer. Et cela touche tous les pays sans exception.
Lorsque des lois votées par une majorité démocratiquement élue sont ignorées par une majorité de citoyens, c’est la négation même de l’Etat démocratique. Cela montre que l’affaiblissement de la démocratie (et par ricochet de la classe politique) ne vient pas seulement des multinationales qui conspirent dans l’ombre. Il peut aussi se faire avec l'approbation tacite (pour le sport), voir le concours actif (pour l'Internet) des citoyens eux-mêmes.
11:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : FIFA, Foot, casinos, P2P, démocratie

