08.03.2007

Sur le SMIC à 1500 euros

Lancé habilement par Laurent Fabius à l’automne dernier, la candidate socialiste a repris à son compte la proposition emblématique du SMIC à 1500 euros. Devant la levée de bouclier que cette proposition a suscité auprès d’une partie de l’opinion, elle a tempéré un peu les choses en précisant lors de son passage sur TF1 qu’il s’agissait de 1500 euros brut et que cette revalorisation se ferait de manière progressive sur les 5 prochaines années. 

Du reste, la Gauche n’a pas le monopole sur l’augmentation des bas salaires. L’homogénéisation entre SMIC horaire et mensuel réalisée sous les gouvernements de Raffarin et Villepin a déjà conduit à une revalorisation très significative du SMIC (+24% pour le taux horaire sur 5 ans).

Le niveau du SMIC est un sujet passionnel. On comprend pourquoi tant les enjeux sont importants. La polémique est d’autant plus complexe que contrairement à d’autres sujets, les économistes ne sont absolument pas d’accord entre eux sur l’effet d’une augmentation du salaire minimum.

D’un côté, on a l’argument imparable de l’augmentation des charges pour les entreprises. Un SMIC cher est un frein à l’activité et donc une source importante de chômage, en particulier pour les moins qualifiés.

D’un autre côté, l’augmentation du salaire minimum incite les entreprises à innover pour gagner en productivité, ce qui au final est la seule vraie source de création de richesse à long terme.

A l’actif des pros SMIC, on pourrait aussi citer le surcroit de pouvoir d’achat que les salariés réinjectent dans la consommation, mais cet artifice est en grande partie illusoire, car l’inflation induite annule vite ses effets initiaux.

Au final, ce n’est pas un hasard si la France combine un salaire minimum élevé avec une des meilleures productivités horaires au monde et un fort taux de chômage.

Bref, on a tous les éléments d’une joute idéologique sans fin entre les pros et les antis SMIC. Mais curieusement, ce n’est pas cet aspect du débat qui a suscité le plus de remous autour de la proposition du SMIC à 1500 euros de Ségolène Royal.

Non en fait, ce qui scandalise beaucoup de gens, c’est le tassement de l’échelle des salaires que cela pourrait induire. Un Bac+3 aujourd’hui à 1800 euros est ulcéré à l’idée que demain il ne touchera que 300 euros de plus qu’un smicard. Cela se comprend parfaitement.

Pourtant, s’il y a bien un pays où dans les discours, l’égalité est érigée comme valeur suprême, c’est bien la France ! Cela montre (si besoin est !) l’énorme décalage entre le discours et la réalité. La société française prône officiellement l’égalité, mais dans les faits adore les classements, les castes en tout genre, et de manière générale tout ce qui peut introduire une hiérarchie entre les citoyens.

04.12.2006

France, Patrie des Droits de l’Homme ?

Dans un petit livre au vitriol, LQR, la propagande du quotidien, l'éditeur Eric Hazan nous dresse un inventaire sans complaisance du jargon contemporain. L’auteur dissèque méticuleusement comment la langue officielle enrobe les difficultés du monde actuel dans des concepts vagues et creux. Les discours politiques n’hésitant pas à brandir l’éthique à tout propos pour mieux brouiller les pistes. Parfois, cela va jusqu’à proférer avec une assurance totale des contre-vérités flagrantes. Et souvent, plus les concepts en question sont douteux, plus ils sont professés comme des évidences incontestables.

 

L’auteur prend comme illustration une expression qui est devenue d’une telle banalité qu’il ne vient à personne l’idée de contester sa véracité : la France, Patrie des Droits de l’Homme.

 

En fait, bien malin qui est capable de justifier de manière factuelle ce dogme national quasi-religieux. Non seulement ce chef d’œuvre d’arrogance ne repose sur aucun fondement sérieux, mais l’Histoire de France devrait au contraire nous inviter à une certaine humilité en matière de Droits de l’Homme.

 

Les exemples historiques en la matière fourmillent. Par exemple, la France a été l’un des derniers pays occidentaux à avoir accordé le droit de votes aux femmes (en 1945 par de Gaulle contre l’avis des parlementaires !). Nos guerres coloniales où l’on a allégrement pratiqué la torture ne plaident pas non plus en notre faveur. Sans parler de périodes sombres comme l’Occupation où le zèle dont a fait preuve le gouvernement de Vichy dans la traque des Juifs étonnait même les Allemands.

 

Plus actuel, on peut citer la fameuse politique africaine de la France. Outre un soutien sans faille à une brochette de dictateurs kleptocrates, son opacité légendaire nous a, semble-t-il, fait jouer un rôle trouble dans le récent génocide rwandais, heureusement couvert par le très pratique secret Défense.

 

La France, Patrie des Droits de l’Homme ? Plutôt la France, Patrie du « faites ce que je dis et pas ce que je fais ». On peut toujours se rassurer en se disant que les Américains ne font pas mieux, mais de là à donner des leçons de morale au monde entier...

 

Un petit post bien polémique, histoire de ne pas s’endormir. ;-)