01.11.2007

Au fait, pourquoi on paye la redevance télé ?

Le gouvernement a tranché : il n’y aura pas de seconde coupure publicitaire sur France 2. Au nom de la défense de la qualité du service publique (et bien sûr au grand soulagement des chaînes privées concurrentes).
On aurait pu imaginer que le lobbying intense de France 2 pour la seconde coupure publicitaire s’accompagne d’une proposition de baisser la redevance télé dans les mêmes proportions. Mais bon, on n’a encore jamais vu une institution publique demander autre chose qu’une augmentation nette de son budget. Donc il n’était évidemment pas question de baisser l’impôt télé, mais plutôt d’avoir d’avantage d’argent pour lutter enfin à armes égales contre TF1.
France 2 est victime de son financement hybride. D’un côté, son budget est dépendant de la publicité, donc elle est contrainte de faire de l’audience. Cela l’entraine dans une couteuse course pour coller à sa grande rivale sur les programmes à grande audience. D’un autre côté, son financement public la contraint à faire du « service public », sans d’ailleurs que cette notion ne soit jamais clairement définie.
La justification de la redevance télé est précisément de diffuser des programmes qui ne seraient pas économiquement viables dans le cadre d’une télé commerciale. Par exemple, l’excellente Chaine Parlementaire propose tous les jours des émissions politiques de qualité, mais (malheureusement) à faible audience. De son côté, ARTE promeut des œuvres culturelles (fictions ou documentaires) nettement plus exigeantes que celles des chaines commerciales. Education civique, débat citoyen, diversité culturelle. Pour ces programmes d’intérêt général, le financement public est nécessaire car le modèle publicitaire n’est pas viable.
Mais pour France 2 qui a de fortes contraintes d’audience, ces nobles objectifs de service public sont intenables. De fait, sa grille du début de soirée est truffée de séries américaines et d’émissions de variété. Dans une logique d’audience, rien de plus logique. Mais au final, on se trouve dans une drôle de situation où la redevance télé - nos impôts - sert à cofinancer des programmes (plutôt racoleurs) qui sont disponibles gratuitement sur TF1 ou M6.
Alors soit on laisse France 2 continuer sa course à l’audience, et dans ce cas il faut lui donner ses deux coupures pubs et autant la privatiser. Soit on lui impose un cahier des charges beaucoup plus strict sur ses programmes (ce qui en passant permettrait de diminuer beaucoup son budget). Dans tous les cas, la redevance télé devrait être réservée aux chaines qui ont une stricte mission d’intérêt général.
Mais bon en France, on aime bien les situations ambigües, en particulier quand il s’agit du « service public ». Dommage car ce flou artistique donne des arguments à ceux qui veulent sa suppression pure et simple.