28.04.2007
Pour préparer l’avenir, réhabilitons le Moyen-âge
La relecture du pavé politiquement incorrect « Richesse et pauvreté des nations » de David Landes est rafraichissante pour aborder la vielle question de pourquoi certaines nations grimpent tandis que d’autres stagnent ou chutent. En particulier, l’auteur revient en détail sur les causes de la brusque accélération de l’Occident il y a 5 siècles, qui lui a permit ensuite de dominer le monde.
Pourtant si on se place en l’an 1000, ce n’était pas évident de deviner quelle civilisation allait l’emporter. En particulier, la Chine et le monde arabe de l’époque semblaient plutôt bien placés dans la course.
La théorie de l’auteur est qu’en fait, dès les années 1300, l’Occident avait déjà creusé un écart technologique décisif. La Renaissance et les Temps Modernes tant célébrés ne sont en fait que l’accélération visible d’une avance déterminante acquise au Moyen-âge sur les autres civilisations.
Cette avance reposait sur deux percées fondamentales dont l’Occident a d’ailleurs gardé ensuite un quasi-monopole technologique, et cela pratiquement jusqu’au début XXème siècle.
La première percée s’est faite dans le domaine de l’horlogerie. L’apparition des premières horloges mécaniques, puis des montres a permit pour la première fois depuis le début de l’humanité de mesurer de manière objective et fiable le temps. Cela a donné naissance à un concept fondamental du progrès économique : la mesure de la productivité. Et qui dit mesure, dit recherche du progrès.
La seconde percée est venue dans l’optique. La mise au point des premières lunettes pour presbytes, a permit soudain de doubler la durée de vie pendant laquelle un artisan qualifié ou un intellectuel pouvait rester actif. Cette seconde vie venait en plus à un âge où son expérience lui permettait d’être au sommet de son art.
La combinaison de ces deux inventions et leurs diffusions rapides ont entrainé une progression régulière de la productivité en Occident. Ce furent des facteurs décisifs à l’origine du stupéfiant décollage économique qui a suivi et de la domination mondiale qu’à exercé l’Europe ensuite.
Le Moyen-âge est encore souvent peint dans les manuels scolaires comme une époque de régression et d’obscurantisme. David Landes nous invite à le réhabiliter. Par la même occasion, cela met en perspective le poids des ruptures technologiques dans l’évolution économique à long terme.
Aujourd’hui, nous sommes encore le nez dans le guidon concernant l’impact sur l’économie mondiale de la montée en puissance très rapide d’Internet. Avec le recul, il est probable que les historiens du futur constateront qu’Internet a modifié en profondeur l’ordre établi et la hiérarchie économique des nations.
10:42 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Moyen-age, productivité, Occident, Internet, technologie
08.12.2006
Une (si évidente) histoire de l’avenir
Suite à la mention de Jean (fondateur de Navx) sur le dernier livre de Jacques Attali, je me suis précipité à la FNAC pour acheter « Une brève histoire de l'avenir » qui, en cette période de pré-Noël, trône sur toutes les têtes de gondole.
Evidement, il s’agit d’un essai très sérieux et non d’un livre de science fiction. Mais si le titre de ce livre vous parait un tantinet ambitieux, vous n’êtes pas au bout de vos peines. Au fil des pages, l’auteur nous affirme avec une assurance sans failles que ses prédictions sont précises, certaines et inévitables. Il suffit d’une fine observation des tendances actuelles et des leçons immuables de l’Histoire pour deviner comment va s’enclencher ce futur inexorable. Soit.
La fresque proposée est intéressante, parfois très créative. J’y reviendrai. Néanmoins, j’ai été surpris que dans son histoire du XXIème siècle, Attali ne mentionne pratiquement jamais Internet. Pourtant au rythme hallucinant où évolue le web, son impact sur le monde futur a toutes les chances d’être majeur.
Plus étonnant encore, dans une de ses rares mentions du web, il affirme (page 215 pour ceux que cela intéresse) que « le téléphone portable et Internet n’ont presque pas progressé depuis quinze ans ». Intrigué par cette phrase qui défiait mon rugueux bon sens, je lui ai écrit pour lui demander s’il pouvait préciser sa pensée à ce sujet.
J’avoue que sa réponse (par retour de mail) m’a laissé sur ma faim : « Cela me parait évident. Je suis désolé si cela ne l'est pas pour vous. ».
Humm… j’ai dû rater quelque chose. Et vous, ça vous parait évident ?!
12:15 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Attali, histoire, Internet, avenir
07.09.2006
Le mur de l’innovation
Prenez l’aéronautique. La vitesse des avions commerciaux n’a pas changé depuis 40 ans. Et quand on voit les projets actuels d’Airbus et Boeing, il semble qu’on n’a rien à attendre de ce côté pour au moins les 20 ans qui viennent. On n’est tout simplement pas capable de faire un Concorde économiquement viable. Dommage car une réduction importante du temps de transport pourrait avoir un impact énorme sur la consommation de voyages.
Même problème dans l’automobile. Il n’y a aucun différence significative entre la voiture d’aujourd’hui et celle d’il y a 20 ou 30 ans. C’est toujours un engin à essence qui rend exactement le même service (et dont la vitesse moyenne est plutôt à la baisse). Et ce n’est pas l’ABS ou le 4ème airbag qui va changer la manière dont vous utilisez votre voiture. Le tout électrique ne semble pas pour demain, encore moins la conduite sans pilote.
Côté médicaments, ce n’est pas tellement plus brillant. A part le viagra, on n’a mis sur le marché aucune molécule depuis 20 ans, qui puisse rivaliser même de très loin, avec ce qu’à pu être l’introduction des antibiotiques. On attend toujours la fameuse révolution génétique.
Bref, la croissance à long terme dépend de ruptures technologiques sur lesquelles on a peu de prises. Et dans beaucoup de secteurs, on a l’impression de se heurter à une sorte de mur de l’innovation difficile à franchir.
Les deux seules technologies qui dans les 15 dernières années, ont créé une vraie rupture et donc des marchés vraiment nouveaux, c’est le téléphone mobile et l’Internet. Le téléphone mobile arrive à maturité. Il reste l’Internet qui n’en est, heureusement, qu’à ses débuts en termes d’impact sur le PIB.
Mais ce ne serait pas étonnant qu’on ait encore devant nous quelques années de croissance molle. Car la locomotive Internet, aussi dynamique soit-elle, pourra-t-elle porter toute l’économie sur ses épaules ?
18:47 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : innovation, technologie, internet
09.07.2006
Internet, rempart à la marchandisation du monde
Que nos chantres anti-marchandisation du monde se réjouissent ! Il existe un domaine où la marchandisation recule : c’est Internet. Cela peut paraitre paradoxal avec l'explosion du commerce électronique. Pourtant force est de constater que le nombre de nouvelles pages non marchandes croit beaucoup plus vite que les pages marchandes. De plus, pleins de services qui soient étaient autrefois payants, soient n’existaient pas, sont gratuits sur Internet : météo, journaux, encyclopédies, moteurs prédictifs…
La raison ? Dans le virtuel, on perd la notion de ressource rare. Par l'effet réseau, c’est même souvent le contraire. Bref, le meilleur défenseur de l’écologie et du développement durable, c’est Internet. ;-) En faisant la promotion des services en ligne, on canalise les gens sur des ressources où la massification de l’usage n’est pas nuisible et qui ne dégradent en rien l’environnement.
Mieux vaut avoir d’avantage de gens qui jouent à Civilization sur Internet et moins qui soient en train de visiter l’Acropole. La grotte de Lascaux qui depuis 1963 n’est plus accessible que par une visite virtuelle (gratuite) est le précurseur du monde de demain.
19:35 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Internet, marchandisation, lascaux

