11.10.2007
Le probable désastre annoncé de la télé sur mobile
Toute nouveauté sur le mobile surexcite les appétits. Vu le taux d’équipement des Français en téléphones mobiles, on comprend les enjeux. Si un service a du succès dans ce domaine, le business potentiel à la clé est mécaniquement très important. Il suffit de se rappeler l’explosion du téléchargement de sonneries au début des années 2000 (le marché a ensuite plafonné à cause d’ayant-droits devenus trop gourmands, mais c’est une autre histoire).
Alors la télé, prochaine « killer application » du mobile ? Force est de reconnaitre que pour l’instant les débuts sont plutôt poussifs dans les différents pays qui l’ont expérimenté. Les grandes manœuvres vont pourtant bon train en France où personne ne veut rater la nouvelle poule aux œufs d’or.
L’approche qui a le vent en poupe consiste à faire de la télédiffusion (broadcast) sur une bande de fréquence prédéfinie. L’Union européenne pousse à fond le projet en voulant imposer une norme unique à l’échelle du continent (comme elle l’avait fait avec tant de succès pour le GSM au début des années 90).
Cette technique revient à copier coller la télé traditionnelle sur le mobile. L’intérêt est d’offrir un nombre de connexions simultanées illimitées. Une fois le réseau en place, qu’il y ait une poignée ou dix millions de téléspectateurs, cela coute autant en frais de diffusion.
L’ennui de ce système est que les fréquences disponibles étant forcément limitées, le nombre de programmes qu’on peut diffuser en simultané est faible. Dans la pratique, cela réduit l’offre à un petit bouquet de chaînes.
Après tout, pourquoi pas. Les grandes groupes audiovisuels sont très à l’aise dans ce système qu’ils maitrisent sur le bout des doigts. Les constructeurs de téléphones nous promettent de bientôt sortir en grande série des téléphones avec une puce capable de recevoir ces fameuses chaines mobiles. Il reste juste aux télés à se mettre d’accord avec les opérateurs mobiles sur qui finance le réseau de diffusion (qu’il faut construire entièrement) et comment se répartir en conséquence le futur gâteau publicitaire que tout le monde imagine bien sûr très juteux.
Tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes mobiles. Le problème est que ce beau rêve risque de tourner au vinaigre pour une raison simple : les utilisateurs ne semblent pas disposer à jouer le jeu.
Les ados (précurseurs des tendances lourdes de demain) désertent à grande vitesse la télé de papa. Depuis qu’ils ont gouté à l’incroyable flexibilité de l’Internet, ils ne veulent plus qu’on leur impose des grilles horaires rigides de programmes prédéfinis. Alors difficile d’imaginer qu’ils vont accepter cette régression sur le mobile, un médium où de surcroit la qualité visuelle est très dégradée par rapport au poste de télé traditionnel.
A supposer que les gens acceptent de consommer de manière intensive de la vidéo sur leur petit écran de mobile, le seul chemin viable à moyen terme est de reproduire la flexibilité et la richesse d’Internet. Cela revient donc à proposer des millions de programmes à la carte, en rendant si possible, les flux ultra personnalisés pour éviter une fastidieuse navigation.
A la grande joie des opérateurs télécom, il y a donc fort à parier que la télé mobile du futur passe par le réseau 3G, voir plus réalistement en Wifi qui pour l’instant est la seule technologie qui offre en mobilité un débit suffisant pour de la vidéo de qualité en flux continus.
Cela condamne donc par construction l’approche broadcast. Seuls les fabricants d’infrastructures de télédiffusion trouveront (peut-être) à court terme leur intérêt dans ce gros gâchis technologique qui se profile à l’horizon.
08:25 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : télévision, mobile, broadcast
11.05.2007
Et si le Wifi s’inspirait un peu du mobile ?
Il est de bon ton de se plaindre des abus de position dominante du cartel des opérateurs mobiles qui imposent des tarifs trop élevés. J’ai moi-même pu alimenter ces critiques, tout en soulignant la relative fragilité à moyen terme de leur modèle.
Les défenseurs du sacro-saint marché expliquent cette situation par un manque notable de concurrence. Il suffirait d’ouvrir la porte à la pléthore d’opérateurs virtuels qui trépignent et tout ira pour le mieux. Certes, l’aiguillon concurrentiel peut faire bouger les choses, certains pays l'ont montré, mais cela ne suffit pas.
En fait, pour ce type d’activité où les effets réseaux sont cruciaux, c’est d’avantage du côté du régulateur que se trouvent les vraies solutions. En imposant des normes de qualité, de couverture et surtout de tarifs. D’ailleurs au terme d’une bataille mémorable contre le lobby des télécoms, la commission européenne est en passe d’imposer un capping sur les tarifs pratiqués sur le roaming européen, véritable Eldorado des opérateurs qui maintiennent tacitement sur cette niche juteuse des tarifs exorbitants.
Pourtant si j’habite Paris, rien ne justifie que je paye plus cher mes communications quand je suis en déplacement à Bruxelles qu’à Toulouse. La seule raison est historique : les concessions mobiles ont été octroyées à l’échelle des frontières nationales.
Imaginez un instant que ces concessions aient été accordées non par pays, mais au niveau local, disons par quartier. On aurait assisté à une prolifération incroyable de micro-opérateurs. Tous les 500 mètres, il aurait fallu changer d’opérateur. Cela se serait accompagné bien sûr de couts de roaming très élevés. En sortant de sa petite zone local, on se serait exposé aux mésaventures que connaissent tous les European-trotters (sans parler des Globe-trotters), à savoir dépenser en deux heures, ce qu’il en coute habituellement en un mois.
Cela vous parait une situation absurde, inimaginable ? C’est pourtant ce qui se passe actuellement pour le Wifi. J’en ai fait encore l’expérience hier. Déplacement professionnel au fin fond de l’Espagne : deux aéroports, deux gares de train, un hotel, tous équipés en Wifi, mais avec des opérateurs locaux non compatibles entre eux. Bref, on est chaque fois sous la coupe d'un petit baron local. Selon son caprice, cela va de la (trop rare) gratuité jusqu’à plus de 10 euros de l’heure (le cas le plus courant), soit quasiment le prix d’un abonnement mensuel ADSL de base.
Les fameuses forces du marché devraient finir par mettre fin à ces aberrations, mais cela risque de prendre encore beaucoup de temps avant qu’une consolidation cohérente voit le jour. On en viendrait presque à regretter qu’on n’ait pas attribué des licences Wifi globales avec obligation de couverture.
21:44 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : mobile, wifi, roaming, ADSL, télecom
27.01.2007
Opérateurs mobiles : bientôt la fin de l’âge d’or ?
Orange, SFR et Bouygues Telecom ont décidé de se pourvoir en cassation après s’être vu infligés une amende record de 534 millions d'euros pour cartel illicite. La cour d’appel (qui a confirmé le jugement en première instance) a en effet estimé que la rentabilité record des trois opérateurs mobiles tricolores provenait notamment d’une entente sur les prix dans un marché sans véritable concurrence.
Il est vrai que cet oligopole à trois têtes semble assis sur une mine d’or inépuisable. Leurs tarifs à la minute restent parmi les plus élevés d’Europe et leurs parts de marché respectives ont semblé trop stables aux juges pour ne pas être suspectes. Et comme pour le citoyen lambda, il est devenu socialement impensable de se passer de mobile, il s’est diffusé un sentiment de racket obligatoire, largement relayé par les associations de consommateurs, UFC-Que Choisir en tête à l'origine de la plainte en justice.
Alors les « fat cats » vont-ils continuer indéfiniment à être ces impressionnantes machines à cash dont la rentabilité à de quoi rendre jaloux même les plus prospères des majors pétrolières ?
En fait, rien n’est moins sûr.
J’en fais tous les jours personnellement l’expérience, en ayant investi dans… un téléphone mobile compatible Wifi (le Nokia E61 précisément). Et alors, me direz-vous en quoi est-ce une menace pour les opérateurs mobiles ? Et bien, en connectant par Internet mon téléphone Wifi avec ma FreeBox, je téléphone gratuitement dans 50 pays ! Cela ne marche pas seulement si je suis à côté de ma FreeBox. Cela marche n’importe où dans le monde, pourvu que je sois à portée d’une borne Wifi. Et une fois relié à l’Internet via le Wifi, n’importe qui peut aussi désormais m’appeler sur mon portable en composant le numéro fixe de ma FreeBox qui va me relayer gratuitement l’appel par le réseau Internet comme si on m’appelait directement sur mon mobile. Et voilà ma facture mobile, en particulier internationale, qui fond comme neige au soleil.
Il est sûr que téléphoner par Internet via son téléphone mobile nécessite encore un petit paramétrage technique qui n’est pas complètement trivial (merci Florent !). Mais il est inévitable que d’ici un an ou deux, ce sera préprogrammé en dur dans tous les téléphones Wifi du marché, donc accessible au grand public.
Dans cette dynamique, la pérennité du modèle économique des opérateurs mobiles est beaucoup moins claire. On comprend mieux ici pourquoi Wanadoo a disparu l’année dernière au profit d’Orange Broadband. Une stratégie intégrée Internet & mobile sera bientôt indispensable pour continuer à exister dans un monde où les communications téléphoniques quelles soient fixes ou mobiles ne pourront plus être facturée au temps passé.
En parallèle, les enjeux stratégiques des fournisseurs d’accès Internet vont changer radicalement dans le futur. Aujourd’hui les consommateurs choisissent leur ADSL en fonction du prix et de la bande passante. Demain ils choisiront selon… sa couverture géographique ! Et les modèles de communautaire de mutualisation des points d’accès (de type Fon) vont faire parti de la panoplie de base de tous les fournisseurs d’accès.
En milieu urbain, il est ainsi inéluctable que la couverture Wifi soit meilleure que la couverture GSM. Chaque foyer connecté à l’ADSL en Wifi deviendra une borne relais que les autres abonnés nomades pourront utiliser pour leurs communications vocales. Les derniers sanctuaires du GSM seront les zones rurales et les déplacements en voiture et en train où le Wifi n’est pas efficace (encore qu'avec le WiMax, les choses pourraient changer) .
En passant, la téléphonie mobile par Wifi devrait aussi donner un second souffle à la couverture Wifi des centres commerciaux. C’est une chose d’aller chez Mc Donald pour surfer sur Internet, cela en est tout autre si la couverture Wifi de Mc Do permet à ses clients de téléphoner gratuitement !
On voit ainsi que les méga procès pour abus de position dominante contre les opérateurs mobiles pourraient bientôt devenir complètement hors de propos, tant les modèles économiques devront de toute façon bouger dans les années à venir.
11:45 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Mobile, Wifi, FreeBox, Mc Donald, Fon, GSM, ADSL

