30.11.2008

Le réveil douloureux de l’industrie automobile

Sale automne pour les constructeurs automobiles. Les Big Three américains sont au bord du gouffre. Les constructeurs européens et japonais n’en sont pas encore là, mais font face à un trou d’air sans précédent. Certes, la crise financière a asséché les crédits auto. Mais le mal est plus profond. Pour la première fois depuis trente ans, l’usage de la voiture est en baisse dans tous les pays riches, même aux Etats-Unis.

La question n’est pas pourquoi l’industrie automobile est en crise. Mais plutôt, comment cette industrie a pu échapper aussi longtemps à une remise en cause majeure ?

Le constat est cruel : cette industrie n’a produit aucune innovation significative depuis vingt ans. N’importe quel ingénieur automobile hurlerait en lisant cela. Bon ok, j'exagère. C’est vrai qu’il y a eu des milliers d’améliorations. Les voitures sont beaucoup plus confortables, sûres et (pour certaines) économes qu’avant. Soit. Mais fonctionnellement, elles font exactement la même chose : vous amener d’un point à un autre, avec une manière de conduire qui n’a pas changée d’un iota.

La seule innovation réelle vient des systèmes de navigation. Ironie du sort, ces remarquables GPS embarqués ont été développés à l’extérieur de l’industrie automobile (par Tom-tom et maintenant une myriade de start-up dynamiques comme Navx).

Et pourtant, l’automobile a réussit un tour de force : conserver sur une longue période une part très importante du budget équipement des ménages. Normalement, une industrie qui propose les mêmes fonctionnalités pendant vingt ans voit ses prix s’écrouler. Les exemples sont multiples : lecteur de DVD, imprimante, télévision… Mais grâce à un marketing agressif, l’automobile a pu maintenir des prix de vente très élevés. Cependant, le succès récent de la Logan montre que c’est peut-être le début de la fin de cette exception.

Il y a peu de chance que la future voiture électrique change vraiment les choses. La réduction de l’effet de serre est un concept trop abstrait (et polémique) pour susciter un marché de masse. Sa seule promesse tangible est de nous faire économiser de l’essence. Or, on peut parier que les constructeurs répercuteront cette promesse dans leur prix de vente. Bref, on n’est pas prêt de sortir du « plus de la même chose ».

Tout cela pour dire que le vrai potentiel de croissance l’automobile se situe avant tout dans les pays en voie de développement qui ont un énorme retard d’équipement. Dans les pays industrialisés, le marché est saturé. Les usines ferment les unes après les autres. La « crise » n’est rien d’autre qu’une crise de maturité. On n’y peut pas grand-chose, et tous les plans de relance du secteur ne feront que retarder cette dure réalité.

11.09.2007

Le serpent de mer de la vitesse en France

Les limitations de vitesse en voiture ont par nature un caractère arbitraire. Vous avez le droit de rouler à 90 sur une route de montagne où il serait pourtant suicidaire de dépasser le 60. De même, rouler à 50 en ville peut vite être très limite, surtout dans les petites rues. A l’opposé, sur les axes d’autoroute bien dégagés, le 130 parait souvent d’une rigueur inutile.

Sauf qu’il faut rappeler que les limitations sur autoroute ont été durcies dans les années 70 et 80 non pour des raisons de sécurité, mais avant tout pour diminuer notre facture pétrolière. Avec le renchérissement prévisible du prix du baril, ces limitations restent tout à fait d’actualité. D’autant que par rapport à la TIPP (qui en principe vise le même résultat), les limitations autoritaires de vitesse ont un parfum égalitariste qui a pu leur donner une certaine légitimité populaire.

La vitesse excessive est à l’origine de beaucoup d’accidents. Il était donc très logique d’installer des radars pour faire ralentir les gens. Mais ces radars sont assez symboliques du décalage entre les beaux principes et la réalité.

Il se trouve que ces bijoux technologiques coutent chers à l’installation et à l’entretien. Leur implantation s’est donc faite pour maximiser leur rendement (logique, non ?). De fait, comme pour les radars mobiles, on a choisit les bons coins, à savoir des tronçons peu dangereux qui incitent les gens à dépasser les vitesses autorisées. On se retrouve ainsi avec des radars en grande majorité dans des lignes droites d’autoroutes où il y a pourtant statistiquement très peu d’accidents (contrairement au réseau secondaire et surtout aux centres villes).

Le plus drôle dans l’histoire, c’est les panneaux qu’on a mis pour signaler les fameux radars automatiques. Le message subliminal semble être : « on comprend que vous n’ayez pas envie de payer pour un excès de vitesse peu dangereux, alors on vous le signale gentiment pour que vous puissiez lever le pied avant ».

Ledits panneaux précisent que les radars sont là « pour votre sécurité ». Dommage qu’on n’ait pas rajouté « pour économiser de l’énergie » qui est au moins aussi honorable. Mais l’air du temps a beau être au développement durable, les Français ne sont pas (encore) prêt à accepter des sanctions pénales sur le sujet, ce qui montre d’ailleurs les limites des discours éco-citoyens.

En mai dernier, le fraichement nommé ministre des transports avait d’ailleurs évoqué l’idée de supprimer ces panneaux pour accroitre le rôle dissuasif des radars. Cela paraissait frappé du bon sens. Pourtant en pleine euphorie post élection, il avait vite fait marche arrière devant le tollé

On est dans un syndrome français typique. Au nom de beaux principes (la sécurité, l’indépendance énergétique), on fixe des règles strictes. Mais pour rendre ces règles socialement acceptables, on ne les applique que très mollement. Au final, ce qui est fascinant, c’est que ces contorsions ont beau décrédibiliser le système, personne ne semble vraiment gêné par la contraction.

PS : J’en profite pour signaler que si vous voulez éviter les radars, vous pouvez de manière parfaitement légale télécharger pour votre GPS ce qu’on nomme pudiquement les « zones à risque » sur pleins de sites, notamment chez mes potes de Navx. En passant, petit buzzy scoop, Navx va bientôt ouvrir un site communautaire, genre les radars 2.0. Beta privée en septembre. A suivre.

19.01.2007

Les mashups : la pâte à modeler du web

Suite à ma note sur les prochains défis du commerce électronique, j’ai eu un certain nombre de questions sur ce qu’était un mashup. Si ce mot n’évoque pour vous qu’une sorte de gros malabar mou, je vous invite à lire la suite, histoire de ne pas vous retrouver du mauvais côté de la fracture numérique au prochain diner en ville où le sujet arrivera sur la table.

Pour comprendre ce qu’est un mashup, il faut revenir d’abord sur une autre notion, celle d’API ouverte. Une API est une interface qui permet à deux programmes informatiques de communiquer entre eux. Une API ouverte revient simplement à mettre à disposition du grand public cette interface informatique. Aujourd’hui rendre son API publique est devenu une sorte de must pour tout site web qui se réclame un tant soit peu 2.0. Mais pourquoi diable est-ce devenu si à la mode ?

En fait, c’est lié à la structure fonctionnelle du réseau Internet. Schématiquement, on peut considérer Internet comme une sorte de gigantesque outil de publication. Vous avez du contenu à faire partager avec d’autres gens. Vous créez donc une moulinette astucieuse pour publier ce contenu sur un site web. Tout l’art consistant à publier ce contenu d’une manière attractive, intuitive et efficace. La difficulté est bien sûr que ces trois caractéristiques sont en général contradictoires.

D’où il ressort que la publication sur Internet consiste en d’éternels compromis créatifs à la recherche de l’équilibre parfait. A partir d’un contenu donné, les combinaisons de choix marketing peuvent produire une très grande variété de concepts.

Ce constat a fait émerger l’idée suivante :

J’ai un super contenu que je souhaite mettre à disposition des internautes. Il y a potentiellement des milliers de manières intéressantes d’exploiter et de publier ce contenu. Je peux d’ailleurs moi-même tester toutes sortes de concepts marketing sur ce contenu. Mais pourquoi ne pas confier ce travail de titan à d’autres ?

Donc je mets en ligne une interface publique qui permet l’accès libre et non formaté à mon contenu. De cette façon, un grand nombre de développeurs indépendants pourront publier mon contenu chacun avec sa propre approche créative. Certes, je ne maitrise pas toute la chaine de valeur. Mais l’intelligence collective a une telle puissance que parmi tous ces essais, il y a une forte probabilité que quelques très bons concepts émergent et valorisent particulièrement mon contenu. 

Voilà pourquoi le concept d’API publique est intiment lié avec la vague du web 2.0. En faisant appel à la communauté des internautes, on a toutes les chances de créer plus de valeur qu’en voulant tout faire tout seul.

Le contenu accessible aujourd’hui par des API publiques est très varié. Cela va du catalogue de produits culturels d’Amazon aux cartes géographiques d’un Google Maps, en passant par des photos personnelles pour Flickr ou des calculs de recommandations pour Criteo (oui, oui, on a une API publique et gratuite de surcroit !).

Et les mashups dans tout cela ? Et bien cela consiste simplement à combiner le contenu issu de plusieurs API publiques pour faire un service totalement original. Un joli exemple de mashup est la combinaison Flickr + Navx + Google Maps qui permet de positionner les photos d’une randonnée à ski sur une carte grâce à un GPS.

On voit vite que les possibilités ouvertes par les mashups sont énormes. Attendez-vous donc à voir ce type d’applications proliférer à grande vitesse dans les années qui viennent. Encore un malabar ?!

30.05.2006

La voiture ou le train ? Seconde partie

Qu’il semble loin le temps où le GPS était considéré comme une application avant tout militaire. Après avoir envahi la navigation de plaisance, le GPS est maintenant intégré de manière massive dans des terminaux multimédias pour voitures. Ces systèmes sont proposés non seulement de manière systématique sur les véhicules haut de gamme, mais sont en passe de devenir une option banale sur tous les véhicules neufs. Sans parler de l’explosion du marché des appareils stand-alone type TomTom qui se fixent à n’importe quel tableau de bord.  

En parallèle de cette prolifération de terminaux multimédia embarqués, se lancent des sociétés comme Navx (fondée par deux de mes anciens associés de Kiwee !) qui ont pour légitime ambition de rajouter tout plein de services innovants à ces terminaux : réservation de places de parkings, détection des radars, optimisation de l’itinéraire en fonction du trafic, classement des stations services lié au prix de l’essence…

La démocratisation des services liés à l’Internet embarqué ne peut que renforcer l’attractivité de la voiture comme moyen de transport. De fait, pour lutter contre le tout voiture, il est urgent en parallèle d’équiper en connections multimédia les transports collectifs. Sinon l’avantage de la voiture deviendra encore plus grand.

Alors , à quand le Wifi dans les trains et le métro ?!

 

En ces temps où Internet prend un poids grandissant dans la vie des gens, il y a peu d’investissements qui rivaliseraient en efficacité pour renforcer l’attractivité des transports collectifs.