12.01.2007
La distribution d’actions gratuites sur le CAC 40
Dans la note précédente, j’expliquai que l’attribution d’actions gratuites est un dispositif remarquable pour dynamiser les jeunes entreprises innovantes. Il améliore le recrutement, la motivation et la fidélisation des employés, le tout sans peser sur la trésorerie des jeunes pousses.
Qu’en est-il au sein des fleurons du CAC 40 ? Force est de constater que les avantages pour la PME de cet outil perdent assez vite en pertinence au sein d’une grande entreprise.
L’amélioration du recrutement ? La grande entreprise jouit (en France en particulier) d’un prestige qui fait que contrairement à la PME, elle n’a aucun mal à recruter les meilleurs.
La fidélisation des salariés ? La mobilité de carrière est (en principe) facile dans une grande structure qui offre beaucoup d’opportunités. En outre, il est bien connu que la protection des salariés croit avec la taille de l’entreprise qui s’accompagne d’une montée en puissance syndicale. Donc par nature, les employés des grands groupes ont très peu d’incitation à aller voir ailleurs.
L’optimisation de la trésorerie ? Autant les problèmes de trésorerie sont la première cause de mortalité des PME, autant un grand groupe peut jongler entre ses filiales selon la conjoncture, et surtout à un accès incomparable au crédit bancaire.
Bref, si les motivations précitées ne sont pas pertinentes dans un grand groupe, alors pourquoi les entreprises du CAC 40 distribuent-elles de manière croissante des actions gratuites (comme elles le faisaient auparavant avec les stock options) ?
Pour faire court, dans les sociétés du CAC40, cet outil est essentiellement utilisé pour aligner les intérêts des dirigeants sur ceux des actionnaires.
Cela peut paraitre a priori une bonne chose. Dans la pratique, les effets pervers sont difficilement évitables. Cela entraine notamment en général une très forte concentration de la distribution sur une poignée de décisionnaires clés. Certes ces managers partagent alors les intérêts de leurs mandants actionnaires. Mais par ricochet, ils s’éloignent aussi de leurs employés, ce qui pose d’évidents conflits d’intérêts.
Autant les actions gratuites sont un outil remarquable pour les PME innovantes, autant leur transposition dans le cadre d’un groupe type CAC 40 peut entrainer des dérives certaines. Sans parler du fait que dans un groupe côté en bourse, la combinaison d’un statut fiscal très avantageux et d’une garantie automatique de liquidité a quelque chose de légèrement indécent. A l’opposé, dans les PME non cotées pour lesquelles la liquidité finale des actions reste toujours aléatoire, le bonus fiscal est parfaitement justifié par la forte prime de risque associée.
Pour le CIR ou la JEI, le législateur a très bien su circonscrire le dispositif aux PME, afin qu’il ne soit pas perverti par les grands groupes. On pourrait tout à fait imaginer que les mécanismes d’incitation au capital soient structurés selon un schéma similaire, non ?
21:28 Publié dans Startups | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : actions gratuites, CAC 40, PME, actionnaires
21.12.2006
Flexibilité de l’emploi : qui porte vraiment le chapeau ?
Depuis 20 ans, on assiste à un intense débat sur la question de la flexibilité de l’emploi. Les partisans y voient un moyen efficace de lutte contre le chômage. Les opposants mettent au contraire en avant la précarité que cela induit pour les salariés.
Comme souvent, les termes du débat sont mal posés, et dérapent dans des joutes idéologiques stériles. La vraie question, souvent occultée, est en fait celle du risque.
Dans notre monde qui bouge à grande vitesse, la demande est par nature fluctuante et en constante évolution. Même le plus talentueux des dirigeants ne peut voir l’avenir dans une boule de cristal, et tout anticiper. Un jour ou l’autre, beaucoup d'entreprises se trouvent ainsi confrontée à gérer un appareil productif inadapté à la demande du moment.
Traditionnellement, l’entreprise se retrouvait en pertes, qui étaient alors supportées par les actionnaires, et cela en attendant des jours meilleurs. Mais depuis les années 80, les actionnaires acceptent de moins en moins de porter ce risque. Ils se sont mis à exiger cette fameuse rentabilité annuelle de 15%, et cela quelle que soit la conjoncture, sous peine d’aller voir ailleurs. D’où une formidable pression sur les dirigeants pour flexibiliser leurs coûts. Ce qui revient dans les faits à transférer le risque économique sur les salariés.
Mais d’où vient cette nouvelle aversion au risque des actionnaires ? La théorie du complot d’une poignée de gros spéculateurs cupides est séduisante. L’ennui est qu’elle est très éloignée de la réalité. Les gestionnaires de fonds de placement sont en général des salariés qui ne font qu’obéir aux injonctions de leurs épargnants mandataires.
Et qui sont ces épargnants ? En très grande majorité les séniors des pays riches qui ont économisé en prévision de leurs vieux jours (sous forme d’assurances vies ou de fonds de pension). Or ces séniors ont pris conscience du déséquilibre démographique croissant à venir. D’où une exigence de plus en plus forte pour des rendements financiers stables et élevés, seuls à même de sécuriser leurs retraites.
Par une cruelle ironie, la montée de la flexibilité du travail traduit en fait un transfert massif de risques des séniors vers les jeunes. Dans quel monde merveilleux vivons-nous, n’est-ce-pas ?! ;-)
10:43 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : seniors, flexibilité, précarité, actionnaires, salariés, retraites

