23.10.2008
Crise financière : y-a-t-il un coupable dans la salle ?
Bon, récapitulons. Des banquiers ont prêté de l’argent à des gens incapables de rembourser. Ces gens ont accepté ces charges financières déraisonnables. Et les gouvernements ont laissé faire, voir encouragé, ces contrats.
Néanmoins, tout le monde n’est pas égal dans l’histoire. Les emprunteurs sont rarement en état de résister aux sirènes. A leur décharge, ce n’est pas toujours facile d’évaluer correctement son risque. C’est d’ailleurs pour cela qu’il existe un taux maximum légal pour les crédits. Sinon il se trouverait des gens pour accepter des crédits conso à 25% mensuel, qui les conduiraient vite fait à la faillite personnelle. De même en immobilier, laisser des particuliers emprunter à taux variables sur 35 ans est hallucinant. Qui peut se projeter à pareil horizon ?
Pour le banquier, on peut toujours blâmer son goût immodéré pour les yachts de luxe. Mais comme tout un chacun, il ne fait que répondre aux incitations du système. Certes en principe, ce qui l’empêche de prendre trop de risques, c’est la peur de perdre son job. Mais s’il peut empocher une grosse plus value à court terme, la situation change du tout au tout.
Prenons le dirigeant de la banque X. Il doit donner son feu vert sur un contrat mirifique qui peut augmenter de 30% par an la valeur de sa banque. Irrésistible, non ? Par contre, petit détail : chaque année, ce contrat a une chance sur dix de conduite la banque à la faillite. Pour une banque centenaire, c’est évidement un risque intolérable. Même pour grossir de 30% par an.
Et pour le dirigeant ? En fait, tout dépend de son package de rémunération. Supposons qu’il gagne un douillet salaire fixe de 500 K€, avec un gentil bonus de 200 K€ indexé sur les résultats (qui ne touchera que s’il accepte le contrat mirifique). Dans ce cas, c’est un peu stupide de risquer de se faire éjecter pour gagner ces 200 K€ supplémentaires. Mieux vaut garder ses 500 K€ le plus longtemps possible.
Mais si son package comprend un bonus annuel de 5 M€, lié à la valeur crée, donc à la signature du fameux contrat ? Dans ce cas, il a toutes les chances de plonger à deux mains. Même s’il plante la banque au bout seulement de 4 ans, il aura empoché entre temps 30 ans de son salaire fixe. Le calcul est vite fait (le bon vieux « après moi le déluge »).
Le même raisonnement est malheureusement valable pour les actionnaires de la banque X, surtout si ses titres sont côtés et donc facilement échangeables. Déjà, les actionnaires ont une appréciation du risque beaucoup plus floue que les dirigeants. Mais en plus, ils ont souvent eux-mêmes des comptes à rendre sur la rentabilité de leurs investissements. De fait, les plus-values rapides auront toujours un attrait irrésistible par rapport au long terme.
Tout ça pour dire que si on n’a pas les bonnes incitations, on n’a pas fini de voir des catastrophes.
22:29 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : banques, crise subprimes, incitations

