14.03.2009

Hadopi : désinformation, ridicule et gâchis

hadopi.pngJe viens de finir un livre édifiant sur la débâcle française de Mai 1940, et cela m’a rappelé… la loi Hadopi. Quel rapport me direz-vous ?

Dans les deux cas, nos chères élites ont raté une révolution technologique majeure et s’enferrent dans une vision du monde totalement obsolète. Bien sûr, les conséquences d’Hadopi seront moins dramatiques. On va juste tout droit au ridicule et à un gros gâchis.

Depuis que la loi est revenue sur le devant de la scène médiatique, j’entends sur les médias officiels une telle dose de ce qu’il faut bien qualifier de désinformation massive, que je n’ai pas pu m’empêcher de revenir sur le sujet avec cette note.

On nous répète en boucle que si on ne fait rien, les méchants pirates risquent de tuer la création musicale. Cette affirmation repose sur une confusion majeure entre marché du CD et marché de la musique.

Oui, il est vrai que le marché du CD subit une véritable descente aux enfers. Et ce n’est qu’un début. Sa mort est programmée, car ce support est tout simplement devenu obsolète. Je peux comprendre que ceux qui ont vécu dessus pendant 20 ans ne soient pas contents. Mais on n’y changera rien.

Par contre, la musique est en excellente santé : les concerts petits et grands sont pleins, la création est prolifique, on n’a jamais eu autant de musiciens amateurs et professionnels. Ce dynamisme est en grande partie dû à Internet et notamment aux… facilités du téléchargement. Comme le fut en son temps la radio, Internet est en effet un formidable canal de promotion pour la plus importante source de revenus des artistes : les concerts (ainsi que les produits dérivés pour les plus entreprenants).

Et contrairement à la radio, Internet bénéficie avant tout aux petits artistes malins (et talentueux quand même !). Le web leur offre en effet des moyens de promo d’un rapport puissance / coûts sans équivalent dans le passé. On pourrait faire le même raisonnement pour les films : le DVD est en perte de vitesse, mais les salles de cinéma ont battues en 2008 des records de fréquentation. La formidable puissance promotionnelle offerte par un Allociné a certainement un rôle dedans.

Pour revenir à la loi Hadopi, outre qu’elle promet d’énormes difficultés juridiques sur son application, elle entraine un détestable climat de flicage et de suspicion sur le net. Après on s’étonnera que certains internautes deviennent paranos sur la protection de leur vie privée ! On n’a pas finit de voir les dommages collatéraux de cette loi stupide sur le e-commerce et le développement de l’économie numérique.

Le comble du ridicule est que Hadopi est déjà techniquement complètement dépassée (voir ce post très drôle). Son triste destin est de rejoindre au cimetière la loi DADVSI. En attendant que nos chères élites politiques comprennent enfin comment marche Internet, et les implications économiques que cela entraine.

 

24.07.2008

Charmes et limites de la licence globale

« Si les jeunes ne comprennent pas qu’en téléchargeant sur Internet, ils organisent la mise à mort du droit d’auteur, c’est que leur QI est trop bas ». Ce sont en substance les paroles du chanteur Michel Fugain qui était interviewé il y a quelques jours sur Radio Canada à l’occasion des FrancoFolies.

Voilà qui illustre l’ambiance de crispation qui règne dans le petit monde de la musique face à la vague Internet qui est en train de submerger leur modèle économique traditionnel.

On a vu que l’approche répressive via des lois de type Hadopi, aurait très peu de chance de résoudre le problème. Qu’en est-il de la licence globale, parfois présentée comme la solution magique ?

Cette licence globale a le grand mérite du pragmatisme. En légalisant le téléchargement en peer-to-peer, on entérine une pratique sociale généralisée, au lieu de la combattre. Et en reversant aux ayant-droits une taxe payée par les abonnés à l’Internet, on préserve aussi le bon vieux modèle du droit d’auteur dans sa forme actuelle. C’est donc une solution élégante qui fait une pierre deux coups.

Néanmoins, la licence globale a un certains nombre de défauts congénitaux qui sont mis en avant par ses détracteurs. Tout d’abord, le mécanisme de répartition de la taxe à tous les ayants-droits n’est pas trivial. Certes, on pourrait appliquer la même clé de répartition que celle qui existe sur les taxes sur les supports numériques (calés sur les passages radio et télé). Mais l’intérêt d’Internet est en principe de pouvoir faire une ventilation beaucoup plus fine donc plus équitable, notamment pour les petits artistes.

A supposé ce problème technique résolu, il reste une question de fond plus délicate. Comment fixer le niveau de la redevance ?

A partir du moment où tous les abonnés payent la taxe (qu’ils téléchargent ou non de la musique), il s’agit bel et bien d’un impôt. La licence globale revient donc à étatiser le marché de la musique. Inclure la musique dans le champ de la solidarité nationale est un choix politique fort qui n’a rien d’évident. De plus, la taille du marché en question ne sera plus fixée par les lois de l’offre et de la demande, mais par une décision gouvernementale. La taxe sera donc proportionnelle non à la qualité de la production musicale, mais au rapport de force que saura créer le lobby des professionnels du secteur.

Pour les anglo-saxons qui ne jurent que par les vertus du marché, cette vision fait horreur. Mais en France, c’est au contraire très en phase avec la culture étatique du pays. On peut donc parier qu’après le prévisible échec des lois répressives en cours, la France a toutes les chances d’être en pointe sur le dossier de la licence globale. En étant malins, les artistes hexagonaux pourront même négocier d’être les seuls bénéficiaires de la manne, à la manière du cinéma français qui touche une taxe sur toutes les sorties en salles qu'elles soient françaises ou américaines étrangères. Le tout est de savoir brandir de manière judicieuse le séduisant concept d’exception culturelle pour appuyer ses demandes.

Pour les pays libéraux, il existe une troisième voie possible entre la répression généralisée et la licence globale. J’en parlerai dans une prochaine note.