15.01.2007

Ce qui va changer demain dans le commerce électronique

Les grands distributeurs traditionnels ont fait leur succès sur leur maitrise hors du commun des achats, du merchandising et de la logistique. Cette combinaison de facteurs leur a permit de broyer le commerce traditionnel et d’imposer un nouveau modèle dominant.

La première génération de sites de e-commerce a adapté ce modèle gagnant en ligne. Après des  débuts difficiles liés à l’apprentissage des spécificités du media Internet, les grandes boutiques en ligne maitrisent désormais plus ou moins les trois fonctions clés de la distribution : achats, logistique et merchandising. Grâce à une masse critique d’acheteurs de plus en plus matures, les volumes et la rentabilité sont au rendez-vous. Avec une croissance de 30% par an qui ne semble pas faiblir, le commerce électronique a un avenir radieux.

Ce joli modèle de marché a pourtant toutes les chances d’imploser dans les années à venir. Et comme toujours, ceux qui auront compris avant les autres, tireront plus vite leur épingle du jeu.

Tout d’abord, dans le monde plat de l’Internet, la forteresse de la fonction achat est en train de se désagréger avec une vitesse stupéfiante. Les fabricants les plus obscures sont de plus en plus faciles à débusquer. Avec un peu de jugeote et une bonne spécialisation verticale, n’importe qui peut sourcer le meilleur produit au fin fond du monde virtuel.

Sur la logistique (clé pour la vente à distance), le développement des réseaux Fedex, UPS et autres grands transporteurs permet aussi à n’importe quel individu d’expédier n’importe quoi, n’importe où avec une fiabilité digne des meilleurs professionnels.

Enfin l’arrivée à maturité de beaucoup de technologies internet (qui est un des aspects de la vague web 2.0) ainsi que l’effondrement des coûts de stockage et de bande passante, permet une explosion des concepts de e-merchandising. Les outils qui permettent de créer des boutiques en ligne sont devenus tellement simples et puissants, que tout entrepreneur individuel un peu malin peut débrider sa créativité markéting pour des investissements très faibles. De fait, les lancements de concepts novateurs en merchandising (notamment autour du web communautaire) s’enchainent sur la toile à un rythme de plus en plus rapide.

Sans parler du fait que la comparaison des prix étant très facile sur Internet, il est beaucoup plus difficile pour un e-commerçant de répliquer une tactique bien rodée des hyper traditionnels : attirer les clients avec quelques promos à prix cassé et se rattraper par les achats d’impulsion dérivés à forte marge.

La combinaison de ces tendances lourdes a une conséquence implacable : savoir vendre sur Internet est devenu très banal et les marges sont tendanciellement au rasoir. On assiste à la montée en puissance d’un gigantesque écosystème mondial de petits entrepreneurs volontaires qui essayent d’occuper toutes les niches imaginables du commerce.

Cette armée d’anonymes dont les frais de structure sont quasi nuls, représente évidemment une menace très sérieuse pour les grands e-commerçants qui voient leur business attaqué de toute part. Cela a fait la fortune d’un eBay, mais le phénomène va aujourd’hui bien au-delà des enchères et surtout s'accélère en compliquant beaucoup les chaines de valeur.

Néanmoins, dans cette seconde révolution de l’e-commerce, ces grands e-marchands ont une très belle carte à jouer. Ce sera le sujet de ma prochaine note, le temps de la mettre en forme… ;-)

30.08.2006

eBay est-il gagnant en s’alliant avec Google ?

D’après le Journal du Net, l’annonce le 29 août dernier d’un partenariat entre eBay et Google à été salué par les investisseurs, le titre eBay gagnant 1,86 % à la Bourse. Pourtant, en y regardant de plus près, ce méga deal semble assez bizarre.

 

Qu’en est-il vraiment ? Comme il l’avait fait avec Yahoo! pour les Etats-Unis, le roi des enchères a décidé de confier à Google la commercialisation de liens publicitaires sur ses sites internationaux. Décision étonnante qui va créer une nouvelle concurrence pour tous les petits vendeurs sur eBay. En voulant se doter d’une nouvelle ligne de revenus, eBay prend donc le risque de se mettre à dos sa communauté la plus précieuse : ses milliers de petits vendeurs qui font la richesse du site. Il est probable que la pression sur les bénéfices d'eBay ait du peser en faveur de cet arbitrage délicat.

 

L’autre volet de l’accord est aussi symptomatique. Le deal consiste de développer en commun avec Google une offre de click-to-call sur son site, en faisant levier sur Skype. L’idée étant de rémunérer non plus le clic, mais l’appel. L’ennui, c’est que les spécialistes du click-to-call constatent que la grande majorité des clients (85%) préfèrent se faire appeler sur une ligne fixe plutôt que sur leur ordinateur. Donc la présence de Skype dans le deal est plutôt un frein au succès de l’offre.

 

Ce deal illustre ainsi la difficile intégration de Skype dans eBay. Skype est un formidable opérateur téléphonique. Son modèle économique de voix sur IP est très solide. Par contre, les synergies avec eBay sont loin d'être évidentes. Et cela pour deux raisons.

 

La première est que les gros bataillons de clients de Skype se trouvent au Brésil et en Inde, soit très loin du centre de gravité d’eBay. Donc peu de recouvrement des bases clients. La seconde raison est que l’idée de permettre aux acheteurs de dialoguer avec les vendeurs par Skype (ce qui était la justification principale du deal) a été très mal accueillie par les vendeurs d'eBay. En effet, ceux-ci ont déjà du mal à faire face à l’avalanche d’email de questions des acheteurs, alors l’idée de devoir leur répondre par téléphone leur donne des cauchemars.

 

Comme j’en ai discuté dans une note précédente, le futur d’eBay passe à mon sens par le web 2.0 et le filtrage collaboratif. En permettant une exploitation beaucoup plus systématique de sa formidable  « Long Tail », eBay donnera une nouvelle dynamique à son énorme communauté de vendeurs.