06.02.2007
Le foot à l'avant garde de l'entreprise
Je fais suite à ma note sur les ravages de notre système comptable qui a suscitée pas mal de commentaires intéressants.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le système comptable actuel n’est pas forcément irréformable. D’autant plus qu’il existe depuis quelques années, une première tentative tout à fait intéressante qui concerne les clubs de football.
Il n’y a pas besoin d’être un expert en ballon rond pour voir que le principal actif d’un club réside dans ses joueurs. L’alchimie d’une équipe de foot tiens à une subtile dynamique. Parfois il suffit de changer un avant-centre, et une équipe qui semblait avoir la poisse collée aux crampons, se remet à gagner ses matchs. Dans cette perspective, il était donc tout à fait paradoxal que recruter un nouveau joueur se traduise de manière comptable par un appauvrissement du club qui l’a embauché !
De fait, dès 1995, un avis du Conseil national de la comptabilité a ouvert la possibilité de considérer les montants des transferts de joueurs (qui se comptent parfois en dizaines de millions d’euros !) comme des actifs. Depuis 2005, en vertu de la loi du 15 décembre 2004 sur le sport, les indemnités de transfert sont toutes traitées comme des cessions d’immobilisation.
Ce changement n’a rien d’anodin. Pour la première fois, on reconnait dans le bilan d’une entreprise que des salariés apportent de la valeur à leur entreprise !
On ne voit pas pourquoi ce qui est valable pour des joueurs de foot ne pourrait pas s’appliquer à l’ensemble des salariés. Bien sûr les montants individuels ne seraient pas du même ordre de grandeur, mais ramené à la masse salariale totale, cela pourrait devenir très significatif et changer la perception des choses.
Quelle ironie de se dire que la marchandisation si décriée du football, pourrait aussi devenir l’avant-garde d’une réforme majeure du statut comptable de tous les salariés !
14:54 Publié dans Social | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : foot, comptabilité, salariés, droit social
10.12.2006
Foot et Internet contre la démocratie ?!
Pour faire suite à ma dernière note, il convient de mentionner une intéressante théorie émise par Jacques Attali. Il s’agit de la possible déconstruction des Etats démocratiques au cours du XXIème siècle sous la pression de la sphère marchande.
On pense tout de suite aux méchantes multinationales prenant le pouvoir et instituant la dictature de l’argent. Pourtant quand on regarde le paysage actuel, on semble encore très éloignés de ce scénario cauchemardesque.
Les multinationales sont loin d’avoir les mains libres, en particulier dans les secteurs stratégiques qui restent étroitement contrôlés par les Etats. Ces derniers fixent aussi des normes sanitaires, techniques, sécuritaires et juridiques que toute entreprise, aussi puissante soit-elle, est priée de respecter, sous peine de voir ses produits interdits du marché. Bien sûr, il existe des lobbies économiques puissants qui financent certaines campagnes électorales et influencent les médias pour pousser leurs intérêts. Mais au final, c’est le politique élu par le peuple qui tranche.
Alors la chute de la démocratie relève-t-elle du fantasme ? Pour donner consistance à cette possible menace, Attali cite un cas très éclairant, celui du sport (en tant que secteur économique).
La Fédération Internationale de Football (FIFA) est un organe tout puissant qui ne rend des comptes à personne. Les Etats n’ont absolument aucun mot à dire, ni sur son mode de financement, ni sur les règles qu’elle édite, ni sur les contrôle et les sanctions qu’elle prend. Il reste juste aux gouvernements la possibilité de quémander l’organisation de la prochaine Coupe du Monde. Ils se soumettent d’ailleurs de bonne grâce à un cahier des charges drastique émis par la FIFA, trop contents des retombées économiques induites.
Ce qui est vrai pour le foot, l’est aussi pour la Formule 1 et même les Jeux Olympiques. Non seulement, ces organisations sont toutes puissantes, mais leur gouvernance est opaque, ainsi d’ailleurs que le mode de cooptation de leurs dirigeants. Pourtant bizarrement, personne ne s’offusque qu’un pan énorme de la vie sociale des citoyens échappe totalement au contrôle démocratique.
Bref, si ce type d’organisation auto-souveraine gagne d’autres secteurs économiques, alors oui, les Etats démocratiques tels qu’on les connait aujourd’hui, pourraient à terme être menacés.
Il existe aussi un autre domaine (qu’Attali mentionne à peine, dommage !) où les Etats sont de plus en plus impuissants. C’est l’Internet bien sûr.
Le secteur des casinos en ligne est en cela très révélateur. Les Etats-Unis ont émis des lois très strictes pour interdire les jeux d’argent sur le web. Et bien les citoyens américains s’en contre fichent. Ils vont massivement jouer sur des sites off-shore hors de tout contrôle. On constate le même phénomène sur le peer-to-peer. Et cela touche tous les pays sans exception.
Lorsque des lois votées par une majorité démocratiquement élue sont ignorées par une majorité de citoyens, c’est la négation même de l’Etat démocratique. Cela montre que l’affaiblissement de la démocratie (et par ricochet de la classe politique) ne vient pas seulement des multinationales qui conspirent dans l’ombre. Il peut aussi se faire avec l'approbation tacite (pour le sport), voir le concours actif (pour l'Internet) des citoyens eux-mêmes.
11:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : FIFA, Foot, casinos, P2P, démocratie
06.07.2006
Les Bleus en Finale de Coupe du Monde
Pourquoi les victoires de l’Equipe de France de Foot déclenchent-elles une telle hystérie collective ? Plus généralement, pourquoi le foot occupe-t-il une place démesurée par rapport aux autres sports ? Osons une explication : parce qu’il n'y passe pas grand-chose. Le succès du foot semble venir du fait qu’il n’y a que très peu de buts par match. Rien de tel pour être accro que de se ronger les ongles pendant une heure pour exploser de joie (ou de tristesse) pendant 15 secondes. Les surfeurs qui attendent La Vague connaissent bien cette sensation ultra addictive.
Dans le dernier tableau de la Coupe du Monde, on a un phénomène qui rajoute à cette chorégraphie de la frustration : le hasard. A ce stade de la compétition, le niveau des équipes est tel que la victoire tient à un fil. Un coup de pied avec un peu plus de réussite que les autres et hop, tout bascule.Si la France a gagné contre le Portugal, c’est avant tout parce qu’elle a eu plus de chance. Et on adore les gens chanceux.
L’ambiance dans la rue après la victoire était révélatrice. Les gens s’abordaient les uns les autres dans des effusions rituelles. D’une manière qui donnait la claire impression qu'ils étaient là non pour faire la fête, mais pour vérifier que les autres la faisait aussi intensément qu’eux. Avec cette liesse un brin inquisitrice qui semblait dire « faites la fête avec nous, sinon vous allez nous porter la scoumoune ».
10:18 Publié dans Social | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Sport, Coupe du Monde, Foot, Equipe de France

