11.11.2007
Le prix des lecteurs du livre d’Economie
J’ai été contacté par SixandCo pour une opération de buzz marketing. Dans le cadre du prix des Lecteurs du Livre d'Économie (opération financée par le Sénat chaque année depuis 5 ans), ils recherchent des bloggeurs (si possible influents !) avec une sensibilité à l’économie pour relayer les livres finalistes sélectionnés. Etant un fervent partisan de la diffusion des livres d’économie auprès du grand public, je ne peux qu’approuver chaudement cette initiative. Je vous livre donc une brève critique des trois livres finalistes de l’édition 2007 que j’ai lus ce week-end. En vous incitant bien sûr à vous faire votre propre opinion et à voter avant le 22 novembre prochain pour le gagnant sur le site du Sénat.
Je commencerai par L’enfer, ce n’est pas les autres, petit essai de Pierre Dockès sur la mondialisation et ses conséquences. Ecrit de manière clair et concise, il se lit très facilement. Sur le fond, l’auteur avoue qu’il n’apporte pas grand-chose par rapport aux analyses magistrales faites par Paul Krugman et Joseph Stiglitz. En gros, il nous dit que la mondialisation est globalement une bonne chose, mais qu’il y a des gagnants et des perdants. Rien de bien nouveau sous le soleil.
Dans une seconde partie intitulée « changer pour résister » (tout un programme !), l’auteur nous livre des pistes pour combattre les aspects négatifs de la mondialisation. Sa grande idée est notamment d’interdire le dumping social et fiscal en Europe. Cette idée de forteresse unifiée est très séduisante sur le papier. L’ennui, c’est qu’elle est peu réaliste. Harmonisation fiscale implique en effet de se mettre d’accord sur un niveau fiscal optimum. Or c’est un choix tout sauf neutre. C’est d’ailleurs un des principaux points de clivage entre la droite et la gauche. Donc pour décider du niveau des prélèvements obligatoires au niveau européen, il faudrait attendre que tous les pays aient en même temps la même majorité politique ou alors qu’il n’y ait qu’une seule majorité politique reconnue à un moment donnée en Europe. On en est loin. L’alternative est de fixer ces taux par des experts. Cette approche technocratique est précisément ce qu’on reproche à la BCE, à savoir de faire l’Europe sans tenir compte de la volonté démocratique des peuples.
Le livre d’Aglietta et Berrebi, Désordres dans le Capitalisme mondial, est plus touffu. C’est encore une analyse de la mondialisation, mais nettement plus quantitative. Beaucoup de chiffres intéressants sur l’économie mondiale, une belle analyse des grandes tendances de la finance internationale. L’idée force est que, sous l’effet de la concurrence des nouveaux pays (la Chine en particulier), l’économie mondiale est passée d’un régime inflationniste à un régime déflationniste. Autant cela se vérifie bien pour les produits à forte composantes technologiques, autant pour les matières premières, les produits agricoles ou les services à la personne, la tendance est contraire. Sans parler de l’explosion des actifs mobiliers et immobiliers qui est une forme d’inflation rampante.
C’est la limite du livre. A force d’avoir une vision macroéconomique quantitative, on en oublie que le monde est composé d’entreprises. Or l’économie de la connaissance a entrainé des changements fondamentaux dans les processus d’organisation et de production des entreprises. C’est bien d’avantage ce phénomène que l’émergence de la Chine qui est en train bouleverser le capitalisme mondial et la répartition des richesses.
J’ai été un peu étonné de la présence de Petits Conseils de Laurent Mauduit, dans le panel. Le pamphlet de l’ancien journaliste du Monde est un pur procès à charge contre Alain Minc. C’est certes une enquête journalistique sérieuse sur les dérives du conseiller des princes. Mais pour en faire « un ouvrage d'économie scientifiquement incontestable » (critère de choix du comité de sélection), il aurait été intéressant de donner la parole à la défense pour avoir sa version des faits.
Il est dommage aussi que l’auteur reste dans le registre de l’anecdote sans s’interroger sur les causes profondes de ce capitalisme de copinage. Est-ce vraiment une spécificité française ? Si oui, pourquoi ? Et comment y remédier ? Ces questions restent sans réponse. Même si on peut saluer le courage de l’auteur de s’attaquer aux puissants sans prendre de gants, cette absence de mise en perspective laisse ainsi un goût d’inachevé à cette fresque au vitriol.
Voilà, à vous de jouer.
20:43 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sénat, livres, mondialisation, Europe, Minc

