25.03.2007

Quelques chiffres intéressants sur la blogsphère

Depuis un mois et demi, l’AutoRoll a fait un démarrage très encourageant dans la blogsphère. On a eu des dizaines de notes la plupart très sympas, ce qui nous encourage à persévérer. Merci encore pour tous ces soutiens. Suite à pas mal de suggestions intéressantes, on vient d’ailleurs de lancer une seconde version qui permet d’afficher des images, qui sont par défaut une miniature du blog ou au choix un ficher téléchargé par le bloggeur (voir mon AutoRoll à droite).
A ce jour, plus de 2000 bloggeurs se sont inscrits. Cela se traduit par plus de 5 millions de recommandations quotidiennes faites par l’AutoRoll. Ce volume devient statistiquement significatif et permet d’en tirer quelques chiffres intéressants sur la (mystérieuse) structure de la blogsphère.
Comme on peut s’y attendre, le trafic est réparti de manière très inégale, 10% des blogs représentant 75% du volume. Le champion toutes catégories aligne à lui tout seul plus de 320.000 visiteurs uniques. S’il me lit, il se reconnaitra facilement. :-)
Concernant les langues, on en a une quinzaine représentée (dont une étonnante percée du chinois), le gros des inscrits se partageant naturellement entre le français et l’anglais.
D’après divers études qui trainent sur le net, il semble que la France détienne le record mondial en nombre de blogs créés par internaute. Cela serait dû en particulier à l’incroyable succès des Skyblogs (lesdits Skyblogs en passant, n’acceptant pas le JavaScript, n’ont pas encore accès à l’AutoRoll).
Qu’en est-il du trafic réel ? Pour cela, on a fait un petit calcul sur la long tail, définie (arbitrairement) comme l’ensemble des blogs dont le trafic ne dépasse pas 20.000 visiteurs uniques mensuels. En prenant soin de ne retenir que les blogs écrits par des illustres inconnus (c’est quand même la majorité !) pour éviter les biais statistiques. Par illustre inconnu, j’entends quelqu’un qui n’a pas une visibilité particulière liée à son activité professionnelle, donc quelqu’un dont le trafic est lié avant tout à la qualité éditoriale de son blog.
Sachant qu’il y a dix fois plus de lecteurs potentiels anglophones que francophones, on pourrait s’attendre à ce qu’en moyenne un blog en anglais attire un trafic dix fois supérieur. Mais surprise, à qualité égale, les blogs francophones ont un trafic plutôt supérieur, en alignant en moyenne 2100 visiteurs uniques par mois, contre 1650 pour les anglophones.
Il y a donc bel et bien une exception française, qui semble plébisciter ce mode d’expression. Est-ce finalement si étonnant, dans un pays qui voue un véritable culte aux intellectuels, aux livres, à la langue et plus généralement à l’expression écrite sous toutes ses formes ?
Voilà qui relativise fortement les classements « officiels » des blogs, basés sur le très discutable nombre de liens entrants. En fait, cette méthode ne reflète absolument pas le trafic réel et donne un biais systématique en faveur des blogs en anglais. Amis bloggeurs francophones, sachez que vous avez un classement bien supérieur à ce que Technorati et autres vous font croire. La blogsphère francophone est à l’avant-garde mondiale, qu’on se le dise !

02.10.2006

Les prochains défis du commerce électronique

Le secret de la rentabilité des grandes surfaces réside dans l’achat d’impulsion. Je vais au supermarché pour acheter une motte de beurre et un sachet de riz. Arrivé à la caisse, mon caddie est plein, car en passant dans les rayons, je n’ai pas pu m’empêcher de rajouter tout un tas d’articles (très utiles au demeurant).

 

Toute la stratégie de la grande surface réside donc dans le subtil agencement des rayons, tant dans le choix des produits que dans leur agencement sur les linéaires (mettre les bières à côté des couches). Ces tactiques sont devenues tellement importantes qu’un pan entier du marketing s’est développé autour sous le nom de category management.

 

Sur Internet, le category management semble avoir perdu son intérêt. Par la magie du Long Tail, on peut proposer une quantité quasi infinie de produits (puisque le coût des linéaires virtuels est presque nul pour le commerçant). Avec un bon moteur de recherche pour indexer son catalogue, le cyber marchant arrive à des résultats spectaculaires. Ainsi, plus de 60% des livres vendus par Amazon sont des tirages très faibles, introuvables dans les librairies traditionnelles.

 

Le paradoxe de cette stratégie d’exhaustivité est que cela tue l’achat d’impulsion. Pour naviguer dans ces catalogues géants, il faut taper des mots clés très précis. De fait, le client final n’achètera que ce qu’il est venu chercher. Au final, le Long Tail se fait au détriment de l’achat d’impulsion.

 

Pour avoir (enfin !) le beurre (le Long Tail) et l’argent du beurre (l’achat d’impulsion), les sites cherchent donc à mettre en avant des produits auquel l’internaute n’aurait pas pensé spontanément.

 

L’ennui est que dans la majorité des cas, ces mises en avant ne sont pas pertinentes. D’où des taux d’achat d’impulsion très faibles (moins de 2% des visiteurs en moyenne). L’enjeu de demain consiste donc à savoir personnaliser ces mises en avant. En collant aux attentes spécifiques de chaque client, on arrive à démultiplier la taille du caddie.

 

Ces techniques nécessitent des outils mathématiques très sophistiqués. Mais demain, ce sera une condition indispensable de la rentabilité des cybers commerçants. Amazon qui a bien compris cet enjeu a investi énormément d’argent dans ce domaine. D’ici deux ans, les sites qui continueront à proposer les mêmes produits à tous les internautes ont toutes les chances de se faire marginaliser.

 

30.08.2006

eBay est-il gagnant en s’alliant avec Google ?

D’après le Journal du Net, l’annonce le 29 août dernier d’un partenariat entre eBay et Google à été salué par les investisseurs, le titre eBay gagnant 1,86 % à la Bourse. Pourtant, en y regardant de plus près, ce méga deal semble assez bizarre.

 

Qu’en est-il vraiment ? Comme il l’avait fait avec Yahoo! pour les Etats-Unis, le roi des enchères a décidé de confier à Google la commercialisation de liens publicitaires sur ses sites internationaux. Décision étonnante qui va créer une nouvelle concurrence pour tous les petits vendeurs sur eBay. En voulant se doter d’une nouvelle ligne de revenus, eBay prend donc le risque de se mettre à dos sa communauté la plus précieuse : ses milliers de petits vendeurs qui font la richesse du site. Il est probable que la pression sur les bénéfices d'eBay ait du peser en faveur de cet arbitrage délicat.

 

L’autre volet de l’accord est aussi symptomatique. Le deal consiste de développer en commun avec Google une offre de click-to-call sur son site, en faisant levier sur Skype. L’idée étant de rémunérer non plus le clic, mais l’appel. L’ennui, c’est que les spécialistes du click-to-call constatent que la grande majorité des clients (85%) préfèrent se faire appeler sur une ligne fixe plutôt que sur leur ordinateur. Donc la présence de Skype dans le deal est plutôt un frein au succès de l’offre.

 

Ce deal illustre ainsi la difficile intégration de Skype dans eBay. Skype est un formidable opérateur téléphonique. Son modèle économique de voix sur IP est très solide. Par contre, les synergies avec eBay sont loin d'être évidentes. Et cela pour deux raisons.

 

La première est que les gros bataillons de clients de Skype se trouvent au Brésil et en Inde, soit très loin du centre de gravité d’eBay. Donc peu de recouvrement des bases clients. La seconde raison est que l’idée de permettre aux acheteurs de dialoguer avec les vendeurs par Skype (ce qui était la justification principale du deal) a été très mal accueillie par les vendeurs d'eBay. En effet, ceux-ci ont déjà du mal à faire face à l’avalanche d’email de questions des acheteurs, alors l’idée de devoir leur répondre par téléphone leur donne des cauchemars.

 

Comme j’en ai discuté dans une note précédente, le futur d’eBay passe à mon sens par le web 2.0 et le filtrage collaboratif. En permettant une exploitation beaucoup plus systématique de sa formidable  « Long Tail », eBay donnera une nouvelle dynamique à son énorme communauté de vendeurs.