22.01.2007
Aggrégation de contenu : les internautes reprennent le pouvoir
La montée en puissance des mashups pourrait laisser penser que le nombre de sites de destination va exploser dans un proche avenir. Certes, on sera demain sollicité tous les jours par des dizaines de nouveaux sites web, tous plus créatifs et alléchants les uns que les autres. Mais pour pimenter un peu cette plongée dans l’avenir d’Internet, il faut garder en tête qu’il existe une autre force qui pousse dans une direction diamétralement opposée (mais non contradictoire !).
Cela part du constat que l’une des activités principales à laquelle les internautes s’adonnent sur le net est la consommation (au sens large) de contenus. Or, pour consommer leurs contenus favoris, pourquoi les internautes seraient-ils condamnés à aller courir sur des dizaines de sites différents ? Ne faudrait-il pas mieux que le contenu vienne à eux dans un seul endroit centralisé ?
Et voilà comment est née l’idée d’aggrégateur personnel. Au début, il s’agissait juste de regrouper les flux de news provenant de blogs et de sites media (ce qu’on appelle les flux RSS) sur une page personnelle unique. Mais le système s’est très vite sophistiqué. Grace à la prolifération des API ouvertes, il existe maintenant des milliers de contenus qu’un internaute (sans aucune connaissance technique) peut très facilement combiner ensemble : météo, notification d’emails, alertes d’enchères, cours de bourse… De cette façon, il se construit une page entièrement personnalisée qui lui servira de tableau de bord central pour toute sa navigation en ligne.
Cet aggrégateur personnel peut soit être géré par un fournisseur en ligne (type Netvibes chez les startups ou Google et Yahoo! chez les poids lourds), soit directement intégrée dans le navigateur de chaque internaute (stratégie de Microsoft et Firefox). En ces deux approches, la bataille sera rude tant les enjeux business sont lourds. De fait, comme l’internaute est a priori destiné à passer un temps croissant sur son aggrégateur personnel, il devient très stratégique d’y avoir accès.
Dans ce monde parallèle, le défi pour le fournisseur de contenu change aussi radicalement. Il ne s’agit plus de faire venir les internautes sur le plus beau site du monde, mais de faire en sorte d’exister sur chaque aggrégateur personnel. Comme l’espace sur cette page est forcément limité, la bataille entre fournisseurs de contenu devient celle de l’espace vital capté au détriment des autres. A l’avenir, chaque millimètre carré occupé sur ce tableau de bord virtuel sera âprement disputé par les grandes marques et services.
Les forces centrifuges (mashups) et centripètes (aggrégateur personnel) s’appuient sur le même écosystème, celui des API ouvertes. Ces deux forces sont en train de redessiner le web à une vitesse stupéfiante. Ce sera d’ailleurs intéressant de voir en 2007 laquelle de ces deux forces aura la dynamique la plus forte.
15:06 Publié dans Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : mashup, API ouverte, flux RSS, Netvibes, Google, Yahoo!, Firefox
19.01.2007
Les mashups : la pâte à modeler du web
Suite à ma note sur les prochains défis du commerce électronique, j’ai eu un certain nombre de questions sur ce qu’était un mashup. Si ce mot n’évoque pour vous qu’une sorte de gros malabar mou, je vous invite à lire la suite, histoire de ne pas vous retrouver du mauvais côté de la fracture numérique au prochain diner en ville où le sujet arrivera sur la table.
Pour comprendre ce qu’est un mashup, il faut revenir d’abord sur une autre notion, celle d’API ouverte. Une API est une interface qui permet à deux programmes informatiques de communiquer entre eux. Une API ouverte revient simplement à mettre à disposition du grand public cette interface informatique. Aujourd’hui rendre son API publique est devenu une sorte de must pour tout site web qui se réclame un tant soit peu 2.0. Mais pourquoi diable est-ce devenu si à la mode ?
En fait, c’est lié à la structure fonctionnelle du réseau Internet. Schématiquement, on peut considérer Internet comme une sorte de gigantesque outil de publication. Vous avez du contenu à faire partager avec d’autres gens. Vous créez donc une moulinette astucieuse pour publier ce contenu sur un site web. Tout l’art consistant à publier ce contenu d’une manière attractive, intuitive et efficace. La difficulté est bien sûr que ces trois caractéristiques sont en général contradictoires.
D’où il ressort que la publication sur Internet consiste en d’éternels compromis créatifs à la recherche de l’équilibre parfait. A partir d’un contenu donné, les combinaisons de choix marketing peuvent produire une très grande variété de concepts.
Ce constat a fait émerger l’idée suivante :
J’ai un super contenu que je souhaite mettre à disposition des internautes. Il y a potentiellement des milliers de manières intéressantes d’exploiter et de publier ce contenu. Je peux d’ailleurs moi-même tester toutes sortes de concepts marketing sur ce contenu. Mais pourquoi ne pas confier ce travail de titan à d’autres ?
Donc je mets en ligne une interface publique qui permet l’accès libre et non formaté à mon contenu. De cette façon, un grand nombre de développeurs indépendants pourront publier mon contenu chacun avec sa propre approche créative. Certes, je ne maitrise pas toute la chaine de valeur. Mais l’intelligence collective a une telle puissance que parmi tous ces essais, il y a une forte probabilité que quelques très bons concepts émergent et valorisent particulièrement mon contenu.
Voilà pourquoi le concept d’API publique est intiment lié avec la vague du web 2.0. En faisant appel à la communauté des internautes, on a toutes les chances de créer plus de valeur qu’en voulant tout faire tout seul.
Le contenu accessible aujourd’hui par des API publiques est très varié. Cela va du catalogue de produits culturels d’Amazon aux cartes géographiques d’un Google Maps, en passant par des photos personnelles pour Flickr ou des calculs de recommandations pour Criteo (oui, oui, on a une API publique et gratuite de surcroit !).
Et les mashups dans tout cela ? Et bien cela consiste simplement à combiner le contenu issu de plusieurs API publiques pour faire un service totalement original. Un joli exemple de mashup est la combinaison Flickr + Navx + Google Maps qui permet de positionner les photos d’une randonnée à ski sur une carte grâce à un GPS.
On voit vite que les possibilités ouvertes par les mashups sont énormes. Attendez-vous donc à voir ce type d’applications proliférer à grande vitesse dans les années qui viennent. Encore un malabar ?!
10:20 Publié dans Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : mashup, API publique, Criteo, Flickr, Google, Navx, Amazon

