03.03.2007
La fin de la presse
Ce n’est un secret pour personne que la presse quotidienne papier va mal. Les recettes publicitaires s’érodent, le lectorat se tasse, la spirale des déficits s’accélère, le contenu s’appauvrit. Les gratuits ont certes contribué à déstabiliser encore un peu plus le secteur, mais ils sont loin d’être les seuls coupables. Et contrairement à ce qu’on entend parfois, il ne s’agit pas d’un phénomène purement français. A des degrés divers, tous les pays sont touchés.
Le problème est structurel. La montée en puissance discrète mais continue d’Internet a changé les enjeux du secteur, comme cela est en train de changer la télévision. A ce propos, il est fascinant de voir à quel point les décisions prises il y a quelques années par chaque groupe de presse ont des impacts lourds aujourd’hui.
Certains ont pris très tôt le train d’Internet avec volontarisme et ambition. En France, on peut citer notamment le Monde, le Nouvel Obs ou les Echos, qui n’ont pas à rougir face aux géants américains comme le New York Time et le Wall Street Journal. Ces journaux ont une vraie stratégie Internet et un modèle économique crédible qui se confirme par une rentabilité financière de plus en plus forte. On sent que ces groupes media anticipent une possible disparition totale de leur support papier (même si on en est encore assez loin). Pour Internet, ce n’est pas une gentille diversification, mais bel et bien le cœur de leur stratégie future.
D’autres au contraire sont parti très lentement et ont encore tout à inventer pour transférer sur Internet leur formidable marque papier (Elle, Marie-Claire et la majeure partie de la presse féminine et people). Cela passera certainement par des acquisitions tant leur retard est important par rapport aux pure players (comme Au Féminin ou Marmiton sur le segment féminin).
Certaines vaches à lait comme les petites annonces immobilières du Figaro (qui par ailleurs a conquit une position très respectable sur l’info en ligne) seront aussi très difficiles à sauvegarder face à des acteurs comme Se Loger, bien décidés à rafler un marché qui bascule en ligne à une vitesse stupéfiante.
D’ici quelques petites années, Internet sous toutes ses formes sera LE média dominant. Cela ne fait guère de doutes. Bien sûr, il subsistera une presse papier d’agrément, mais elle n’aura plus du tout le poids culturel et économique qu’elle a eu pendant son âge d’or, soit en gros les 150 dernières années.
Par contre, la manière dont s’exercera la domination d’Internet reste encore assez floue. Serons-nous encadrés par quelques grands portails dominants qui centraliseront tous les flux d’information significatifs ? Ou au contraire, va-t-on assister à un émiettement toujours plus fort en une multitude de micro-audiences autonomes de type blogosphère hypertrophiée ? Des questions pas simples, mais que tout groupe média devra trancher tôt ou tard.
17:32 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : presse, blogs, petites annonces

