21.12.2006
Flexibilité de l’emploi : qui porte vraiment le chapeau ?
Depuis 20 ans, on assiste à un intense débat sur la question de la flexibilité de l’emploi. Les partisans y voient un moyen efficace de lutte contre le chômage. Les opposants mettent au contraire en avant la précarité que cela induit pour les salariés.
Comme souvent, les termes du débat sont mal posés, et dérapent dans des joutes idéologiques stériles. La vraie question, souvent occultée, est en fait celle du risque.
Dans notre monde qui bouge à grande vitesse, la demande est par nature fluctuante et en constante évolution. Même le plus talentueux des dirigeants ne peut voir l’avenir dans une boule de cristal, et tout anticiper. Un jour ou l’autre, beaucoup d'entreprises se trouvent ainsi confrontée à gérer un appareil productif inadapté à la demande du moment.
Traditionnellement, l’entreprise se retrouvait en pertes, qui étaient alors supportées par les actionnaires, et cela en attendant des jours meilleurs. Mais depuis les années 80, les actionnaires acceptent de moins en moins de porter ce risque. Ils se sont mis à exiger cette fameuse rentabilité annuelle de 15%, et cela quelle que soit la conjoncture, sous peine d’aller voir ailleurs. D’où une formidable pression sur les dirigeants pour flexibiliser leurs coûts. Ce qui revient dans les faits à transférer le risque économique sur les salariés.
Mais d’où vient cette nouvelle aversion au risque des actionnaires ? La théorie du complot d’une poignée de gros spéculateurs cupides est séduisante. L’ennui est qu’elle est très éloignée de la réalité. Les gestionnaires de fonds de placement sont en général des salariés qui ne font qu’obéir aux injonctions de leurs épargnants mandataires.
Et qui sont ces épargnants ? En très grande majorité les séniors des pays riches qui ont économisé en prévision de leurs vieux jours (sous forme d’assurances vies ou de fonds de pension). Or ces séniors ont pris conscience du déséquilibre démographique croissant à venir. D’où une exigence de plus en plus forte pour des rendements financiers stables et élevés, seuls à même de sécuriser leurs retraites.
Par une cruelle ironie, la montée de la flexibilité du travail traduit en fait un transfert massif de risques des séniors vers les jeunes. Dans quel monde merveilleux vivons-nous, n’est-ce-pas ?! ;-)
10:43 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : seniors, flexibilité, précarité, actionnaires, salariés, retraites

