22.03.2009
Internet, la machine à broyer les situations acquises
On sait qu’une partie de l’industrie musicale est malade, car elle n'a pas compris les changements radicaux qu’imposaient Internet à son modèle. En France, peu de gens ont encore conscience que le modèle traditionnel de la presse écrite (et de la télé d’ailleurs) est aussi en passe d’être broyé. Pour lire une des synthèses les plus radicales sur la question, voir le magistral article de Clay Shisky.
Entre autre défi, la publicité sera de moins en moins capable de subventionner la presse. Le fait de pouvoir enfin mesurer de manière très précise l’impact d’une publicité provoque un effondrement des CPM réels.
Intéressant, cette irruption du tout quantitatif va aussi avoir des impacts majeurs sur le marché de la publicité lui-même. L’effondrement des CPM a une conséquence radicale : seuls les acteurs les plus productifs seront capables de survivre. Or dans la publicité, la seule manière d’être hyper productif est d’investir massivement dans la technologie. Cela promet d’être très difficile pour beaucoup d’acteurs traditionnels de la pub qui n’ont absolument pas cette culture.
Ce n’est pas un hasard si Google, le leader incontesté de cette tendance technologique, vient du monde du software et non de celui de la publicité. Il y a de fortes chances que les leaders de demain aient suivi un chemin similaire. A suivre. :-)
17:33 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : presse, publicité, google, musique
19.05.2008
Comment Internet broie le modèle économique des médias
La nouvelle concurrence des blogs suscite des débats passionnés au sein des journalistes et des bloggeurs. Alternative, menace ou effet marginal ? L’avenir tranchera, même s’il on peut d’hors et déjà souligner qu’il existe des différences fondamentales entre le bloggeur et le journaliste.
Autrement plus redoutable pour les médias est la rupture qu’induit Internet dans leur modèle économique. Comparé aux canaux traditionnels, on assiste sur le web à un effondrement du cout contact, à savoir le prix qu’un annonceur paye pour placer son message publicitaire devant les yeux d’un consommateur. Un million de visiteurs uniques sur Internet vaut beaucoup moins que le même million de lecteurs papier ou de téléspectateurs.
Le réflexe traditionnel est la méthode Coué. Cela consiste à affirmer que l’Internet est un média jeune, que les annonceurs ne connaissent pas bien, et donc qu’ils ne sont pas encore prêts à payer à sa juste valeur. Il suffit donc de patienter. A un moment ou un autre, les prix vont finir par remonter pour converger vers ceux des médias traditionnels. Ce n’est donc qu’une phase (désagréable) de transition à passer.
Malheureusement, ce doux rêve n’a que peu de chance de se réaliser. Le prix moyen du CPM (le cout pour mille contacts) n’a que peu de chance de monter de manière significative. Bien au contraire, et cela pour deux raisons.
La première est que l’offre est excédentaire. Autrement dit, la croissance du nombre de pages vues sur Internet est structurellement supérieure à celle des budgets publicitaires. Pire, les médias d’information au sens large pouvaient jusque là monnayer chèrement leur quasi monopole (à l’exception de l’affichage et du mailing) d’accès aux consommateurs. Avec l’Internet, ils sont maintenant concurrencés par d’énormes sites non médias (moteurs de recherche, sites communautaires, webmail) qui offrent des inventaires très supérieurs aux leurs. Les médias en ligne se battent sur la qualité de leur marque pour justifier des CPM plus élevés. Mais avec l’éclatement de l’information (une part croissante du trafic arrive directement sur les pages articles sans passer par la page d’accueil), cette position de principe se révèle de plus en plus fragile.
La seconde raison est encore plus fondamentale. Pendant des années, la télé et la presse ont été subventionné par la publicité (donc indirectement par les consommateurs). Pour la première fois avec l’Internet, les annonceurs sont capables de mesurer de manière précise et quantitative la rentabilité exacte de leurs campagnes. Fini l’adage bien connu : « je gaspille la moitié de mon budget pub, mais je ne sais pas lequel ». Chaque euro dépensé en ligne fait maintenant l’objet d’un calcul sophistiqué de retour sur investissement.
Les annonceurs sur Internet sont tout sauf immatures. Ils sont au contraire pragmatiques et sophistiqués. Les conséquences sont terribles pour les médias. Ils se trouvent soudain obligés de facturer les annonceurs au vrai prix, à savoir le prix de l’impact de la publicité, et non le prix de la rareté des contacts clients.
La migration des budgets pubs vers la logique quantitative de l’Internet risque d’asphyxier bon nombre de médias traditionnels. Les difficultés actuelles de la presse quotidienne nationale ne sont qu’un avant goût. La PQR et la télé n’auront qu’un bref répit avant de faire face à une équation similaire.
Alors, soit les subventions publiques (qui existent déjà mais qu’il faudra massivement augmenter) prendront le relai des annonceurs en l’habillant sous une noble cause type défense du « pluralisme démocratique » ou de « l’exception culturelle ». Soit les médias vont devoir se redéployer dans la douleur sur un modèle low cost qui reste à inventer.
21:26 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Presse, publicité, télévision, média
24.08.2007
Quelle est la différence entre blogging et journalisme ?
Avec la montée en puissance des blogs, la disparition de la frontière entre blogging et journalisme est devenue la nouvelle tarte à la crème. Non seulement la presse bascule de manière massive sur Internet, mais certains blogs collectifs type Agoravox cherchent explicitement à concurrencer les versions en ligne journaux traditionnels.
Une première piste est de voir comment les journalistes eux-mêmes abordent le blogging. On a une première catégorie de professionnels que l’idée même de devenir bloggeur fait horreur : « je suis payé pour écrire des articles, pourquoi vais-je le faire gratuitement ? ». A l’opposé, on trouve aussi des fanas du blogging. Ces journalistes utilisent leur blog perso comme un défouloir pour y glisser tout ce qu’ils ne peuvent pas mettre dans leurs articles.
Alors, quelle est la différence entre un webzine professionnel et un blog ?
Tout d’abord le fait de pouvoir poster des commentaires à la fin des articles n’est plus un signe distinctif des blogs. Tous les journaux s’y mettent (la palme revient à Libération) et c’est très bien.
Le trafic ? Les gros blogs français dépassent largement les 100.000 visiteurs uniques mensuels. Certes, cela reste très en dessous des gros médias type le Monde ou les Echos, mais c’est plus que certains webzines spécialisés. Il semble d’ailleurs que le trafic d’un site média dépende pour beaucoup de son expertise en référencement, ce qui n’est toujours corrélé à la qualité de son contenu.
Alors, l’objectivité éditoriale ? C’est une notion très relative. D’ailleurs les éditorialistes professionnels revendiquent leur liberté de ton et d’opinion. Chaque média pro ou amateur a une ligne éditoriale qui va du (parfois faussement) neutre au parti pris partisan clairement affiché.
Le type de sujets traités ? Toutes les thématiques imaginables sont traitées par les blogs, et parfois de manière beaucoup plus poussée que certains médias dits professionnels. Donc ce n’est pas un critère discriminant.
Le sérieux et la fiabilité des informations ? Bien sûr, il existe pas mal de blogs qui balancent des infos (parfois bidons) sans aucune vérification. Mais il existe aussi un certain nombre de bloggeurs dont la rigueur n’a rien à envier aux journalistes, qui en passant, sont capables eux-mêmes parfois de bien des approximations.
Il y a donc autre chose. En fait, à mon sens la différence fondamentale est dans la promesse faite au lecteur. Le journal promet d’informer, alors que le blog ne promet rien du tout. Et cette promesse implique deux contraintes fortes : exhaustivité et régularité.
L’exhaustivité, cela veut dire traiter toute l’actualité d’une thématique. Bien sûr, on ne peut pas parler de tout, donc les journaux, même à vocation généraliste, sélectionnent leurs sujets. Mais cette sélection est censée être un choix délibéré, qui résulte d’un travail de hiérarchisation de l’information.
Comme a priori il y a un flot incessant d’actualités sur tous les sujets, informer implique aussi une grande régularité de publication. Tout journal en ligne digne de ce nom se doit d’avoir une mise à jour au minimum quotidienne, et cela toute l’année (pas comme moi qui ait zappé mon blog presque tout le mois d’aout !).
On comprend bien pourquoi les journalistes n’écrivent pas uniquement par plaisir, mais exigent un salaire en contrepartie de leur travail. S'astreindre à traiter une thématique de manière exhaustive et régulière est un sacré fardeau.
Le bloggeur qui n’a pas ces contraintes peut bien écrire lui pour son pur plaisir. Et c’est très bien. D’ailleurs cela donne parfois des morceaux d’anthologie dont sont rarement capables les journalistes qui sont bridés par le temps et leurs obligations de format. Si le talent d’écriture du bloggeur lui génère en plus une audience monétisable, c’est encore mieux. Mais si cela devient une finalité en soi, il risque d’être rattrapé par les mêmes contraintes que les journalistes.
13:55 Publié dans Internet, Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : blogs, journalisme, presse, audience
03.03.2007
La fin de la presse
Ce n’est un secret pour personne que la presse quotidienne papier va mal. Les recettes publicitaires s’érodent, le lectorat se tasse, la spirale des déficits s’accélère, le contenu s’appauvrit. Les gratuits ont certes contribué à déstabiliser encore un peu plus le secteur, mais ils sont loin d’être les seuls coupables. Et contrairement à ce qu’on entend parfois, il ne s’agit pas d’un phénomène purement français. A des degrés divers, tous les pays sont touchés.
Le problème est structurel. La montée en puissance discrète mais continue d’Internet a changé les enjeux du secteur, comme cela est en train de changer la télévision. A ce propos, il est fascinant de voir à quel point les décisions prises il y a quelques années par chaque groupe de presse ont des impacts lourds aujourd’hui.
Certains ont pris très tôt le train d’Internet avec volontarisme et ambition. En France, on peut citer notamment le Monde, le Nouvel Obs ou les Echos, qui n’ont pas à rougir face aux géants américains comme le New York Time et le Wall Street Journal. Ces journaux ont une vraie stratégie Internet et un modèle économique crédible qui se confirme par une rentabilité financière de plus en plus forte. On sent que ces groupes media anticipent une possible disparition totale de leur support papier (même si on en est encore assez loin). Pour Internet, ce n’est pas une gentille diversification, mais bel et bien le cœur de leur stratégie future.
D’autres au contraire sont parti très lentement et ont encore tout à inventer pour transférer sur Internet leur formidable marque papier (Elle, Marie-Claire et la majeure partie de la presse féminine et people). Cela passera certainement par des acquisitions tant leur retard est important par rapport aux pure players (comme Au Féminin ou Marmiton sur le segment féminin).
Certaines vaches à lait comme les petites annonces immobilières du Figaro (qui par ailleurs a conquit une position très respectable sur l’info en ligne) seront aussi très difficiles à sauvegarder face à des acteurs comme Se Loger, bien décidés à rafler un marché qui bascule en ligne à une vitesse stupéfiante.
D’ici quelques petites années, Internet sous toutes ses formes sera LE média dominant. Cela ne fait guère de doutes. Bien sûr, il subsistera une presse papier d’agrément, mais elle n’aura plus du tout le poids culturel et économique qu’elle a eu pendant son âge d’or, soit en gros les 150 dernières années.
Par contre, la manière dont s’exercera la domination d’Internet reste encore assez floue. Serons-nous encadrés par quelques grands portails dominants qui centraliseront tous les flux d’information significatifs ? Ou au contraire, va-t-on assister à un émiettement toujours plus fort en une multitude de micro-audiences autonomes de type blogosphère hypertrophiée ? Des questions pas simples, mais que tout groupe média devra trancher tôt ou tard.
17:32 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : presse, blogs, petites annonces

