04.09.2007

Le pain à l’heure de la mondialisation

Le prix du pain augmente de 7% à la rentrée. Cela a fait les gros titres des journaux. Cela pourrait paraitre anecdotique, tant c’est marginal dans les dépenses totales des Français. Mais pour des raisons historiques évidentes, le pain garde une force symbolique importante.

Voilà qui illustre les débats récurrents sur la validité de notre indice global d’inflation. Les gens se plaignent que les prix montent (notamment depuis le passage à l’euro), et pourtant l’Insee nous dit qu’ils évoluent de manière très raisonnable.

On sait bien que l’agrégat de l’Insee est une moyenne. Or, il n’y a rien de plus trompeur qu’une moyenne qui, par définition, masque des mouvements complètement opposés. A cela se rajoute le fait qu’on est en général plus sensible sur les produits de consommation quotidienne (le pain) que sur ceux les achats exceptionnels (écran plasma, transport aérien), même si l’ordre de grandeur des budgets sont sans rapport.

Mais pourquoi dans notre économie mondialisée, les prix des produits évoluent-ils de manière si contrastée ?

L’évolution des prix d’un produit est notamment liée aux gains de productivité du secteur. Il n’est pas compliqué de comprendre pourquoi le prix des écrans plasma s’est effondré depuis cinq ans. C’est tout simplement lié aux améliorations spectaculaires des processus de production de ces bijoux technologiques. Idem pour le transport aérien avec l’émergence du très efficace modèle low-cost.

Mais alors le prix du pain ? Depuis quelques années, les boulangeries industrielles ont fait de très nets gains de productivité. Cela a permit de distribuer en supermarché du pain moins cher, et d’une qualité qui est de plus en plus proche de celle des boulangeries traditionnelles. Néanmoins, du fait d’une législation protectrice pour les boulangeries (dont on pourrait se féliciter au nom d'une certain conception de l’aménagement du territoire, mais c’est un autre débat), on arrive au bout de ce système de concentration.

L’augmentation actuelle du prix du pain vient de la combinaison d’un essoufflement des gains de productivité du secteur, combinée avec le doublement du prix du blé.

Si le blé augmente tant, c’est là encore dû à deux phénomènes qui se combinent :

-          un coût de frein très net sur la révolution verte qui a permit l’explosion de la productivité agricole depuis 40 ans. On en a déjà décrit sur ce blog certaines raisons.

-          une augmentation mécanique de la demande mondiale, liée à l’augmentation globale de la population et à un régime alimentaire plus riche.

Ces deux phénomènes ont peu de chance de s’inverser à court terme, donc vous pouvez spéculer sans grand risque sur la poursuite du renchérissement des céréales (suivant le conseil donné il y a un an sur ce blog !).

Alors la baguette-bio-tradition, bientôt un produit de luxe pour bobos ?

16.06.2007

La feuille de route idéale de l’Etat pour le développement économique

Une fois le principe d’égalité des chances établi, d’autres conditions sont nécessaires au développement économique. On peut essayer de résumer une sorte de feuille de route que tout Etat (qu’à priori on imagine soucieux de son efficacité) devrait tenter de suivre :

1)       Garantir le respect de la propriété privée (pas d’expropriation abusive), seule manière d’encourager l’investissement et l’épargne

2)       Garantir les libertés individuelles contre toutes les formes de tyrannies (intimidation, violence et corruption)

3)       Garantir l’application des lois et des engagements contractuels entre parties

4)       Réagir de manière rapide, pondérée et impartiale face aux besoins de la population

5)       Rechercher l’efficacité et la productivité maximale des services publics

6)       Lutter contre toutes les formes de rentes de situations qui maintiendraient à certains agents économiques des privilèges disproportionnés par rapport à leur contribution objective.

Ces idéaux sont utopiques. Aucun Etat n’y adhère à 100%. Assez loin de là. Comme pour tous les idéaux politiques, il y a des « recette de gauche » et des « recettes de droite ». Parfois assez justes, parfois un brin tendancieuses.

La lutte contre les rentes au sens large en donne un exemple illustratif. Chaque famille politique a une tendance innée à défendre avant tout les fromages de son électorat. C’est assez compréhensible d’ailleurs. Quelqu’un peut-il me dire s’il a déjà rencontré un machin qui s’appelle « l’intérêt général » ? 

28.04.2007

Pour préparer l’avenir, réhabilitons le Moyen-âge

La relecture du pavé politiquement incorrect « Richesse et pauvreté des nations » de David Landes est rafraichissante pour aborder la vielle question de pourquoi certaines nations grimpent tandis que d’autres stagnent ou chutent. En particulier, l’auteur revient en détail sur les causes de la brusque accélération de l’Occident il y a 5 siècles, qui lui a permit ensuite de dominer le monde.

Pourtant si on se place en l’an 1000, ce n’était pas évident de deviner quelle civilisation allait l’emporter.  En particulier, la Chine et le monde arabe de l’époque semblaient plutôt bien placés dans la course.

La théorie de l’auteur est qu’en fait, dès les années 1300, l’Occident avait déjà creusé un écart technologique décisif. La Renaissance et les Temps Modernes tant célébrés ne sont en fait que l’accélération visible d’une avance déterminante acquise au Moyen-âge sur les autres civilisations.

Cette avance reposait sur deux percées fondamentales dont l’Occident a d’ailleurs gardé ensuite un quasi-monopole technologique, et cela pratiquement jusqu’au début XXème siècle.

La première percée s’est faite dans le domaine de l’horlogerie. L’apparition des premières horloges mécaniques, puis des montres a permit pour la première fois depuis le début de l’humanité de mesurer de manière objective et fiable le temps. Cela a donné naissance à un concept fondamental du progrès économique : la mesure de la productivité. Et qui dit mesure, dit recherche du progrès.

La seconde percée est venue dans l’optique. La mise au point des premières lunettes pour presbytes, a permit soudain de doubler la durée de vie pendant laquelle un artisan qualifié ou un intellectuel pouvait rester actif. Cette seconde vie venait en plus à un âge où son expérience lui permettait d’être au sommet de son art.

La combinaison de ces deux inventions et leurs diffusions rapides ont entrainé une progression régulière de la productivité en Occident. Ce furent des facteurs décisifs à l’origine du stupéfiant décollage économique qui a suivi et de la domination mondiale qu’à exercé l’Europe ensuite.

Le Moyen-âge est encore souvent peint dans les manuels scolaires comme une époque de régression et d’obscurantisme. David Landes nous invite à le réhabiliter. Par la même occasion, cela met en perspective le poids des ruptures technologiques dans l’évolution économique à long terme.

Aujourd’hui, nous sommes encore le nez dans le guidon concernant l’impact sur l’économie mondiale de la montée en puissance très rapide d’Internet. Avec le recul, il est probable que les historiens du futur constateront qu’Internet a modifié en profondeur l’ordre établi et la hiérarchie économique des nations.

08.03.2007

Sur le SMIC à 1500 euros

Lancé habilement par Laurent Fabius à l’automne dernier, la candidate socialiste a repris à son compte la proposition emblématique du SMIC à 1500 euros. Devant la levée de bouclier que cette proposition a suscité auprès d’une partie de l’opinion, elle a tempéré un peu les choses en précisant lors de son passage sur TF1 qu’il s’agissait de 1500 euros brut et que cette revalorisation se ferait de manière progressive sur les 5 prochaines années. 

Du reste, la Gauche n’a pas le monopole sur l’augmentation des bas salaires. L’homogénéisation entre SMIC horaire et mensuel réalisée sous les gouvernements de Raffarin et Villepin a déjà conduit à une revalorisation très significative du SMIC (+24% pour le taux horaire sur 5 ans).

Le niveau du SMIC est un sujet passionnel. On comprend pourquoi tant les enjeux sont importants. La polémique est d’autant plus complexe que contrairement à d’autres sujets, les économistes ne sont absolument pas d’accord entre eux sur l’effet d’une augmentation du salaire minimum.

D’un côté, on a l’argument imparable de l’augmentation des charges pour les entreprises. Un SMIC cher est un frein à l’activité et donc une source importante de chômage, en particulier pour les moins qualifiés.

D’un autre côté, l’augmentation du salaire minimum incite les entreprises à innover pour gagner en productivité, ce qui au final est la seule vraie source de création de richesse à long terme.

A l’actif des pros SMIC, on pourrait aussi citer le surcroit de pouvoir d’achat que les salariés réinjectent dans la consommation, mais cet artifice est en grande partie illusoire, car l’inflation induite annule vite ses effets initiaux.

Au final, ce n’est pas un hasard si la France combine un salaire minimum élevé avec une des meilleures productivités horaires au monde et un fort taux de chômage.

Bref, on a tous les éléments d’une joute idéologique sans fin entre les pros et les antis SMIC. Mais curieusement, ce n’est pas cet aspect du débat qui a suscité le plus de remous autour de la proposition du SMIC à 1500 euros de Ségolène Royal.

Non en fait, ce qui scandalise beaucoup de gens, c’est le tassement de l’échelle des salaires que cela pourrait induire. Un Bac+3 aujourd’hui à 1800 euros est ulcéré à l’idée que demain il ne touchera que 300 euros de plus qu’un smicard. Cela se comprend parfaitement.

Pourtant, s’il y a bien un pays où dans les discours, l’égalité est érigée comme valeur suprême, c’est bien la France ! Cela montre (si besoin est !) l’énorme décalage entre le discours et la réalité. La société française prône officiellement l’égalité, mais dans les faits adore les classements, les castes en tout genre, et de manière générale tout ce qui peut introduire une hiérarchie entre les citoyens.