31.03.2008
L’argent fait-il le bonheur ?
Les Américains, qui adorent ce genre de question, nous ont sorti une nouvelle étude sur l’éternelle relation passionnelle entre argent et bonheur. Le nombre de personnes se déclarant heureux serait fortement corrélé avec le revenu. Attention de conclure trop vite : corrélation ne veut pas dire causalité. Par exemple, le bonheur est aussi fortement corrélé avec la santé (ce qui n’a rien de surprenant). Comme les riches se soignent mieux que les pauvres (et ont une bien meilleure espérance de vie), cela biaise l’interprétation simpliste.
En creusant un peu sur l’argent, ils ont néanmoins découverts cela dépend aussi en grande partie de la manière de l’utiliser. En particulier, les gens qui dépensent leur argent pour les autres sont nettement plus heureux que ceux qui dépensent que pour eux. Savoureux paradoxe de la richesse…
Si on compare avec des études similaires faites il y a 30 ans, la proportion de gens heureux est étonnamment stable. Et pourtant, durant cette période, la richesse nationale a doublée. Pire, à partir d’un PIB par habitant d’environ 10.000 euros, les enquêtes montrent que le niveau de satisfaction de la population n’augmente plus. Autrement dit, on n’est pas plus heureux en Suisse qu’en Slovaquie.
Bref, c’est la sensation de richesse relative et non absolue qui est le principal facteur de bonheur. En cela, mieux vaut gagner 30.000 euros par an si on est entouré de gens qui en gagnent 20.000, que 50.000 euros si tous nos voisins de palier en gagnent 60.000.
Pourtant lors des consultations électorales, l’arbitrage des électeurs ne va pas dans ce sens. Lorsqu’on demande aux citoyens de choisir entre moins d’inégalités et plus de richesses, ils choisissent presque toujours la seconde option. Sans doute chacun espère être un jour du bon côté du manche. Quitte à vivre éternellement frustré.
23:35 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : bonheur, argent, richesse, revenus, inégalités
24.10.2006
Des mystères de la démocratie
Comme le montre le graphe ci-dessous, la concentration de l’Impôt sur le Revenu (IR) est très forte en France.
Si on veut résumer les choses (de manière caricaturale), on peut dire qu’il y a :
- 70% de « pauvres » qui payent 9% de l’IR
- 20% de « riches » qui payent 22% de l’IR
- 10% de « super riches » qui payent 69% l’IR
Dans une démocratie, les équipes gouvernementales sont élues sur un programme électoral soutenu par une majorité de citoyens. Sachant cela, il semble à première vue curieux que le taux marginal de l’IR soit depuis vingt ans en baisse tendancielle (il est passé de 65% à 48%, on parle de 40% en 2007), alors que 90% de l’électorat n’est pas concerné.
Plus crûment, sachant qu’il y a une large majorité de « pauvres » (maintenant on dit "des gens à revenus modestes"), pourquoi aucun homme politique ne semble en mesure de réunir une majorité électorale sur un programme de hausse massive de l’impôt sur le revenu ? De fait, les programmes électoraux dont l'axe majeur consiste à surtaxer les riches, n’arrivent pas à réunir plus de 20% des votants. Et on retrouve le même phénomène dans tous les pays industrialisés. Pourtant, d’un point de vu fiscal, ces programmes seraient très favorables à la grande majorité des électeurs.
La question est donc de savoir pourquoi plus des deux tiers des électeurs « pauvres » s’obstinent à chaque élection à voter avec les « riches ». Aussi contre-intuitif que cela paraisse, cela voudrait dire que les politiques de redistribution et de baisse des inégalités ne sont en fait pas la préoccupation principale des électeurs lorsqu’ils mettent leur bulletin dans l’urne.
10:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : élection, égalité, démocratie, richesse, pauvreté

