03.01.2008
Les radins et la santé
Histoire de ne pas (trop) être taxé de médecine de riche, le gouvernement a exonéré du dispositif ceux qui bénéficient de la CMU (la couverture médicale universelle). Les gens vraiment pauvres (ceux qui sont à cinquante centimes près) ne sont donc pas concernés par cette mesure.
Pour les autres, il existe néanmoins un garde fou : la franchise ne pourra pas dépasser un plafond très raisonnable de 50 euros par an. L’idée (généreuse) est qu’il ne faut pas pénaliser outre mesure les patients atteints de maladies lourdes qui nécessitent beaucoup de médicaments. Mais on voit tout de suite que ce plafond peu élevé annule aussi l’effet recherché auprès des gens qui abusent des médicaments.
Certes, la question de savoir à partir de quel moment, un patient abuse des médicaments est délicate. On constante déjà que les prescriptions varient beaucoup d’un médecin à l’autre. Alors cela parait une gageure de résoudre le problème en demandant au patient (qui par définition est encore moins expert) de s’autoréguler. En introduisant le biais financier, le seul impact de cette mesure sera de pénaliser les radins congénitaux qui vont (bêtement) dégrader leur santé pour économiser quelques dizaines d’euros par an.
Cela montre un point commun entre les dépenses de publicité et de santé : on sait qu’une partie de l’argent est gaspillée, mais il est très difficile de savoir exactement laquelle. Pour la publicité, la solution consiste à privilégier des canaux et des approches qui permettent une analyse quantitative rigoureuse des investissements. Pour la santé, on est encore loin de la solution miracle.
22:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : santé, sécurité sociale, publicité, médicaments
23.11.2006
Santé : à la recherche d’une nouvelle forme de solidarité
Ce phénomène n’a rien d’une spécificité hexagonale. Aux Etats-Unis, les dépenses publiques de santé pour un jeune de moins de 18 ans s’élèvent en moyenne à 1700 $ contre 16000 $ (soit pratiquement 10 fois plus) pour un plus de 65 ans.
Ces dépenses de santé étant financées par les cotisations sociales sur le travail, cette surconsommation correspond en fait à un transfert massif de richesses des actifs vers les seniors. Après tout pourquoi pas. La solidarité intergénérationnelle est une belle idée. Gardons quand même en tête que le dérapage des dépenses se combine avec un vieillissement démographique inexorable, ce qui alourdit mécaniquement tous les ans la note pour les actifs (proportionnellement de moins en moins nombreux).
L’ennui de ce beau schéma est que les séniors sont aussi ceux qui détiennent l’essentiel de la richesse. Alors qu’ils ne représentent (encore) que 20% de la population, plus de 60 % de la richesse est déjà détenue par les plus de 65 ans. Plus symptomatique encore, la moyenne d’âge des contributeurs à l’ISF est proche de 68 ans et progresse chaque année. D’ailleurs, quelle est aujourd’hui la seule tranche d’âge à épargner en moyenne plus de 20 % de ses revenus disponibles ? Les plus de 80 ans, ce qui (au premier abord) peut sembler paradoxal.
Bref, pour éviter une explosion à terme du système, il serait temps de songer à développer une solidarité intragénérationnelle et non pas uniquement intergénérationnelle. En clair, que les séniors aisés financent leurs pairs moins bien lotis, via une fiscalité spécifique. De quoi alléger les charges sur le travail sans creuser les déficits. Malheureusement dans notre société, une pareille réforme de bon sens aurait bien du mal à passer.
12:43 Publié dans Social | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : charges sociales, solidarité, fiscalité, santé
29.09.2006
La face obscure du trou de la Sécu
Par exemple, Paris concentre dix fois plus de psychiatres par habitant que les départements ruraux. Les Parisiens seraient-ils dix fois plus dépressifs que la moyenne de la population ? J'aimerai bien trouver un fait concret qui permette d'étayer cela ! ;-)
Ces faits troublants tendent à montrer que les dépenses de santé seraient en fait tirées non par la demande, mais par l’offre de soins. Dans un système où les revenus du corps médical sont proportionnels au volume des soins prescris, cela n’a finalement rien de si étonnant.
Mais alors, si ce n’est pas lié à la sophistication des soins, d’où vient la différence d’espérance de vie qu’on constate entre les classes favorisées et les autres ? Si on met de côté les maladies héréditaires et les accidents de la vie, c’est dû essentiellement à des facteurs qui ne sont pas liés à la qualité du système de santé : tabac, alcool, stress, obésité, excès ou absence d’exercice physique. Des maux qui touchent bien plus les pauvres que les riches.
Bref, pour nos sociétés avancées, l’augmentation de l’espérance de vie est avant tout un problème culturel et social. Notre obsession du toujours plus de soins est une impasse qui ne conduira qu’à creuser encore les déficits.
09:51 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Sécurité sociale, santé
25.06.2006
Prévention ou guérir
Pour estimer l’impact de l’un sur l’autre, il est instructif de comparer les comportements des ouvriers et des cadres devant l’offre de soins. D’après la DREES, les ouvriers dépensent en moyenne 15% de moins de médecine de ville que les cadres.
Cette sobriété est-elle payante ? Il faut croire que non, car en parallèle, les ouvriers dépensent deux fois plus en frais d’hospitalisation que les cadres. Quelle belle illustration de l’adage, mieux vaut prévenir que guérir !
La comparaison entre les Etats-Unis et la France va dans le même sens. Les Américains dépensent deux fois plus par habitant que les Français pour leur santé. Et pourtant, ils font moins bien que nous en espérance de vie et en mortalité infantile. Ce paradoxe a une explication simple : le système américain d’essence privé, privilégie les soins, beaucoup plus rentables à court terme que la prévention.
Voilà qui tendrait à penser que le bridage de la médecine de ville n’est pas forcément la meilleure voie pour boucher le trou de la Sécu Il serait urgent en particulier de réhabiliter la médecine du travail qui est devenue aujourd’hui, pour beaucoup de salariés, une vraie mascarade.
19:08 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sécu, santé, social
14.06.2006
Ne tirez pas (trop vite) sur l’ambulance
Il est vrai que le déficit chronique de la Sécu n’encourage pas à un optimisme béat quand à maintenir l’actuel statu quo. Néanmoins, avant de foncer tête baissée dans la logique de l’assurance, il faut aller faire un tour chez nos amis anglais qui sont allé assez loin sur le sujet. On y découvre de savoureux paradoxes auxquels mène le légendaire pragmatisme britannique.
Par exemple, les assureurs d’Outre-manche proposent des tarifs très avantageux aux gros fumeurs pour leurs complémentaires retraites. Normal, comme leur espérance de vie est nettement plus faible que la moyenne, pas besoin de les faire payer pour des années de retraite qu’ils n’auront pas.
La logique de l’assurance privée peut donc conduire à encourager les comportements à risque. Ce qui est quand même une drôle de manière de régler le déficit de la Sécurité Sociale… Voilà qui rappelle le fameux rapport de Philip Morris qui avait fait scandale en 2001, en déclarant que le tabagisme était bon pour l'économie tchèque grâce aux économies réalisées en frais médicaux du fait d'une mortalité précoce.
19:12 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, assurance
02.06.2006
L’obésité de l’Etat ?
Néanmoins, quand on creuse, on se rend compte que l’intégralité de cette hausse est due au financement de la protection sociale. La part de l’Etat dans le PIB, hors social, n’a que très peu bougé en trois décennies. Etonnant.
La montée du chômage est loin d’être la seule raison de ce gonflement des dépenses sociales. La responsabilité de la branche maladie est bien plus importante. Ce n’est pas étonnant quand on constate que les dépenses maladies augmentent de plus de 6% par an, alors que la croissance économique n’est qu'en moyenne de 2%.
Voilà qui remet en perspective le serpent de mer sur les prélèvements obligatoires et la supposée gabegie croissante de l'Etat français. Si les prélèvements ont autant augmenté, c’est avant tout parce que la santé des Français coute de plus en plus cher. Et en passant, ce n’est pas le papy-boom qui va arranger les choses.
Cela veut dire qu’à long terme, la seule manière d’alléger efficacement le coût du travail (qui passe pour une des voies les plus prometteuses de lutte contre le chômage), passe avant tout par une maitrise de nos dépenses de santé.
Qui est prêt à faire un effort ?!
09:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : chômage, PIB, papy-boom, santé

