29.09.2007
Sur l’origine de la prétendue supériorité européenne
Suite aux commentaires sur ma note sur les innovations au Moyen-âge, je me suis plongé dans De l’inégalité entre les sociétés de Jared Diamond. Ce livre est une rafraichissante et radicale déconstruction de la supériorité de l’homme blanc. Pourquoi au XVIème siècle les Européens ont-ils balayé avec une telle facilité les grandes civilisations du Nouveau Monde (Aztèques, Incas, Mayas, Indiens) ? Les explications traditionnelles, qu’elles soient culturelles ou religieuses (voir pire, bêtement racistes) ratent l’essentiel : l’analyse des conditions initiales.
Si les trois civilisations les plus avancées du monde (par ordre chronologique Croissant Fertile, Chine et Europe) sont toutes apparues en Eurasie, ce n’est pas un hasard. Au-delà de leurs mérites propres, ces peuples ont surtout eu l’immense chance de bénéficier de facteurs géographiques très avantageux.
Tout d’abord, ils ont eu accès aux plantes les plus productives (blé, orge et riz en particulier) du monde. Cela a permit de développer une agriculture efficace, qui est le fondement du développement de toute société humaine complexe. Ensuite, ils ont eu la chance d’avoir (par hasard) sur leurs territoires le quasi monopole de tous les grands mammifères domesticables (moutons, vaches, cochons, chevaux, chèvres). Or ces mammifères ont eu un rôle déterminant dans leur développement économique.
Par ailleurs, ces milliers d’années de promiscuité avec des animaux domestiques ont aussi permit aux Eurasiens de développer une forte résistance à bon nombre de germes infectieux. A contrario, les Amérindiens y ont été exposé d’un coup à l’arrivée des envahisseurs. Cela explique pourquoi, ils ont été décimés au moins autant par le tétanos, le choléra et la variole que par les épées en acier des conquistadors.
Enfin, l’axe est-ouest du continent Eurasie a rendu relativement aisée la transmission des innovations entre les régions de même latitude. De fait, les plantes et les animaux domestiqués dans une zone géographique circonscrite ont fini par se diffuser sur tout le continent.
A l’opposé, l’axe nord-sud du continent américain impose aux innovations de traverser des climats très différents pour se diffuser. Voilà par exemple pourquoi le Lama des Andes (seul gros mammifère domesticable des Amériques !) n’a jamais été importé en Amérique du Nord. Il lui était impossible de traverser les forêts tropicales d’Amérique Centrale (l’Afrique a souffert d’un problème similaire avec au nord la barrière du Sahara et plus au sud celle de la forêt équatoriale).
Bref, tout ça pour dire qu’au moment du choc de l’arrivée de Christophe Colomb, les dés étaient pipés d’avance. Les Européens avaient eu la chance de naitre sur le bon continent. Dans un environnement beaucoup plus favorable, ils avaient pu acquérir une avance irrésistible qui leur permit de très vite dominer (et massacrer joyeusement) leurs alter egos du Nouveau Monde.
On peut tenter une petite analogie avec l’Internet. Pourquoi les Google, Yahoo et MSN sont tous américains (et non européens par exemple) ? C’est qu’indépendamment des mérites propres de leurs managers, les Etats-Unis bénéficient d’avantages structurels. En particulier, la taille et l’homogénéité du marché américain permet des effets de levier décuplés par rapport à l’Europe. Mais bon, ce n’est pas pour ça qu’on ne va pas se battre pour que les startups européennes deviennent les meilleures du monde ! ;-)
18:15 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : civilisations, développement, agriculture, Histoire, startups
16.02.2007
Les petits esprits de la décroissance
Etant un utilisateur régulier du TGV, je parcours parfois d’un coin de l’œil la feuille de choux mise gracieusement à la disposition des voyageurs dans les wagons. Pour ne pas apparaitre comme une simple plaquette publicitaire suintant l’eau tiède, la SNCF fait un louable effort pour y inclure des débats de société en interrogeant des personnalités de tout bord.
Parfois, cela génère quelques mémorables embardées. Le mois dernier, à l’occasion d’un dossier sur le très à la mode développement durable, la SNCF a cru bon de donner la parole aux chantres de la décroissance. On croyait ces malthusiens à courte vue enterrés depuis la fin des années 70, mais force est de reconnaitre que la médiatisation croissante de l’écologie les a remis en selle de manière inespérée.
Les ressources de notre planète vont inexorablement s’épuiser un jour. Là-dessus, à peu près tout le monde est d’accord. Même si la date du « un jour » est encore très controversée par les experts dans des échelles de plusieurs centaines d’années.
Avec la montée en puissance des Chinois et des Indiens, le phénomène risque néanmoins de s’accélérer. On en voit déjà les prémisses dans les tensions sur les prix des matières premières, et du pétrole en particulier.
Et que nous disent les défenseurs de la théorie de la décroissance ? Ces économistes aux petits pieds nous expliquent qu’on ne peut plus continuer ainsi, qu’il faut que nous restreignons volontairement notre consommation, bref que le monde devrait tourner au ralenti pour économiser autant que possible ses ressources naturelles déclinantes.
Cela parait d’une implacable logique. C’est pourtant complètement idiot.
Tout d’abord, cette vision n’a aucune chance de recueillir l’adhésion populaire au-delà d’une fine couche de bobos exaltés. A long terme, personne n’a envie de retourner vivre dans des cavernes, et à court terme, même dans les pays riches, le chômage et la précarité ambiante rend inaudible les discours prônant l’appauvrissement volontaire.
On pourrait au moins se dire que même si ce combat est perdu d’avance, il est beau car il clame haut et forte la triste vérité. Même pas ! Cette théorie de la décroissance relève d’une vision complètement dépassée du monde. Le nez sur leur rétroviseur, leurs apôtres extrapolent un futur plein de pompes hydrauliques, d’usines d’aluminium, et de tondeuses à gazon. Mais ça, c’était la croissance du… XXème siècle.
La création de richesse au XXIème siècle sera radicalement différente. Elle se fera à l’écrasante majorité sur l’économie de la connaissance (médicaments & logiciels). Or ces secteurs sont beaucoup moins voraces en énergie et en ressources naturelles. La matière grise est de loin la plus écologique ! ;-)
Et puis, en termes de bilan carbone (pour parler à la mode), je suis un bien meilleur éco-citoyen en passant mes nuits à surfer sur Internet (à lire des jolis blogs grâce à l’AutoRoll ;-)) qu’en allant faire un week-end de golf à Dubaï.
Bref, au lieu de professer une utopique décroissance économique dont personne ne veut, mieux vaut faire en sorte que la croissance se fasse sur des segments à haut concentré de matière grise. Outre les formidables perspectives de création de richesse, cela nous donnera de bien meilleures marges de manœuvre pour gérer la possible future pénurie de ressources naturelles.
Au final, si on veut soutenir vraiment le développement durable, il est temps de décréter la mobilisation générale en faveur des startups Internet, environnementales et biotech ! L’avenir, c’est elles. Bon, je prêche un peu pour ma crémerie, mais c’est de bonne guerre, non ? ;-)
19:45 Publié dans Développement durable, Economie, Startups | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : Développement, startups, Chine, croissance économique
15.10.2006
Les startups et la magie du chiffre 150
- les Connecteurs (ceux qui ont un carnet d’adresse épais comme le bottin),
- les Experts (ceux qui savent tout sur tout),
- les Prosélytes (ceux qui veulent convaincre tout le monde de faire comme eux)
Si vous savez toucher comme il faut ces trois groupes clés, vous serez le roi du marketing viral ! Facile, non ?! ;-)
Au final, on reste un peu sur sa faim car Malcolm Gladwell n’explique pas vraiment dans son livre pourquoi la mayonnaise prend dans un cas plutôt qu’un autre. De fait, ses fameuses recettes secrètes ne sont pas très exploitables.En fait, ce livre a été écrit en 2000, mais il faut déjà office de relique. En six ans, on nous a tellement rabâchés la tête sur les miracles du marketing viral que le sujet est devenu pour le moins galvaudé
Le seul truc qui reste un peu rigolo, c’est la théorie de Gladwell sur le fameux chiffre 150. Des chercheurs en science cognitive ont montré qu’une personne n’est pas capable d’avoir des relations occasionnelles avec plus de 150 personnes en même temps. Cela représente son cercle social ultime.
Cette idée permet d’en extrapoler une intéressante loi des groupes humains. Jusqu’à 150 personnes, un groupe peut espérer conserver une homogénéité et une cohésion importante. Au-delà de cette barrière invisible, le groupe perd son unité, car les individus qui le composent ne sont plus capable d’interagir personnellement les uns avec les autres. Cela entraine des phénomènes spontanés de scission pour retrouver une taille compatible avec des interactions interpersonnelles pour chacun. Gladwell donne pleins d’exemples concrets sur ce seuil magique qui rendent sa théorie plutôt séduisante.
Voilà une piste intéressante pour les entreprises. Le vrai seuil à redouter pour une startup ne serait donc pas le cap des 50 ou 250 salariés (qui en France sont des seuils aussi importants qu’arbitraires au regard du code du travail) mais 150. Au-delà de ce seuil, il faut revoir l’organisation et la manière de travailler, sous peine d’une forte chute d’efficacité.
11:31 Publié dans Startups | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marketing viral, organisation, startups

