08.11.2007
Les logiciels de bureautique vont-ils basculer on-line ?
Google est connu pour lancer des ballons d’essai pour occuper le terrain. Ainsi l’an dernier, il a défrayé la chronique avec Writely censé être un concurrent en ligne de Word. De quoi donner quelques sueurs froides à Microsoft, même si la bataille est loin d’être gagnée (certains disent que Google n’y croit pas lui-même et a fait cela seulement pour distraire Microsoft. Dans le même genre, il vient d'annoncer le lancement d'Android, dont la seule finalité semble d'être un "Windows mobile killer").
Néanmoins est-il vraiment crédible de remplacer des applications bureautiques du PC par des logiciels distants accessibles par Internet ? L’idée est assez séduisante. Plus besoin d’acheter le logiciel, on peut l’utiliser à la demande, avec à la clé un service a priori moins cher et plus efficace.
Cela suppose évidemment un accès haut débit, mais c’est devenu la norme pour beaucoup d’internautes (la mort du bas débit est pour bientôt). Néanmoins, il faut aussi tenir compte d’une autre grande tendance lourde : la généralisation des PC portables qui sont en tête des ventes auprès du grand public. D’ici cinq ans, la bonne vieille tour de bureau aura disparue des linéaires, comme sont en train de disparaitre les téléviseurs à tubes.
Qui dit PC portable, dit exigence de mobilité. Le wifi permet d’assurer cette mobilité chez soi, au bureau et dans les fameux hots spots wifi. Pour nos logiciels bureautiques déportés, le basculement du tout en ligne suppose donc une généralisation des points d’accès wifi faciles à usage public. Ce n’est pas pour demain, du fait du modèle réglementaire en place et des contraintes techniques dans les transports (trains et avions en particulier) qui ne semblent pas encore vraiment résolues.
Il existe pourtant des havres où c’est déjà le cas. San Francisco est un bon laboratoire où l’on peut se connecter gratuitement en wifi de presque partout. Si la mairie de Paris résiste aux pressions des opérateurs, on peut espérer que la capitale française suivre le même chemin. Dans ces environnements toujours connectés, on pourrait imaginer que certains soient tentés de basculer dans le tout en ligne, en jetant à la poubelle leur bon vieil CD Rom Office.
Néanmoins, l’analogie avec le lancement du mobile est instructive. Le lancement initial de Bouygues Telecom s’est fait sur la promesse : vous payez moins cher, mais vous n’avez qu’une couverture limitée à l’Ile-de-France. Ce fut un semi échec, car quand il s’agit de mobilité, les gens achètent avant tout une couverture géographique la plus étendue possible, même si dans les faits, ils s’en servent assez peu. Bouygues a compris la leçon et a été contraint d’accélérer ses efforts pour atteindre au plus vite une couverture nationale. Cette erreur marketing de départ l’a d’ailleurs durablement handicapé dans sa conquête de parts de marché.
On peut donc raisonnablement penser qu’il en sera de même avec le wifi. Les gens ont beau utiliser leur PC portable avec leurs connexions wifi habituelles. Ils voudront quand même garder une solution bureautique offline au cas où.
09:15 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : wifi, google, office, Bouygues Telecom, bureautique, android
11.05.2007
Et si le Wifi s’inspirait un peu du mobile ?
Il est de bon ton de se plaindre des abus de position dominante du cartel des opérateurs mobiles qui imposent des tarifs trop élevés. J’ai moi-même pu alimenter ces critiques, tout en soulignant la relative fragilité à moyen terme de leur modèle.
Les défenseurs du sacro-saint marché expliquent cette situation par un manque notable de concurrence. Il suffirait d’ouvrir la porte à la pléthore d’opérateurs virtuels qui trépignent et tout ira pour le mieux. Certes, l’aiguillon concurrentiel peut faire bouger les choses, certains pays l'ont montré, mais cela ne suffit pas.
En fait, pour ce type d’activité où les effets réseaux sont cruciaux, c’est d’avantage du côté du régulateur que se trouvent les vraies solutions. En imposant des normes de qualité, de couverture et surtout de tarifs. D’ailleurs au terme d’une bataille mémorable contre le lobby des télécoms, la commission européenne est en passe d’imposer un capping sur les tarifs pratiqués sur le roaming européen, véritable Eldorado des opérateurs qui maintiennent tacitement sur cette niche juteuse des tarifs exorbitants.
Pourtant si j’habite Paris, rien ne justifie que je paye plus cher mes communications quand je suis en déplacement à Bruxelles qu’à Toulouse. La seule raison est historique : les concessions mobiles ont été octroyées à l’échelle des frontières nationales.
Imaginez un instant que ces concessions aient été accordées non par pays, mais au niveau local, disons par quartier. On aurait assisté à une prolifération incroyable de micro-opérateurs. Tous les 500 mètres, il aurait fallu changer d’opérateur. Cela se serait accompagné bien sûr de couts de roaming très élevés. En sortant de sa petite zone local, on se serait exposé aux mésaventures que connaissent tous les European-trotters (sans parler des Globe-trotters), à savoir dépenser en deux heures, ce qu’il en coute habituellement en un mois.
Cela vous parait une situation absurde, inimaginable ? C’est pourtant ce qui se passe actuellement pour le Wifi. J’en ai fait encore l’expérience hier. Déplacement professionnel au fin fond de l’Espagne : deux aéroports, deux gares de train, un hotel, tous équipés en Wifi, mais avec des opérateurs locaux non compatibles entre eux. Bref, on est chaque fois sous la coupe d'un petit baron local. Selon son caprice, cela va de la (trop rare) gratuité jusqu’à plus de 10 euros de l’heure (le cas le plus courant), soit quasiment le prix d’un abonnement mensuel ADSL de base.
Les fameuses forces du marché devraient finir par mettre fin à ces aberrations, mais cela risque de prendre encore beaucoup de temps avant qu’une consolidation cohérente voit le jour. On en viendrait presque à regretter qu’on n’ait pas attribué des licences Wifi globales avec obligation de couverture.
21:44 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : mobile, wifi, roaming, ADSL, télecom
27.01.2007
Opérateurs mobiles : bientôt la fin de l’âge d’or ?
Orange, SFR et Bouygues Telecom ont décidé de se pourvoir en cassation après s’être vu infligés une amende record de 534 millions d'euros pour cartel illicite. La cour d’appel (qui a confirmé le jugement en première instance) a en effet estimé que la rentabilité record des trois opérateurs mobiles tricolores provenait notamment d’une entente sur les prix dans un marché sans véritable concurrence.
Il est vrai que cet oligopole à trois têtes semble assis sur une mine d’or inépuisable. Leurs tarifs à la minute restent parmi les plus élevés d’Europe et leurs parts de marché respectives ont semblé trop stables aux juges pour ne pas être suspectes. Et comme pour le citoyen lambda, il est devenu socialement impensable de se passer de mobile, il s’est diffusé un sentiment de racket obligatoire, largement relayé par les associations de consommateurs, UFC-Que Choisir en tête à l'origine de la plainte en justice.
Alors les « fat cats » vont-ils continuer indéfiniment à être ces impressionnantes machines à cash dont la rentabilité à de quoi rendre jaloux même les plus prospères des majors pétrolières ?
En fait, rien n’est moins sûr.
J’en fais tous les jours personnellement l’expérience, en ayant investi dans… un téléphone mobile compatible Wifi (le Nokia E61 précisément). Et alors, me direz-vous en quoi est-ce une menace pour les opérateurs mobiles ? Et bien, en connectant par Internet mon téléphone Wifi avec ma FreeBox, je téléphone gratuitement dans 50 pays ! Cela ne marche pas seulement si je suis à côté de ma FreeBox. Cela marche n’importe où dans le monde, pourvu que je sois à portée d’une borne Wifi. Et une fois relié à l’Internet via le Wifi, n’importe qui peut aussi désormais m’appeler sur mon portable en composant le numéro fixe de ma FreeBox qui va me relayer gratuitement l’appel par le réseau Internet comme si on m’appelait directement sur mon mobile. Et voilà ma facture mobile, en particulier internationale, qui fond comme neige au soleil.
Il est sûr que téléphoner par Internet via son téléphone mobile nécessite encore un petit paramétrage technique qui n’est pas complètement trivial (merci Florent !). Mais il est inévitable que d’ici un an ou deux, ce sera préprogrammé en dur dans tous les téléphones Wifi du marché, donc accessible au grand public.
Dans cette dynamique, la pérennité du modèle économique des opérateurs mobiles est beaucoup moins claire. On comprend mieux ici pourquoi Wanadoo a disparu l’année dernière au profit d’Orange Broadband. Une stratégie intégrée Internet & mobile sera bientôt indispensable pour continuer à exister dans un monde où les communications téléphoniques quelles soient fixes ou mobiles ne pourront plus être facturée au temps passé.
En parallèle, les enjeux stratégiques des fournisseurs d’accès Internet vont changer radicalement dans le futur. Aujourd’hui les consommateurs choisissent leur ADSL en fonction du prix et de la bande passante. Demain ils choisiront selon… sa couverture géographique ! Et les modèles de communautaire de mutualisation des points d’accès (de type Fon) vont faire parti de la panoplie de base de tous les fournisseurs d’accès.
En milieu urbain, il est ainsi inéluctable que la couverture Wifi soit meilleure que la couverture GSM. Chaque foyer connecté à l’ADSL en Wifi deviendra une borne relais que les autres abonnés nomades pourront utiliser pour leurs communications vocales. Les derniers sanctuaires du GSM seront les zones rurales et les déplacements en voiture et en train où le Wifi n’est pas efficace (encore qu'avec le WiMax, les choses pourraient changer) .
En passant, la téléphonie mobile par Wifi devrait aussi donner un second souffle à la couverture Wifi des centres commerciaux. C’est une chose d’aller chez Mc Donald pour surfer sur Internet, cela en est tout autre si la couverture Wifi de Mc Do permet à ses clients de téléphoner gratuitement !
On voit ainsi que les méga procès pour abus de position dominante contre les opérateurs mobiles pourraient bientôt devenir complètement hors de propos, tant les modèles économiques devront de toute façon bouger dans les années à venir.
11:45 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Mobile, Wifi, FreeBox, Mc Donald, Fon, GSM, ADSL
30.05.2006
La voiture ou le train ? Seconde partie
Qu’il semble loin le temps où le GPS était considéré comme une application avant tout militaire. Après avoir envahi la navigation de plaisance, le GPS est maintenant intégré de manière massive dans des terminaux multimédias pour voitures. Ces systèmes sont proposés non seulement de manière systématique sur les véhicules haut de gamme, mais sont en passe de devenir une option banale sur tous les véhicules neufs. Sans parler de l’explosion du marché des appareils stand-alone type TomTom qui se fixent à n’importe quel tableau de bord.
En parallèle de cette prolifération de terminaux multimédia embarqués, se lancent des sociétés comme Navx (fondée par deux de mes anciens associés de Kiwee !) qui ont pour légitime ambition de rajouter tout plein de services innovants à ces terminaux : réservation de places de parkings, détection des radars, optimisation de l’itinéraire en fonction du trafic, classement des stations services lié au prix de l’essence…
La démocratisation des services liés à l’Internet embarqué ne peut que renforcer l’attractivité de la voiture comme moyen de transport. De fait, pour lutter contre le tout voiture, il est urgent en parallèle d’équiper en connections multimédia les transports collectifs. Sinon l’avantage de la voiture deviendra encore plus grand.
Alors , à quand le Wifi dans les trains et le métro ?!
En ces temps où Internet prend un poids grandissant dans la vie des gens, il y a peu d’investissements qui rivaliseraient en efficacité pour renforcer l’attractivité des transports collectifs.
19:20 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : tomtom, navx, kiwee, voiture, wifi, train, GPS

