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30.11.2005

La compétitivité dans le discours politique

Qui n'a pas entendu nos chers hommes politiques se lancer dans la fameuse rhétorique sur la compétitivité ? Une certaine droite use et abuse de ce discours martial. Une partie de la gauche s’est aussi laissée gagner par cette étoile montante. Si la France va mal, c’est qu’elle n’est pas assez compétitive. Traduisez : elle n’attire pas assez les investissements étrangers sur notre territoire. Variante : nos exportations sont trop faibles par rapport aux autres pays. A part servir de cache-sexe pour faire avaler des baisses d’impôts ciblées, ce discours sur la compétitivité de la France est vide de sens. Parler de la compétitivité d’un pays témoigne d’une confusion totale sur ce qui fait la richesse d’une nation. Si une économie est riche, c’est avant tout dû à la bonne productivité de ses actifs. Mais la compétitivité est glamour. Elle a une image guerrière à même d’exciter l’imagination. Elle sent la poudre. Elle peut se draper dans la gloire du champ de bataille économique. Alors que parler productivité suscite l’ennui, voire le dégoût. On pense efforts, graisse, usine à boulons. Beaucoup moins sexy. C’est dommage, car la confusion des concepts conduit à professer les pires âneries. Selon la définition générale, la compétitivité est « la capacité à accroître ses parts de marchés aussi bien sur le plan national que sur le plan étranger » ou encore « la capacité à faire face à la concurrence tant sur les marchés externes que sur les marchés internes. »
Soit. Ces définitions s’appliquent très bien aux entreprises. Deux entreprises se battent pour des parts de marché au détriment l’une de l’autre. Une entreprise non compétitive se fera tailler des croupières par ses concurrents. Elle perdra des marchés et si elle ne réagit pas, elle disparaîtra. Jusque-là, tout est clair.
La tentation est forte d’extrapoler cette notion aux pays. L’image des nations en concurrence est intuitive. L’ennui est qu’elle est très loin de la réalité. Paul Krugman a été le premier à pointer que le roi était nu. A l’échelle des pays, la compétitivité est un mot creux.
L’idée de Krugman est que deux pays commercent ensemble et non l’un contre l’autre comme c’est le cas de deux concurrents. Même s’il y a un déséquilibre de l’échange, la France et l’Allemagne commercent pour leurs intérêts mutuels. Ce qui compte, c’est l’efficacité intrinsèque de chaque économie. Donc les niveaux de productivité respectifs qui assurent la richesse des citoyens de chaque pays.
Si les parts de marché à l’exportation étaient la clé du succès, l’Allemagne qui est la championne des excédents commerciaux serait dans une situation idyllique. On voit bien que ce n’est pas le cas. De même, il est certain que l’employé chinois est plus compétitif en salaire que son collègue français. Normal, il est payé 20 fois moins cher. Mais il est beaucoup moins productif. Encore une fois, ce qui compte dans la richesse (donc le bien-être), c’est la productivité.
Enfin, le discours sur la compétitivité pousse à se focaliser sur les échanges extérieurs : attirer les capitaux étrangers, doper nos exportations. Or, ce n’est qu’une faible partie de l’économie (moins de 10 % pour la zone euro). Cette obsession est très réductrice. De plus, la moitié du commerce international concerne des biens intermédiaires et le tiers des échanges intra-entreprises. Cela rend les chiffres de la balance commerciale illisibles.
Même avec ce prisme, les discours alarmistes sur la perte de compétitivité de la France sont pour le moins exagérés. D’après la CNUCED, avec 36,4 milliards de dollars, la France se placerait au 5e rang mondial en 2003 pour les investissements directs de l’étranger. Pas si mal. D’autant que parmi les 4 premiers, on trouve le Luxembourg et l’Irlande pour lesquels ces investissements sont avant tout dans des holdings. Donc en grande partie réinvestis tout de suite à l'étranger, et par conséquent peu créateurs d'activité et d'emploi.
Le pire c’est qu’il n’existe aucun calcul précis de cette fameuse compétitivité. La notion est si vague qu’elle est devenue un fourre-tout pour économistes créatifs. Chacun y va de sa petite cuisine statistique pour construire son indicateur personnel. Par exemple, la société KPMG a fait une étude en basant la compétitivité sur le niveau des coûts d’un pays pour les entreprises. A l’arrivée, la France se situait devant les Etats-Unis, le Japon et l’Allemagne ! On a atteint le sommet de l’incantation vide de sens aux Conseils européens de Lisbonne et de Göteborg. La définition officielle de la compétitivité s’est élargie pour devenir « la capacité à améliorer durablement le niveau de vie de ses habitants et à leur procurer un haut niveau d’emploi et de cohésion sociale. » Très noble objectif. Cela promet de sacrées empoignades d’experts pour savoir ce qu’on met derrière cette belle profession de foi. Avec une pareille définition, tout le monde ne peut qu’être d’accord. Allez ! Il faut améliorer notre compétitivité. On se fait plaisir. Mais on n’a pas progressé d’un iota sur quoi faire. 

15:37 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Politique

La Chine va-t-elle provoquer une crise pétrolière durable ?

Plus de 70% de la consommation énergétique de la Chine est du charbon. Néanmoins, sous l’effet de la croissance économique, le pétrole monte rapidement en puissance. Il représente déjà 20% de la consommation chinoise. La conséquence est que la Chine est passée en quelques années d’une situation d’exportateur de pétrole à celui d’importateur net (depuis 1993). La dépendance pétrolière de la Chine vis-à-vis de l’étranger est de plus en plus forte. D’ici 5 ans, les spécialistes estiment que plus de la moitiée de sa consommation sera importée et que cette proportion devrait monter à 85% en 2030.

Or la demande chinoise sur le marché mondial du pétrole suscite déjà des tensions sur les prix. Vu la tendance des prochaines années, il est assez intuitif de conclure à crise inévitable sur le sujet.

Le premier problème réside dans les réserves disponibles. Aujourd’hui l’offre semble à peine capable de répondre à la demande, ce qui a crée la flambée actuelle des cours. Néanmoins, il se peut tout à fait qu’on assite à un phénomène purement conjoncturel. Les tensions actuelles sur les prix proviennent en grande partie du sous investissement des 20 dernières années. Le haut niveau actuel du baril va permettre un nouveau cycle de recherches et d’investissements qui devrait porter ses fruits d’ici quelques années. D’autre part, la thèse sur l’épuisement des ressources, en vogue depuis plus de 50 ans, ne semble toujours pas confirmée. Outre de probables nouvelles découvertes en grande profondeur, la technologie actuelle ne permet d’exploiter que 25% du potentiel d’un gisement. Cela laisse une marge de progession considérable. Bref, il y a de fortes chances pour que le problème de l’épuisement des ressources pétrolières ne se pose pas avant au moins un demi siècle. Ce qui laisse quand même un certain répit pour trouver des solutions de substitution.

Le second problème, plus grave, est celui de la répartition géographique des ressources. Non seulement, les zones de production et de consommation ne sont pas les mêmes, mais surtout, la majeure partie des réserves mondiales (selon les estimations moyennes, plus des deux tiers) se situent dans une zone à forte instabilité politique, le Moyen-Orient.

De fait, la dépendance croissante à l’égard des importations pétrolières est ressentie par les décideurs chinois comme une vulnérabilité stratégique pouvant être exploitée en cas de conflit, et qu’il faut donc tenter de limiter. Pour répondre à ces défis, la Chine a lancée depuis quelques années une politique aggressive d’acquisitions de sociétés pétrolières étrangères et d’investissements à l’étranger (oléoducs transfrontaliers), cela afin de s’efforcer de contrôler des nouvelles sources d’approvisionnements.

Cette compétition pour l’accès aux ressources peut-elle dégénérer, et comme on nous le suggère menacer la paix ?

Paradoxalement, cette croissance de la dépendance pétrolière chinoise pourrait au contraire être un facteur de stabilité international. En effet, cette dépendance signifie un renforcement de l’intégration de la Chine au système international. Puisque la Chine partage, de manière croissante, les mêmes préoccupations que l’ensemble des pays importateurs de pétrole, y compris les Etats-Unis, elle a désormais également un intérêt vital à la sécurité et à la stabilité politique des régions productrices. Elle a aussi intérêt à limiter les risques de flambée des prix pétroliers ou pire, d’une rupture des approvisionnements.

De façon plus générale, il convient de tordre le coup au mythe de la compétion de l’accès aux ressources pétrolières. L’idée que certains Etats (aujourd’hui les Etats-Unis, demain la Chine) cherchent à contrôler l’accès aux ressources est une tarte à la crème des analyses de géopolitique de comptoir.

Le marché du pétrole (conme celui des autres matières premières) est totalement mondialisé. Des super tankers sillonent les océans avec une cargaison dont la destination peut changer plusieures fois en cours de route. Cela en fonction de l’offre et de la demande instantannée. Cela n’a donc pas de sens de chercher à interdire à tel ou tel pays un accès à une zone de production donnée. Cette mesure ne ferait que réorienter la demande en provenance d’autres zones de production. Pas possible non plus pour un prédateur de chercher à limiter l’offre de pétrole pour les autres pays. Cela aurait pour conséquence de faire monter le prix du baril, ce qui serait contre productif pour celui qui a déclencher la perturbation. On voit d’ailleurs les désastreuses conséquences actuelles de l’intervention américaine en Irak sur le cours du pétrole.

Seul un blocus naval étanche de toutes les zones de production mondiales pourrait vraiment déstabiliser le marché. Mais cela nécessite des moyens militaires que même les Etats-Unis sont loin d’être en mesure de réaliser (il y a quà voir comment ils pietinent à contrôler le seul pétrole Irakien), a fortiori la Chine.

A long terme, la seule manière raisonnable pour un pays de limiter sa dépendance énergétique, est de limiter sa consommation en s’orientant vers de nouveaux modes de production moins gourmands. Tout en menant une politique internationale modérée qui concourt à la stabilité des régimes des pays producteurs.

En bref, il est peu probable que dans les prochaines années la compétiton aux ressource en matières premières puisse dégénérer en conflits ouverts. Seul un scénario d’épuisement rapide des ressources (avant que des moyens de substitution puissent être trouvés) pourrait vraiment entrainer une crise aigue. Dans ce cas, on retombe sur l’auto-limitation de la consommation, seule parade vraiment efficace. Ironiquement, c’est le fait d’avoir un marché mondialisé (qu’on pourrait qualifier d’ultra libéral) qui garanti la stabilité du système d’approvisionnement en matières premières. Il rend tous les pays co-dépendants de ce marché unique, donc incités à ne pas le menacer.

12:40 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ECONOMIE

27.11.2005

La quatrième de couverture de mon livre

 

Vous avez dit progrès ? Pourquoi votre avocat ne peut plus se payer de baby-sitter

Comment la France peut-elle être à la fois de plus en plus riche, et gangrenée par le chômage ? Pourquoi ne semblons-nous plus capable de financer notre protection sociale ? Sommes-nous juste des nantis trop gâtés qui ruminent dans leur opulence ?

Dans un style limpide et accessible à tous, ce livre va vous faire découvrir le côté obscur du progrès. Le nouveau capitaliste est en train de changer en profondeur les règles du jeu. L’heure n’est plus à la langue de bois. Pour sortir de l’impasse actuelle, il est urgent de se focaliser sur les vrais enjeux.

Pour cela, il faudra bien un jour ou l’autre repenser nos mécanismes de redistribution. Et aussi inventer de nouveaux outils pour revitaliser la prise de risque, l’investissement et la consommation.

Jean-Baptiste Rudelle, 36 ans, est un « serial entrepreneur ». Il a créé en particulier Kiwee, la société qui a popularisé en France le téléchargement de sonneries sur téléphones mobiles. Confronté de manière concrète à la dérive inégalitaire dans le monde du travail, il a rassemblé dans ce livre son expérience. Il propose aussi un certain nombre de pistes prometteuses pour échapper au fatalisme ambiant.

Comment trouver le livre sur Internet :

Le site de l’éditeur

Sur  Fnac

Sur  Amazon.fr

Sur Alapage


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