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23.12.2005

Création d'entreprises : de la coupe aux lèvres

Selon un sondage IFOP, il y a 11,5 millions de Français qui souhaiteraient créer une entreprise. Cela fait 25 % des Français en âge de travailler. C’est colossal. Surtout, cela classe la France au second rang européen juste derrière les Britanniques qui sont à 28 %. Avec 19 % et 17 % d’intentions, les Italiens et les Allemands se classent loin derrière .
Mais il y a encore mieux. Si on se concentre sur les entrepreneurs potentiels qui ont l’intention de créer une entreprise dans les deux ans qui viennent, la France est championne d’Europe avec 36 % d’intentions. Vient ensuite l’Allemagne (33 %), la Grande-Bretagne (29 %) et enfin l’Italie (27 %).
Ce qui est savoureux, c’est de comparer ces intentions avec la réalité. D’un pays à l’autre, les situations sont pour le moins contrastées. En 2004, l’Allemagne a connu 678 440 créations pour 2,6 millions d’intentions, soit 26 % de transformation. L’Italie fait presque aussi bien avec 354 000 créations pour 1,4 millions d’intentions, soit 25 %. Arrive ensuite la Grande-Bretagne : 465 000 créations pour 2,2 millions d’intentions, soit 21 % de transformation.
La France est bon dernier. Avec 225 000 créations pures pour 2,4 millions d’intentions à deux ans, le taux de transformation est de 9,4 % ! Il y a donc très loin de la coupe aux lèvres. Les Français ont très envie de créer leur entreprise... tant qu'il ne faut pas passer à l'acte. ;-) 

11:41 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Entrepreneur

20.12.2005

Pollueur - payeur, on en est encore loin

Pollueur - payeur, voilà un principe qui encore nouveau et surtout très abstrait pour la majorité des gens. On en parle beaucoup à propos du réchauffement de la planète. Mais on est encore très loin de l'application de ce principe dans notre vie quotidienne. Hier matin, par exemple, je passais comme tout les jours devant un petit square. Soudain j'entend un bruit très désagréable de tondeuse à gazon. C'était en fait un type qui maniait une de ces nouvelles souffleuses portatives de feuilles mortes . Très pratique, cet engin, et surtout beaucoup moins fatigant que les bons vieux râteaux qui sont devenus aussi démodés que les scies à main. De fait, cela a certainement contribué à un bond spectaculaire de la productivité des jardiniers. C'est tout bénéfice pour l'entreprise de jardin, d'autant plus... qu'elle n'a pas a payer pour l'effet négatif induit : la pollution sonore de l'engin. Et en micro-économie, ce qui n'a pas de coût, n'a pas de valeur. Voilà un cas très concret où une amélioration de la productivité se traduit par une régression de confort pour l’utilisateur final. On pourrait multiplier les exemples similaires. On voit à quel point le principe du pollueur – payeur est vraiment moderne, voir révolutionnaire : il oblige d’enfin prendre en compte les effets négatifs du progrès. Cela implique un sacré changement des mentalités. A quand un marché des décibels, comme on a un marché des gaz à effet de serre ?!

10:32 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ECONOMIE

04.12.2005

David contre Goliath

La légende de David et Goliath a fait le tour du monde. Si elle frappe encore tant les esprits, c’est qu’elle illustre une situation a priori peu intuitive. Celle où le faible peut vaincre le fort.
La France s’enorgueillit de ses grandes entreprises. La culture des champions nationaux est omniprésente. Même si la politique industrielle a moins le vent en poupe qu’à une certaine époque, on cherche toujours à favoriser les grands groupes. C’est la sécurité.
Pourtant les histoires de David et Goliath abondent dans le monde de l’entreprise. Le géant américain AT&T n’en finit plus d’agoniser face aux coups de boutoir d’une myriade de petits concurrents agressifs. Sony, l’inventeur du mythique baladeur, s’est fait étriller par Apple sur la nouvelle génération de lecteurs mp3. Pourtant, à côté du géant nippon, celui-ci n’était qu’un nain qui de surcroît, n’avait aucune expérience de l’électronique grand public.
L’avenir n’appartient pas aux seuls grands groupes. Loin de là. Sur tous les marchés, il existe des PME dynamiques qui savent tirer leur épingle du jeu. Elles ont certes moins de puissance que les gros mastodontes. Mais elles exploitent d’autres avantages comme la réactivité, la vitesse d’exécution et la capacité à se focaliser sur une niche pertinente. Des avantages structurels clés dans le monde moderne qui bouge aussi vite.
Ce n’est pas un hasard si on estime que les principaux gisements d’emploi se trouvent dans les PME. Elles sont mille fois plus nombreuses que les grandes entreprises. Il suffit qu’une proportion, même modeste, de cet énorme vivier se mette à recruter pour faire baisser de manière massive le chômage. A contrario, les grands groupes sont en général en France en situation dominante. Donc, sur un régime de croissance au compte-gouttes. D’ailleurs, pour la majorité des sociétés du CAC 40, les recrutements sur de nouveaux postes se font avant tout à l’étranger. A ce propos, il est amusant de voir l’hystérie chauvine autour du développement international de nos champions. Mais pour équilibrer les comptes de la Sécurité Sociale, vaut mieux une entreprise française qui investit à l’étranger ou une entreprise étrangère qui investit en France ?

17:42 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Entrepreneur

Qu'est ce qu'une religion ?

Pour le Petit Robert, la religion est « un système de croyance et de pratiques propre à un groupe social ». Cette définition a le mérite d’être simple et oui, d’englober tous les systèmes religieux. Elle souffre néanmoins de sa simplicité : elle est trop large. Dans ce cadre, un club de foot qui réunit ses membres tous les dimanches pour taper la balle devient une religion. Idem d’ailleurs pour ceux qui se contentent de boire des bières en regardant le match. On voit bien que ce n’est pas conforme avec l’idée intuitive qu’on se fait d’une religion. Il manque quelque chose. Et quelque chose de fondamental.
L’idée intuitive qu’on se fait de la religion, est souvent associée à. un système de croyances destiné à expliquer des phénomènes mystérieux, surnaturels, qui défient notre raison. La religion serait donc cette tentative d’explication du mystère de l’univers. Et le clergé serait le traducteur de ces mystères. La religion commence là où la raison s’arrête. Pas besoin de se compliquer la tête.
En fait, si... car c’est une vision très restrictive de la religion. Elle n’a de sens que dans notre monde moderne pétri de rationalisme scientifique. Pendant des siècles, les croyances religieuses se sont imposées aux hommes de manière naturelle.  Les gens ne voyaient absolument aucun mystère dans les esprits qui les entouraient. Au contraire, c’était l’explication la plus évidente du monde. Encore aujourd’hui, pour tout personne qui n’a pas atteint une certaine culture intellectuelle, c’est pareil. Mettre en cause ses croyances religieuses est à peu près aussi absurde que mettre en cause le fait que demain il fera jour ou qu’une tomate lâchée en l’air va s’écraser au sol. Donc faire de la religion un moyen d’expliquer l’inexplicable n’est pas suffisant pour expliquer le phénomène. Il faut donc chercher autre chose.
Une autre idée pour définir une religion est liée à la notion de divinité. Les religions seraient des systèmes de croyances envers un esprit supérieur duquel dépendrait en partie notre destin. Déjà, on voit que si on limite la divinité à un Dieu à proprement parlé, on rate tout un tas de religions liées au culte des morts ou au culte de la nature. Un peu gênant, non ? Je ne vais quand même pas passer à la trappe les religions d’une grande partie de l’humanité passée et présente, sous prétexte qu’elles sont considérées avec mépris et condescendance par nos grands cultes monothéistes contemporains.
Pour satisfaire tout le monde, je parlerai donc de divinité au sens large en englobant tous les êtres spirituels.
Même là, on se heurte à des difficultés notoires. Le plus illustre contre-exemple de cette approche est le Bouddhisme. Les quatre propositions fondamentales qui forment le socle de la spiritualité bouddhiste excluent toute notion de divinité. Aie, pas facile… A moins d’exclure le Bouddhisme des grandes religions. Sans vouloir faire des ronds de jambe au Dalaï-Lama, c’est pas très satisfaisant.
Il faut encore chercher autre chose.
Un trait qui semble distinctif de toutes les religions est la division du monde en deux classes distinctes : ce qui est sacré et ce qui est profane. Toutes les systèmes de croyances religieuses séparent bien le sacré du profane. Et tous les rites religieux ont pas essence un caractère plus ou moins sacré. La religion concernerait donc tout ce qui a trait au sacré. C’est tangible, mais cela ne suffit pas. Sinon je risque de faire une définition digne des médecins de Molière qui expliquaient l’effet des somnifères par leurs vertus dormitives.
Donc, on en vient à vouloir caractériser le sacré. Pas facile… Pour faire simple, disons que le sacré est une classification du monde. Le monde se divise donc en choses sacrées et en choses profanes. De plus, cette division est mutuellement exclusive. Une chose est sacrée ou profane : elle ne peut être les deux à la fois. D’ailleurs, de tous les classifications forgées par l’homme, c’est sans doute la plus tranchée. C’est ce qui fait sa caractéristique si particulière. Par exemple, on voit tout de suite que cette frontière est beaucoup plus nette que celle – délicieusement fluctuante - entre le Bien et le Mal.
Pour deux mondes aussi différents (le sacré et le profane), la communication est par essence difficile. Elle nécessite des précautions particulières. D’où l’importance des rites qui expliquent comment interagir avec le sacré. Enfin, le sacré entraîne nécessairement certains interdits. En effet, à partir du moment où le sacré doit être isolé et protégé du profane, il faut des interdits. Pour éviter la profanation du sacré. Il faut aussi souvent des symboles qui sont la représentation visuelle de ce sacré. Donc, cela me donne comme définition de la religion : un système de croyances et de rites permettant d’interagir avec un domaine sacré, cette interaction étant liée avec un code d’interdits.
Il reste encore à distinguer la religion de la magie. La magie utilise tout l’attirail des rites, des esprits et  autres divinités. Et pourtant la magie a quelque chose de profondément anti-religieux. Le type avec son grand chapeau, sa barbe hérissée, ses formules cabalistiques matinées de bave de crapaud, c’est un soliste. La magie  se joue dans des alcôves secrètes. Le magicien, qu’il soit bon ou mauvais, est un être éminemment subversif. Il va contre l’ordre naturel, il défend des intérêts particuliers.
Par opposition, ce qui frappe avec la religion, c’est son caractère collectif. Même si elle peut être très hiérarchisée, toute religion possède par essence une solidarité entre ses membres. La religion est une démarche de groupe.
Bref, la religion serait ce mélange de rites et de croyances collectives qui permet d’interagir avec la partie sacrée du monde. Ouf !

17:35 Publié dans Social | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Vive l’inflation

... ou comment profiter du retour de la belle au bois dormant
L’Etat a passé récemment la barre symbolique des 1000 milliards d’euros de dettes. Le service de cette dette est déjà le premier poste budgétaire. Peu à peu, son poids devient de plus en plus intolérable. Que va-t-il arriver ? Cela parait simple : le gouvernement sera bientôt contraint soit d’augmenter massivement les impôts, soit de baisser violement les dépenses.
Pourtant, ce n’est pas ce qui va se passer.
Ni la droite ni la gauche gouvernementale n'ont pour programme une augmentation massive de la fiscalité.
Alors tailler sec dans les dépenses ? C’est encore plus difficile. La société française est frileuse et verrouillée par des corporatismes puissants. Diminuer les dépenses pour combler la dette, ce serait mettre du vinaigre sur les plaies bien réelles du corps social, au profit d’un hypothétique futur qui chante.
La droite avance comme mesure audacieuse de ne remplacer qu’un départ à la retraite sur deux. Outre que c’est notoirement insuffisant au vu des déficits en jeu, le gouvernement actuel est très loin d’appliquer cela. On ne peut pas non plus espérer de la gauche un sérieux tour de vis. Ce serait lui demander d’aller contre ses aspirations les plus profondes.
On ne va donc ni vraiment augmenter les impôts, ni sérieusement réduire les dépenses. Et pourtant, la dette ne peut pas enfler indéfiniment.
Heureusement, il existe une potion magique : l’inflation. Impalpable, sans étiquette politique ou idéologique, l’inflation est l’arme parfaite. Elle n’a contre elle aucun groupe de pression organisé. Historiquement d’ailleurs, elle a sauvé beaucoup de gouvernements aux prises avec une énorme dette.
Si l’inflation n’est pas déjà réapparue, c’est dû à un inouï  accident de l’Histoire: la mise en place de l’euro.  Au nom de la convergence, l’Europe s’est enfermée dans un carcan monétaire anti-inflation. Moyennant quoi d’ailleurs, la dette a explosée dans tous les pays de la zone euro. Aujourd’hui, ce pacte de stabilité prend l’eau. De plus en plus de pays, à commencer par la France et l’Allemagne ne le respectent pas, et de manière délibérée. Pour l’instant, cela concerne le déficit budgétaire. Mais le tabou est tombé. La prochaine étape sera l’inflation. La logique est inexorable.
Que se passera-t-il à ce moment ? Rien de grave. L’inflation est simplement un grand redistributeur de richesses. Les gens qui ont de l’argent s’appauvrissent et ceux qui sont endettés… s’enrichissent.   
La montée de l’inflation permettra aussi d’alléger la surévaluation de l’euro par rapport au dollar. L’inflation dans la zone euro devrait mécaniquement rééquilibrer les devises. En cadeau, un sacré coup de pouce à nos exportateurs. Avec la montée du débat sur les délocalisations, c’est loin d’être négligeable.
Quand le grand soir de l’inflation va arriver, mieux vaut être du bon côté de la lessiveuse. Malheurs aux rentiers, aux préteurs et aux retraités. La richesse subira un formidable mouvement de balancier vers les jeunes, les familles et les entrepreneurs. Bref, vers tous ceux qui s’endettent, soit pour consommer, soit pour investir. Pour aider les « forces vives » du pays, difficile de trouver mieux.
Pour s’endetter sans risque, on a encore rien trouvé de mieux que l’immobilier. Investir dans la pierre permet d’avoir facilement un patrimoine financier net négatif. Les heureux ménages des années 70 & 80 en savent quelque chose. Grâce à l’inflation, leur endettement pour acquérir leur résidence principale a été relativement indolore.
Par opposé, lors des périodes de contraction de l’inflation, l’immobilier souffre. Ce fut le cas dans les années 90 lors de la mise en place des critères de Maastricht.
En conclusion, il est toujours prudent d’aligner ses intérêts avec ceux de l’Etat. Pour un ménage rationnel, le surendettement de l’Etat pousse donc à acheter à crédit, et non comme le voudrait certaines théories économiques, à épargner.
Cela veut aussi dire que l’apparente surchauffe actuelle de l’immobilier n’en est pas une. Après avoir été soutenu par des taux exceptionnellement bas, le marché sera  demain soutenu par le grand retour de l’inflation. Bref, les ménages français peuvent tranquillement continuer à emprunter pour s’acheter leur maison… à condition de le faire à taux fixes !

11:00 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : ECONOMIE

Légaliser le téléchargement de musique en Peer to Peer ?

Premier constat : On ne peut ignorer le phénomène tant il est massif. Plus de 70% des jeunes ont déjà téléchargé de la musique par les systèmes Peer to Peer (P2P). Impossible de minimiser la chose.
Conséquence : les solutions consistant à criminaliser le phénomène sont non seulement moralement discutables, mais vouées à l'échec. On ne peut pas inculper des millions d'internautes. Comme pour le cannabis, la répression
n'est pas du tout efficace. Lorsque une pratique sociale est très répandue, l'effet dissuasif joue en effet de manière inverse, en particulier chez les jeunes.

Second constat : Les technologies de blocage du P2P ont toujours un train de retard. Par exemple, le développement du P2P par email est impossible à détecter, à moins de remettre en cause la notion de correspondance privée. Même problème avec le P2P sur les chaînes de web radio qui permet un
résultat similaire en toute légalité, car formellement cela consiste à écouter des radios. L'encryptage de plus en plus fréquent des fichiers rendra aussi la détectabilité et la tracabilité du P2P de plus en plus difficile. Le spoofing montre tous les jours ses limites. En fait, la seule technologie vraiment efficace consiste à faire de l'interposition dynamique entre les noeuds du réseau. L'ennui est que cela n'est applicable qu'à des nouveautés qui ne sont pas encore diffusées sur la toile. Pour le reste du catalogue, la densité est telle que les moyens à mettre en oeuvre pour bloquer le réseau seraient économiquement pas viables.

Conséquence : Il n'est pas non plus réaliste de vouloir enrayer le phénomène par des moyens techniques.
De fait, les gens qui espèrent venir à bout du phénomène par la criminalisation ou la technologie s'exposent à de graves déconvenues. Il faut donc accepter de vivre avec le P2P. De là, deux solutions sont
possibles :

I) La solution de compromis : instaurer une taxe qui devra rémunérer les ayants-droits, si possible, comme s'il s'agissait de la vente d'un CD single.
Avantages : on préserve le système existant de l'industrie du CD
Problèmes (liés en majorité à la difficulté de traçabilité des téléchargements) :
1) En taxant de manière uniforme, on pénalise ceux qui téléchargent peu ou pas du tout de musique
2) Difficulté pour choisir une clé de répartition de la manne qui satisfasse à tout les intervenants
3) Désaccord aussi sur comment et par qui doit être collectée cette taxe
4) De fait, cela renchérit l'utilisation d'Internet (donc frein à sa diffusion en particulier aux moins favorisés : renforcement de la fracture numérique)
A noter que c'est les points 2 & 3 qui sont les principaux blocages actuels des discussions entres les professionnels du secteur.

II) La solution radical : légaliser la situation actuelle, à savoir autoriser le téléchargement sans taxe.
Avantages : grande simplicité de mise en oeuvre, entérine une situation existante, légalise la pratique de millions d'individus
Inconvénient principal : manque à gagner des ayants-droits. Ce qui est censé entraîner : maisons de disque en faillite, artistes spoliés, et pire que tout, une création en chute libre (car plus d'incitation à créer).
Voyons ces arguments :
1) Sur le manque à gagner des ayants-droits : cela semble intuitif, mais en fait ce n'est pas si simple. De nombreuses études très sérieuses faites par des cabinets indépendants concluent que :
- la corrélation en P2P et baisse des ventes de CD n'est pas aussi claire qu'elle paraît à première vue. D'autres facteurs (qualité des nouveautés, marketing) semblent avoir des effets beaucoup plus importants
- pour les petits artistes en particulier, il semble y avoir au contraire une corrélation inverse : le P2P permet de leur donner une visibilité qui a une influence positive sur leurs ventes de CD. De fait, le manque à gagner concerne avant tout les artistes vedettes.
2) Sur les difficultés des maisons de disque : pendant 20 ans, les majors du disque ont bénéficiées d'une manne extraordinaire avec le CD qui a remplacé le vinyle. Ce succès repose sur des coûts de fabrication dérisoires par
rapport au prix de vente, ainsi qu'un verrouillage très efficace de la distribution.
Leurs difficultés actuelles reposent beaucoup plus sur de mauvais choix stratégiques que le P2P. Et tant bien même ce serait le cas, qui a envie de se battre pour préserver la rente d'un oligopole vieillissant hyper
concentré entre les mains d'une poignée d'intervenants ?
3) Sur la spoliation des artistes : on l'a vu, le manque à gagner concerne avant tout les artistes vedettes. En France, cela concerne moins de 20 artistes qui concentrent plus de 70% des ventes.
Pendant des siècles, la rémunération des artistes se faisait quasi uniquement sous forme de représentations. Grâce aux moyens modernes d'enregistrements, ce métier de compositeur - interprète s'est fortement
concentré. Il est devenu, en terme de revenus, un des plus inégalitaires qui existe. L'explosion récente des budgets marketing promotionnels n'a pas arrangé les choses. Désormais, le succès d'un artiste est lié non plus à son talent, mais de plus en plus aux moyens financiers de sa maison de disque.
Si le P2P permet de rééquilibrer un peu les choses en répartissant la notoriété (donc les ventes dérivées) sur un nombre plus important d'artistes, c'est plutôt une bonne chose.
4) Sur la baisse de la créativité : c'est la tarte à la crème. Il est pourtant difficile de soutenir que les années d'or des majors du disque en terme de profits (1980-2000) ont correspondu à un pic en terme de qualité de
la création musicale. En poussant plus loin, on peut remarquer qu'à une époque pas si lointaines, la notion de copyright musicaux n'existait pas. Cela n'empêchait pas d'avoir des créations de très grande qualité.
La très grande concentration de la production entre une poignée de majors a plutôt eu un effet d'atrophie sur la créativité. La musique a la particularité de nécessiter peu de moyens pour créer une grande qualité. La
concentration financière n'a aucune influence positive dessus, bien au contraire.

Remarque : ce raisonnement n'est pas transposable au cinéma. En effet, contrairement à la musique :
- la création cinématographique nécessite des moyens très importants. Il est donc crucial d'assurer une pérennité des circuits de financement.
- il existe une vraie " exception française " en terme de créativité et de volume de production qu'il convient de préserver.
De fait, pour le cinéma, la solution de la taxe globale sur les abonnements haut débit semble s'imposer. Même si on l'a vu, elle a certains défauts, c'est un moindre mal. A moyen terme, cette taxe pourrait d'ailleurs
remplacer le financement via Canal+, dont la pérennité dans son format actuel n'a rien d'assuré.

 

10:57 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique

02.12.2005

Elle a bon dos la complexité administrative

 

Faites un test. Abordez le sujet lors d’un dîner en ville. Vous avez toutes les chances d’entendre un convive se lancer dans une belle tirade sur la Grande-Bretagne. Notre voisin d’Outre-Manche serait le paradis de l’entrepreneur. Là bas, on peut créer son entreprise en deux jours. La fiscalité est très attractive. Et puis surtout, on peut être immatriculé là-bas tout en ayant son activité en France.
Ces arguments sont en partie fallacieux. Il est vrai que le poids des charges sociales employeur est de 12% outre-Manche, contre 45% en France. Mais du fait du coût de la vie et du faible chômage, ce que l'employeur britannique gagne en charges, il le perd en salaires.
Sur la fiscalité des personnes physiques, les célibataires sont moins imposés qu’en France, mais les couples mariés, avec ou sans enfants, beaucoup plus. Au final, l'impôt sur le revenu est plutôt supérieur de l’autre côté de la Manche. La fiscalité des sociétés est attractive en Angleterre, mais en France existe quand même un bon système d’exonérations les premières années.
Concernant la délocalisation fictive du siège social, cela relève du pur fantasme. Imaginer qu'on peut créer en Angleterre une coquille domiciliée chez un avocat, sans locaux, sans matériel, sans personnel, et avoir son activité dans l'Hexagone, c'est prendre le fisc pour des imbéciles. Et ça, ils n’aiment pas.
Par contre, il est vrai que les formalités anglaises sont très simples et peu coûteuses. On a beau avoir fait des progrès en France, on est encore loin de rivaliser. Les manque de création d’entreprise en France s’expliquerait donc par notre complexité administrative ? L’image d’une bureaucratie française bridant toute initiative, est très répandue.
Pour appuyer cette thèse, on peut citer une enquête menée par la Sofres en 1999 repris par un rapport du Sénat de 2001[1]. Il est important de préciser que cette enquête se base sur un panel de créateurs d'entreprises français expatriés à l'étranger. Ces derniers expliquent le déficit de créations d’entreprises en France par « un ensemble de facteurs parmi lesquels l'environnement administratif joue un rôle prépondérant ». C’est clair.
Mais il y a un biais important. On demande à quelqu’un qui a choisit de s’expatrier son avis sur la complexité administrative en France. Comment pourrait-on attendre autre chose que des critiques ? Quel que soit le sujet traité, tous les enquêtes sur les expatriés vont dans le même sens. La plupart daubent de manière féroce sur leur pays d’origine. Pollution, stress, chômage, complexité, ambiance déprimante. Normal, faut bien se justifier d‘être parti de France.De manière plus générale, mettre en avant la complexité administrative pour expliquer le déficit de créations d’entreprises est un peu court. Comment croire que plus de 90% des gens qui déclarent avoir une intention à deux ans, renoncent à cause de ça ? Tous ont été englués dans la courses aux tampons administratifs ? Allons bon ! Il suffit d’aller faire un tour à la chambre de commerce. Des gens le plus souvent gentils et serviables vous expliquent en détail tout ce qui faut faire. Se faire immatriculer est moins compliqué que de remplir sa déclaration d’impôts. Et ça, tout le monde y arrive. Même des gens qui maîtrisent à peine le français.

D’ailleurs dans ce domaine, la bureaucratie italienne est bien plus tatillonne que la notre. Par exemple, les statuts d’une nouvelle société doivent être établis devant notaire, alors que cela n’est pas du tout nécessaire en France. Cela n’empêche pas les Italiens de créer une fois et demi plus d’entreprises que les Français pour une population moindre. Elle a bon dos notre complexité administrative.

Le problème est ailleurs. Si les Français ne franchissent pas le pas, c’est un problème de mentalité. Les gens ont peur. Peur de perdre leurs économies. Peur de mettre en danger leurs proches. Peur de devoir travailler dur. Peur de prendre des responsabilités. Que des choses très légitimes, mais qui ont peu à voir avec la complexité administrative. Ce qui est dur, c’est le plongeon dans l’inconnu.

18:42 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Entrepreneur

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