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27.02.2006
Fracture marketing
La fameuse fracture sociale qui a été tellement galvaudée dans les médias, trouve un écho particulier dans le marketing de grande consommation. On assiste en effet à un effet de ciseau de plus en plus net entre le haut de gamme et le bas de gamme. D’un côté, les clients réclament des produits de moins en moins cher, c’est le triomphe du hard discount. De l’autre, le secteur du luxe a une santé insolente. Plus intéressant, ce constat se retrouve non seulement à l’échelle macro-économique, mais aussi de plus en plus à l’intérieur de chaque catégorie de produits. Pour les voitures, on voit d’un côté le succès inattendu de la Logan de Renault. De l’autre, on s’arrache les modèles Porsche à plus de 80.000 euros. Ce n’est pas un hasard si le constructeur bavarois affiche la meilleure rentabilité du secteur automobile. Plus anecdotique mais suivant le même mouvement général, le micromarché du billard subit le même phénomène. « Nous n'avons jamais autant vendu de billards haut de gamme entre 20.000 et 30.000 euros (la moyenne étant autour de 8.000 euros) avec des demandes de réalisation gainée en crocodile ou en autruche. A l'inverse, le marché en réclame à 3.000 euros », expliquait ce matin dans les Echos, le leader français du secteur. La première explication qui vient à l’esprit est cette fameuse fracture socio-économique. Dorénavant, le monde se divise entre une poignée de super riches et une masse de pauvres. Mais en regardant de plus près, ce n’est pas aussi simple. Car on constate qu’un même consommateur peut zapper du luxe au super discount selon le produit. On devrait plutôt parler de fracture symbolique. Soit l’objet en question est perçu comme purement utilitaire, et le consommateur veut le payer le moins cher possible (et cela quel que soit son niveau de vie), soit l’objet est au contraire un facteur de différenciation social, et alors il n’y a pas de limite à la montée en gamme.
A méditer quand on compose son mix produit. Mieux vaut bien choisir son camp entre le luxe et le discount. L’expérience montre que les compromis boiteux sont rarement plébiscités par les clients.19:20 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ECONOMIE
20.02.2006
Gadgets techno
La messagerie unifiée fait parti de ces serpents de mer technologiques qu’on vous rabâche depuis des années, au même titre que la reconnaissance vocale ou le livre électronique (une des plus belles fausse bonne idée des années 2000).
Ces produits ont la caractéristique particulière de susciter une excitation régulière des techniciens. Ce qui ne les empêchent pas de faire des bides répétés auprès du grand public. Le lobby technique parvient de temps à autre à susciter l’intérêt d’un journaliste qui fait un article dithyrambique sur la « révolution » en marche. On vous explique que si le grand public fait la fine bouche, c’est juste qu’il n’est pas encore assez mature sur la question. Ou que la technologie n’est pas encore tout à fait au point. Mais c’est juste une question de temps. Il ne vient à l’idée de personne que la technologie n’est peut-être pas si intéressante que cela pour l’immense majorité des gens. Ainsi la reconnaissance vocale utilisée maladroitement dans les serveurs vocaux interactifs, est tout sauf un progrès. Obliger les gens à ânonner des mots clés à une machine est une belle régression en terme de service client. Malgré les soi-disant progrès spectaculaires de la reconnaissance vocale, la navigation à touches a de beaux jours devant elle. De fait, on s’obstine souvent à continuer d’investir des sommes considérables dans ces technologies. Même si l’adoption par le grand public semble toujours plus lointaine.
A ce titre, Orange dont la maison mère a hérité des laboratoires du CNET, adore ce genre de gadgets. Orange est ainsi le seul opérateur français à proposer une véritable messagerie unifiée, service dont on parle depuis 10 ans, et sur lequel les services marketing se sont régulièrement cassé les dents. Mais la messagerie unifiée d'Orange a quand même une nouvelle fonctionnalité intéressante. On peut ainsi télécharger ses messages mobiles sur le site Internet d’Orange ou les recevoir en fichier joint par email et les écouter sur son casque. Quel intérêt alors qu’on peut les écouter sur son portable ? Ben pas grand chose, sauf pour ceux qui veulent pouvoir les transférer à une liste de destinataires. Pas fréquent comme usage, à part peut-être pour les organisateurs de techno party.
Par une belle ironie du sort, il s’est trouvé quand même par hasard deux vrais usages de ce nouveau service. C'est devenu très pratique quand on est à l’étranger pour contourner les énormes surtaxes de roaming imposées par Orange (comme les autres d’ailleurs). C’est aussi très pratique si on travaille dans des bureaux connectés à Internet, mais non couverts par le réseau mobile. Si, si, cela arrive encore pour ceux qui travaillent en sous-sol ou dans les tours de la Défense, par exemple au siège de… SFR !
19:11 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.02.2006
Paupérisation de l'exode urbain
La fracture économique se double ainsi d’une fracture géographique. Les riches se regroupent dans les zones de forte concentration économique. De fait, cela rejette les moins bien lotis dans les zones rurales. Depuis 5 ans, les trois quarts des ménages arrivés dans les campagnes ont des revenus sous la limite permettant d’entrer dans un logement HLM . Pour de belles cartes illustrées sur ce sujet, voir l’excellent Atlas des nouvelles fractures sociales, de Christophe Guilly et Christophe Noyé, éditions Autrement.
Dorénavant, ce qui est important ce n’est plus la concentration de la population, mais la concentration de la connaissance. De fait, les élites éjectent les autres populations du cœur économique.
Cela se traduit de manière très concrète. Par exemple, en France le revenu mensuel est en moyenne de 1430 euros pour les pôles urbains, contre 1150 euros pour les zones rurales. Cela se manifeste aussi par une flambée de l’immobilier. Les prix sont inversement proportionnels à la distance au centre. Cela met les pauvres face à un choix cornélien. Accepter de précariser leurs conditions de logement ou fuir vers la périphérie.
Le Paris populaire est en train de devenir un mythe de cartes postales. Le quartier de la Bastille qui dans les années 1950 comptait 85 % d’ouvriers et d’employés est maintenant un bastion de cadres supérieurs. De manière générale, aujourd’hui c’est plus de 80 % des cadres supérieurs qui habitent dans les grandes villes, contre seulement la moitié des ouvriers
15:37 Publié dans Social | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique
06.02.2006
TVA réduite sur le batiment
Bonne nouvelle pour l'Europe, la TVA réduite sur le batiment a été reconduite jusqu'en 2010, après d'ultimes négociations avec la Pologne (sans doute le lobby des plombiers qui bloquaient le deal !). Mais au fait, pourquoi le bâtiment a besoin de ce ballon d'oxygène ?
En 1948, il fallait 1100 heures à un ouvrier spécialisé pour se payer un lave-linge. En 1976, il lui fallait encore 141 heures de travail. En 2004, oh merveille, il ne lui en faut plus que 23 heures. Relativement au pouvoir d’achat d’un ouvrier, le prix d’un lave-linge a été divisé par 50 en 60 ans. La croissance de la productivité pour la fabrication des lave-linge a donc été beaucoup plus rapide que celle du pouvoir d’achat des consommateurs. Sans oublier que le lave-linge de 2004 n’est pas seulement moins cher que celui de 1948. Il est aussi beaucoup plus silencieux, performant et ergonomique. C’est irrésistible.Maintenant demandez à un artisan de venir repeindre votre appartement. Il arrive en sifflotant dans sa camionnette (après avoir reporté trois fois le rendez-vous). Il installe son poste de radio portatif. Lessivage, préparation, mise en peinture. On laisse sécher. Et hop, on recommence jusqu’aux finitions. En 50 ans, sa productivité n’a pas beaucoup progressé. Par contre, ses honoraires, oui.
Au final, aujourd’hui, cela vous coûtera cinq fois plus cher de faire repeindre votre appartement que de vous payer un beau lave-linge tout neuf. Comment s’étonner dès lors que le taux d’équipement en lave-linge soit de près de 80% aujourd’hui ? Les derniers foyers réticents le sont d’ailleurs plus par manque de place que pour la joie d’aller au lavomatic. De son côté, la fédération du bâtiment déplore la destruction de 400.000 emplois depuis 1978. Normal. Les particuliers y regardent à deux fois avant de commander des travaux de rénovation qui leur paraissent prohibitifs. La diminution de la TVA sur le bâtiment n’a donné qu’une bouffée d’oxygène provisoire à un secteur sous pression structurelle.
17:00 Publié dans Création d'entreprise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ECONOMIE
03.02.2006
Cauchemar chinois
La mondialisation est un sujet à la mode et la montée en puissance de la Chine suscite des inquiétudes légitimes. Depuis peu, même avec ses statistiques truquées vers le bas, on a fortement médiatisé le fait que la Chine est passée en 2005 devant la France en PIB. Pour un pays de plus d’un milliard d’habitant, ce n’est pourtant pas une performance si extraordinaire que de produire autant qu’un pays de 60 millions. Dans le même genre, on a beaucoup entendu parler du livre de Laurence Benhamou, le grand Bazar mondial : La folle aventure de ces produits apparemment bien de chez nous. Un livre spectaculaire, mais écrit un peu vite. Laurence Benhamou est allé interroger des acheteurs des grands groupes de distribution qui nous racontent comment ils sourcent de plus en plus en Chine. Quel scoop ! Cette succession d’anecdotes brouillonnes ne nous apprend rien qu’on ne savait déjà. Lorsqu’elle essaye de prendre du recul sur le phénomène, on a le droit à tous les poncifs les plus éculés sur la mondialisation. Si vous voulez en apprendre d’avantage sur cet abominable capitalisto-communisme chinois, mieux vaut se plonger dans La Chine sera-t-elle notre cauchemar ? : Les dégâts du libéral-communisme en Chine et dans le monde de Philippe Cohen et Luc Richard. Cette vraie enquête sur le terrain de plusieurs années est très fouillée et nous montre qu’il faut éviter l’angélisme admiratif devant la montée en puissance de l’ogre chinois.
16:30 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : ECONOMIE

