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28.06.2006

EDF et le développement durable

Joli coup marketing d’EDF avec sa nouvelle campagne sur les énergies renouvelables, qui met en avant l’île de Pâques. Il est vrai que le destin tragique de cette île est devenu un cas d’école de désastre écologique causé par la folie des Hommes.

 

En deux mots, l’histoire veut que pour flatter l’égo des chefs de clan, les habitants se soient lancés dans une course suicidaire pour ériger des statues colossales. Cela a entrainé des besoins en bois toujours plus importants pour transporter ces mastodontes. Au point de conduire à la déforestation totale de l’île. Les conséquences en ont été dramatiques : érosion accélérée des sols et impossibilité de pêcher, faut de matériaux pour construire les pirogues. D’où famines, révoltes, guerres civiles, cannibalisme, et au final effondrement total de la civilisation.

 

Ce qui frappe les esprits est que cet effondrement semble avoir été très rapide, et surtout survenu précisément au moment de l’apogée technologique de l’île. Les dernières statues sont en effet de loin les plus imposantes, atteignant 75 tonnes (contre 15 tonnes dans les premiers temps), ce qui impliquait des techniques de transport très sophistiquées.

 

Cette histoire est devenue une belle parabole prémonitoire de se qui pourrait nous arriver si on ne fait rien pour assurer un développement durable de la planète. EDF en profite donc pour nous vanter ses louables efforts envers les énergies renouvelables. Mais les arbres sont a priori une ressource renouvelable. Et pourtant, ils ont totalement disparu de l’île de Pâques.

 

Cela montre que le vrai problème est ailleurs. Il est dans la régulation de la compétition à l’accès à des ressources fragiles. Et la prise en compte des externalités négatives pour dissuader les  comportements irresponsables. Les premiers pas vers la généralisation du principe pollueur-payeur vont dans cette direction. Mais il reste encore un long long chemin avant que cette belle idée ne se généralise.

 

15:00 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : EDF, développement durable, environnement

25.06.2006

Prévention ou guérir

Devrait-on faire d’avantage de prévention pour maitriser nos dépenses de santé ? Traditionnellement, ce rôle d’alerte est joué par la médecine de ville. L’hôpital de son côté, arrive dans un second temps, pour traiter les pathologies lourdes, qui n’ont pu être réglées en amont.

 

Pour estimer l’impact de l’un sur l’autre, il est instructif de comparer les comportements des ouvriers et des cadres devant l’offre de soins. D’après la DREES, les ouvriers dépensent en moyenne 15% de moins de médecine de ville que les cadres.

 

Cette sobriété est-elle payante ? Il faut croire que non, car en parallèle, les ouvriers dépensent deux fois plus en frais d’hospitalisation que les cadres. Quelle belle illustration de l’adage, mieux vaut prévenir que guérir !

 

La comparaison entre les Etats-Unis et la France va dans le même sens. Les Américains dépensent deux fois plus par habitant que les Français pour leur santé. Et pourtant, ils font moins bien que nous en espérance de vie et en mortalité infantile. Ce paradoxe a une explication simple : le système américain d’essence privé, privilégie les soins, beaucoup plus rentables à court terme que la prévention.

 

Voilà qui tendrait à penser que le bridage de la médecine de ville n’est pas forcément la meilleure voie pour boucher le trou de la Sécu Il serait urgent en particulier de réhabiliter la médecine du travail qui est devenue aujourd’hui, pour beaucoup de salariés, une vraie mascarade.

 

19:08 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : sécu, santé, social

23.06.2006

Contre le terrorisme intellectuel

Le soleil du mois de juin est propice au remplissage des carrefours par des collectes humanitaires en tout genre. La semaine dernière, je me suis fait harponner par un militant de la cause afghane. Pour amadouer mon esprit de parisien blasé, il m’a lancé : « 2000 enfants afghans meurent chaque heure depuis le début de l’intervention américaine ». Bel effet de manche. Suffisent pour me faire arrêter et écouter son pitch dont le point d’orgue était : « Le nombre d’armes à feu en circulation en Afghanistan double chaque année depuis 1979. D’abord à cause du soutient de la CIA à la guérilla et maintenant de l’intervention américaine. »

 

A tête reposée, je me suis rendu compte que je m’étais fait roulé dans la farine comme un enfant. Non pas que l’Afghanistan ne soit pas dans une situation critique, mais les affirmations péremptoires de mon interlocuteurs ne tenaient pas debout.

 

Si 2000 enfants meurent chaque heure, un petit calcul montre que cela fait plus de 17 millions d’enfants par an.  Quand même difficile pour un pays de seulement 22 millions d’habitants…

 

Quand aux armes à feu, à supposer qu’il n’existait qu’une centaine de kalachnikovs en 1979 dans le pays, le doublement annuel fait qu’en 2004, il y en aurait déjà 3 milliards, ce qui fait quand même 160 fusils par habitant, femmes et enfants (morts) compris. Même Yuri, le héro de Lord of War ne rêvait pas d’une telle abondance.

 

Pour lutter contre le terrorisme intellectuel, rien de vaut un peu de mathématiques ! ;-)

 

17:53 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : terrorisme, afghanistan, statistiques

18.06.2006

Le sens caché des choses

Le film, Da Vinci Code, fait un carton. Déjà plus de 190 millions de dollars au box-office américain. L’ésotérisme se porte bien. L’irrationnel est devenu une valeur marchande. D'ailleurs, les fonds de commerce de voyance se vendent maintenant sur Internet comme de vulgaires cordonneries : « 145.000 euros pour un manager audacieux à l'écoute d'un marché porteur. »

Pour l’anecdote, savez-vous que la plupart des médiums sont des fils ainés ? Voici qui est très excitant, non ? Sans doute le fluide magnétique est plus important en début de lignée. Les interprétations les plus étranges circulent à propos de cette bizarrerie. C’est oublier que dans un monde où il nait moins de deux enfants par femme, la grande majorité des garçons sont des fils ainés. Bref, on peut aussi dire que la plupart des charcutiers et des pilotes de chasse sont des fils ainés…

16:50 Publié dans Social | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : films, voyance

14.06.2006

Ne tirez pas (trop vite) sur l’ambulance

On entend souvent dire que la protection sociale étatique est obsolète et qu’il faut la remplacer par un système d’assurances privées. Ce dispositif serait complété par un filet de sécurité universel pour les plus pauvres qui ne pourrait se payer les polices privées.

 

Il est vrai que le déficit chronique de la Sécu n’encourage pas à un optimisme béat quand à maintenir l’actuel statu quo. Néanmoins, avant de foncer tête baissée dans la logique de l’assurance, il faut aller faire un tour chez nos amis anglais qui sont allé assez loin sur le sujet. On y découvre de savoureux paradoxes auxquels mène le légendaire pragmatisme britannique.

 

Par exemple, les assureurs d’Outre-manche proposent des tarifs très avantageux aux gros fumeurs pour leurs complémentaires retraites. Normal, comme leur espérance de vie est nettement plus faible que la moyenne, pas besoin de les faire payer pour des années de retraite qu’ils n’auront pas.

 

La logique de l’assurance privée peut donc conduire à encourager les comportements à risque. Ce qui est quand même une drôle de manière de régler le déficit de la Sécurité Sociale… Voilà qui rappelle le fameux rapport de Philip Morris qui avait fait scandale en 2001, en déclarant que le tabagisme était bon pour l'économie tchèque grâce aux économies réalisées en frais médicaux du fait d'une mortalité précoce.

 

19:12 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, assurance

11.06.2006

Le mythe du cadre stressé ?

Tout le monde connait l’image d’Epinal du cadre hyper stressé. Pourtant, d’après les statistiques de la DREES, on constate que les non diplômés consomment deux fois plus d’antidépresseurs que les diplômés.

 

Voilà qui tord le cou à la théorie absurde selon laquelle les salaires des cadres se justifient par leur niveau de responsabilité (donc par le stress qu’ils subissent). Il n’y a (malheureusement !) aucune corrélation entre la pénibilité d’un travail et le salaire associé. Beaucoup de métiers très stressants sont très mal payés. Dès les années 50, Boris Vian l’avait souligné par l’absurde dans son roman hilarant l’Ecume des Jours.

 

Le niveau de salaire est en grande partie lié aux compétences nécessaires pour le poste. Plus ces compétences sont rares, plus elles se monnayent chères. D’autres facteurs rentrent aussi en compte, bien avant le stress. Par exemple, le fait de pouvoir s’appuyer sur une capacité de négociation collective et d’être à un point critique de la chaîne de production. Les pilotes de ligne ou les conducteurs de TGV en sont de bons exemples.

 

23:19 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : salaires, cadre, stress

06.06.2006

Retour sur le Peer-to-peer

Le 19 mai dernier, Texas donnait son unique concert parisien à Bercy. Ayant eu la chance d’être dans la salle, j’ai pu apprécier ce petit bout d’Ecossaise qui est une vraie bête de scène. Et cela depuis 20 ans. Voilà un artiste qui ne devrait pas avoir peur de la licence globale. Texas possède un public de fidèles qui lui garantit salle comble pour ses concerts (ce qui vu la taille de Bercy n'a rien d'évident). Or elle touche 50% de la recette d’un concert, contre moins de 10% lorsqu’elle vend un CD.

 

Les petits artistes qui ne sont pas distribués en grandes surfaces, ne voient jamais la couleur d’un euro sur les ventes de galettes. Ils ont aussi tout à gagner à un développement du téléchargement légal sur Internet. Soit via une licence globale qui leur assure une part du gâteau, soit via des plateformes de téléchargement qui mettent en avant autre chose que les têtes d’affiche.

 

Depuis 2 ans, a vu enfin apparaitre des offres commerciales en musique de qualité avec une vraie profondeur de catalogue. Il manque encore des outils de navigation à forte valeur ajoutée pour que chacun trouve les perles qui lui convient. Tant qu’on n’offrira pas aux internautes des moyens innovants et efficaces de naviguer dans cet immense bazar musical, le peer-to-peer sauvage a encore de beaux jours devant lui.

 

19:56 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, peer-to-peer

02.06.2006

L’obésité de l’Etat ?

C’est devenu une banalité de se lamenter sur l’obésité d’un l’Etat français qui ponctionnerait une part toujours plus grande de la richesse nationale. Il est vrai qu’en 30 ans, les prélèvements obligatoires sont passés de 33% à 45% du PIB. La cause parait entendue : l’Etat serait devenu trop dépensier et vampiriserait les forces vives.

 

Néanmoins, quand on creuse, on se rend compte que l’intégralité de cette hausse est due au financement de la protection sociale. La part de l’Etat dans le PIB, hors social, n’a que très peu bougé en trois décennies. Etonnant.

 

La montée du chômage est loin d’être la seule raison de ce gonflement des dépenses sociales. La responsabilité de la branche maladie est bien plus importante. Ce n’est pas étonnant quand on constate que les dépenses maladies augmentent de plus de 6% par an, alors que la croissance économique n’est qu'en moyenne de 2%.

 

Voilà qui remet en perspective le serpent de mer sur les prélèvements obligatoires et la supposée gabegie croissante de l'Etat français. Si les prélèvements ont autant augmenté, c’est avant tout parce que la santé des Français coute de plus en plus cher. Et en passant, ce n’est pas le papy-boom qui va arranger les choses.

 

Cela veut dire qu’à long terme, la seule manière d’alléger efficacement le coût du travail (qui passe pour une des voies les plus prometteuses de lutte contre le chômage), passe avant tout par une maitrise de nos dépenses de santé.

Qui est prêt à faire un effort ?!

09:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : chômage, PIB, papy-boom, santé

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