« 2006-07 | Page d'accueil | 2006-09 »

30.08.2006

eBay est-il gagnant en s’alliant avec Google ?

D’après le Journal du Net, l’annonce le 29 août dernier d’un partenariat entre eBay et Google à été salué par les investisseurs, le titre eBay gagnant 1,86 % à la Bourse. Pourtant, en y regardant de plus près, ce méga deal semble assez bizarre.

 

Qu’en est-il vraiment ? Comme il l’avait fait avec Yahoo! pour les Etats-Unis, le roi des enchères a décidé de confier à Google la commercialisation de liens publicitaires sur ses sites internationaux. Décision étonnante qui va créer une nouvelle concurrence pour tous les petits vendeurs sur eBay. En voulant se doter d’une nouvelle ligne de revenus, eBay prend donc le risque de se mettre à dos sa communauté la plus précieuse : ses milliers de petits vendeurs qui font la richesse du site. Il est probable que la pression sur les bénéfices d'eBay ait du peser en faveur de cet arbitrage délicat.

 

L’autre volet de l’accord est aussi symptomatique. Le deal consiste de développer en commun avec Google une offre de click-to-call sur son site, en faisant levier sur Skype. L’idée étant de rémunérer non plus le clic, mais l’appel. L’ennui, c’est que les spécialistes du click-to-call constatent que la grande majorité des clients (85%) préfèrent se faire appeler sur une ligne fixe plutôt que sur leur ordinateur. Donc la présence de Skype dans le deal est plutôt un frein au succès de l’offre.

 

Ce deal illustre ainsi la difficile intégration de Skype dans eBay. Skype est un formidable opérateur téléphonique. Son modèle économique de voix sur IP est très solide. Par contre, les synergies avec eBay sont loin d'être évidentes. Et cela pour deux raisons.

 

La première est que les gros bataillons de clients de Skype se trouvent au Brésil et en Inde, soit très loin du centre de gravité d’eBay. Donc peu de recouvrement des bases clients. La seconde raison est que l’idée de permettre aux acheteurs de dialoguer avec les vendeurs par Skype (ce qui était la justification principale du deal) a été très mal accueillie par les vendeurs d'eBay. En effet, ceux-ci ont déjà du mal à faire face à l’avalanche d’email de questions des acheteurs, alors l’idée de devoir leur répondre par téléphone leur donne des cauchemars.

 

Comme j’en ai discuté dans une note précédente, le futur d’eBay passe à mon sens par le web 2.0 et le filtrage collaboratif. En permettant une exploitation beaucoup plus systématique de sa formidable  « Long Tail », eBay donnera une nouvelle dynamique à son énorme communauté de vendeurs.

 

20:02 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : eBay, Google, skype, long tail

28.08.2006

Google peut-il vaincre Office ?

Avec l’ouverture la semaine dernière de Writely et l’annonce aujourd’hui du lancement du package Google Apps, Google fait un pas de plus pour se doter d’une suite bureautique complète. On avait déjà Google Spreadsheet versus Excel, Google Calendar et Gmail versus Outlook. Avec Writely versus Word, il reste à offrir (prochainement) un clone de Powerpoint et la panoplie sera complète.

L’idée est bien sûr d’offrir une alternative au roi Office. Et en filigramme à terme, de s’attaquer, via la bureautique, au principe même du PC traditionnel (qui a fait et faire encore la fortune de Microsoft).

Cette stratégie est-elle crédible ? Je passe rapidement sur le fait que cela suppose d’avoir une connexion permanente à haut débit sur Internet chaque fois qu’on veut travailler. Avec la généralisation du Wifi (et bientôt du Wimax), il est raisonnable de se dire que d’ici quelques années, les connexions internet seront aussi banales que les prises électriques.

Le problème de Google est avant tout de lutter contre l’inertie inhérente de tout utilisateur. Pour le faire changer ses habitudes (l’horreur absolue), il faut lui offrir une valeur incrémentale énorme. Or côté fonctionnel, même bourré d’Ajax, Writely reste nettement moins riche que Word. Mais, quand on sait que 90% des utilisateurs maitrisent 10% des fonctionnalités de Word, ce n’est pas vraiment important.

Paradoxalement, l’intérêt de Writely réside en fait dans deux caractéristiques extérieures au traitement de texte proprement dit : la sauvegarde centralisée des données (qui protège des crash système) et la possibilité de partager un document à plusieurs (un peu à la manière d’un wiki).

Cela sera-t-il suffisant à faire basculer les utilisateurs ? Dans l’état actuel des choses, cela parait peu probable.

En effet, le concept de sauvegarde centralisée est concurrencé par les progrès spectaculaires des mémoires flash externes, sans parler du délicat problème de la protection des données. Confier toute sa vie privée et professionnel au roi de la recherche par mot clé implique une sacrée confiance. Quand au partage de document, même si cette fonctionnalité est assez extraordinaire, son usage ne se justifie que dans un contexte (surtout professionnel) assez pointu.

Bref, Microsoft devrait se concentrer enfin sur l’éradication des éternels problèmes de crash système (qui arrivent encore trop souvent sur Word) plutôt que sur le toujours plus fonctionnel. Et si par ailleurs, Microsoft garde sa politique souple sur les licences, Office devrait pouvoir résister encore un certain temps face à l’offensive Google.

17:50 Publié dans Startups | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : google, writely, office, microsoft

26.08.2006

Les ressorts de la croissance économique

A long terme, la croissance économique est tirée par deux facteurs : la vitalité démographique et le progrès technique. Il est étonnant par exemple de constater que le fameux différentiel de croissance entre les Etats-Unis et l’Europe sur la dernière décennie peut s’expliquer presque uniquement par la démographie. La surcroissance américaine est ainsi tirée par une croissance de sa population (essentiellement dûe à l’immigration latino-américaine) nettement supérieure à la notre.

 

Malgré le léger baby boom depuis la fin des années 90, la France est ansi dotée croissance démographique beaucoup plus faible que les Etats-Unis. Pourtant ça reste nettement mieux que chez nos voisins, sans parler de la fameuse « nouvelle Europe » où ironiquement, la situation en termes de natalité est catastrophique.

 

Au-delà de ces écarts conjoncturels, on constate que sur le long terme, la natalité est en baisse tendancielle sur tous les pays, riches et pauvres. Et cette tendance lourde repose sur des facteurs sociologiques (principalement le niveau d’éducation des femmes) qui semblent difficilement réversibles.

 

Donc à moyen terme, il faudra compter encore d’avantage sur la technologie pour assurer notre sacro-sainte croissance économique. Quelle sera la techno de demain qui assurera une dynamique de croissance pérenne ? Celle qui sera l’équivalent de ce qu’à pu être la généralisation des moteurs électriques (équipements domestiques) et à essence (transports) pour les Trente Glorieuses ?

 

Les paris sont ouverts…

 

18:59 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : croissance, démographie, natalité, technologie

22.08.2006

La fascination du Web 2.0

Le Journal du Net est en pointe depuis l’année dernière sur le web 2.0. Rien de plus normal pour un webzine professionnel spécialisé sur les tendances de l’Internet demain. Mais voilà les grands médias qui commencent à s’intéresser au phénomène web 2.0 ! Il est symptomatique de voir des LCI et autre Libération, se lancer depuis quelques semaines sur le phénomène. Avec chacun sa définition de ce qui est encore pour le néophyte, un ovni nébuleux.

 

Lorsque les grands médias s’intéressent à un phénomène jusque là limité aux geeks, cela donne un petit parfum de bulle. Mais qu’il y a-t-il derrière cette mayonnaise médiatique ?

 

En fait, ce qui fascine avant tout le grand public (et les commentateurs), ce n’est pas les nouvelles technologies liées au web 2.0 (Ajax et flux RSS), ni même l’aspect communautaire (qui existait depuis longtemps). Ce qui fascine, c’est deux choses :

 

-          l’irrésistible accession d’un Google impérial qui grignote inexorablement les monstres sacrés que sont Yahoo! et MSN

 

-          l’irruption aussi rapide qu’inattendue d’une nouvelle génération d’acteurs du net. Des sites inconnus comme YouTube, Flickr ou MySpace ont fait des montées spectaculaires dans les classements de trafic. Et comble d’outrecuidance, avec des budgets publicitaires quasi nuls !

 

En 2001, après l’éclatement de la bulle Internet, on croyait que les jeux étaient faits. Les survivants allaient rafler le morceau, en particulier les gros sites de commerce électronique. C’était l’époque où un eBay semblait irrésistible. Et surtout, les grandes marques traditionnelles pensaient enfin tenir leur revanche sur les arrogantes start-up qui avaient défrayé la chronique au moment de la bulle.

 

Patatra ! Cette belle assurance s’est de nouveau évanouie. Les gens ont été surpris de constater ce qui est pourtant une règle de base du business : les positions ne sont jamais figées. Sur le net encore plus que dans l’économie traditionnelle, les nouveaux entrants peuvent à tout moment bousculer l’ordre établi.

 

La réussite rapide fascine. On se dit qu’il y a forcément un secret derrière un tel miracle. Et ce secret s’appelle web 2.0.

10:35 Publié dans Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : web 2.0, google, youtube

20.08.2006

Kite surf et barrages

Quel est le point commun entre la pratique du kite surf et les barrages hydroélectriques ?

 

Par rapport à la bonne vieille planche à voile, le kite surf est beaucoup plus facile d’accès. En quelques heures, on peut se mettre à naviguer sur un kite, alors qu’en windsurf, il fallait s’acharner pendant des jours avant de réussir à partir au planning. Sensations fortes pour moindre effort, c’est le cocktail gagnant. Alors que la planche à voile végète depuis 15 ans, le kite surf a conquis 15.000 pratiquants en moins de 4 ans.  

 

Par contre, quand le kite (le cerf volant pour les béotiens) tombe dans l’eau et s’emmêle, on est bon pour une sacrée séance de natation. Sans parler en cas de survente du risque de se faire catapulter dans les cocotiers. De fait, les accidents en kite sont beaucoup plus graves qu’en windsurf. On compte ainsi régulièrement des morts, ce qui était rarissime en planche à voile.

 

Et les barrages ? Outre la production d’électricité, ces merveilles de béton armé, symboles de toutes les ambitions nationalistes, permettent aussi de réguler le débit des fleuves en remplissant plus ou moins une retenue d’eau selon les saisons. Ingénieux moyen d’empêcher les crues qui dévastent les villages limitrophes des cours d’eau.

 

L’ennui, c’est que pour maximiser la production électrique, il est tentant de laisser toujours le barrage rempli à son maximum. En cas de crue soudaine et violente, la situation peut vite devenir critique. Ce qui peut entrainer l’impensable : la rupture du barrage. Ce qui entraine une montagne d’eau bien plus redoutable que n’importe quelle crue naturelle. Cela n’a rien de théorique. Rien qu’en Chine, de 1954 à 2005, 3.486 barrages ont été rompu (sur les 85.160 réservoirs d’eau existants dans le pays de Mao).

 

Bref, le kite-surf et les barrages sont des bons symboles de l’époque moderne. De superbes exploits technologiques, mais… quand ça va de travers, c’est pire que tout !

 

14:28 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : kite surf, barrage

16.08.2006

Les pays pauvres et la fatalité du sous-développement

A part quelques remarquables dragons asiatiques, aucun pays pauvre n’a réussi à combler l’écart avec les pays riches depuis 50 ans. Pire, pour une grande partie des pays les plus pauvres, le différentiel de richesse s’est encore accéléré depuis 20 ans.

 

Pour comprendre ce qui a tout d’une désespérante fatalité, William Esterly, un économiste de la Banque Mondiale, a mouliné les statistiques économiques sur 150 pays et 40 ans de recul.

 

Les résultats sont intéressants car ils tordent le cou à un certain nombre d’idées reçues qui ont la vie dure. Il pointe notamment les facteurs qui (de manière contre-intuitive) n’ont pas d’influence sur la croissance économique des pays pauvres :

 

-          le niveau d’investissement en capital

 

-          le taux de scolarisation

 

-          le contrôle des naissances

 

-          les programmes d’annulation de la dette

 

Les causes du marasme des pays pauvres sont en fait principalement dues à la structure politique désastreuse des pays en question. Cela se conjugue par la rapacité extrême des élites, le clientélisme à outrance, une bureaucratie tatillonne et d’irréductibles clivages ethniques.

 

Le livre Les pays pauvres sont-ils condamnés à le rester ? qui rassemble les conclusions de William Esterly, a fait scandale, au point que son auteur a été chassé de la Banque Mondiale. Bien que rafraichissant, l’ouvrage élude néanmoins un fait troublant : les pays qui ont réussi le grand rattrapage économique sont tous concentrés en Asie. Dans les autres grandes zones culturelles de sous-développement (le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Amérique Latine), il n’y a pas un seul vrai exemple de croissance économique soutenue sur plusieurs décennies.

 

A moins d’une coïncidence implacable, il semble assez probable qu’il y ait un facteur culturel significatif dans ces différentiels de réussite économique. Mais cette constatation est tellement politiquement incorrecte que même ce grand provocateur de la Banque Mondiale na pas osé la formuler explicitement.

 

17:31 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : pauvreté, Banque Mondiale, développement

03.08.2006

Eradiquer drogue, prostitution et travail au noir

Tout trafic illégal repose sur des échanges monétaires entre individus. Pour assurer la sécurité d’un tel trafic, il faut garantir aux parties l’absence de traçabilité des transactions. Selon le bon vieux « ni vu, ni connu », si je sais qu’on ne peut pas remonter jusqu’à moi, je serai d’autant plus enclin à participer à un échange illégal. Et à quoi servent l’introduction des billets de 100, 200 et 500 euros, sinon à encourager les trafics en tout genre ?

 

Donc pour rendre traçable toutes les transactions, il suffit de… supprimer l’argent liquide ! Si les consommateurs ne payent pas que par carte bancaire (ou par chèque et virements pour les paiements à distance), il y a fort à parier qu’ils resteront massivement à l’écart des transactions louches. Si je ne peux payer ma dose de cannabis que par carte bancaire, je vais hésiter à deux fois. Car le jour où le dealer se fait prendre, on pourra assez facilement remonter à moi.

 

Cette mesure parait utopique, tant l’argent liquide fait parti de notre culture. Pourtant, techniquement ce n’est pas très compliqué. Toute l’infrastructure ou presque est déjà disponible. Sur le modèle de la carte vitale, il suffirait que l’Etat subventionne un compte et une carte bancaire à tout le monde.

 

Pour un pays comme la France, la mesure couterait dix milliards d’euros par an : six milliards pour équiper le grand public et quatre milliards pour généraliser les infrastructures CB de micro-paiements.

 

Dix milliards d’euros par an, cela parait beaucoup. Mais rien que sur le travail au noir, l’Etat pourrait chaque année récupérer le double en TVA et en cotisations sociales. Sans parler de l’asphyxie de la criminalité qui repose en grande partie sur l’argent liquide. Plus besoin non plus de lutter contre le blanchiment, puisqu’il n’y aurait plus grand-chose à blanchir. Donc au final cette mesure, outre sa capacité de régulation sociale, serait financièrement très rentable pour un gouvernement.

 

Néanmoins, une telle mesure serait impensable dans une démocratie, car tout le monde hurlerait au flicage généralisé (encore qu’après une grosse attaque terroriste, tout soit possible à l’image du très polémique Patriot Act). Par contre, on peut tout à fait imaginer que de petits pays à poigne comme Singapour se laissent tenter.

 

11:58 Publié dans Social | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : patriot act, argent, drogue, prostitution

Toutes les notes