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29.09.2006
La face obscure du trou de la Sécu
Par exemple, Paris concentre dix fois plus de psychiatres par habitant que les départements ruraux. Les Parisiens seraient-ils dix fois plus dépressifs que la moyenne de la population ? J'aimerai bien trouver un fait concret qui permette d'étayer cela ! ;-)
Ces faits troublants tendent à montrer que les dépenses de santé seraient en fait tirées non par la demande, mais par l’offre de soins. Dans un système où les revenus du corps médical sont proportionnels au volume des soins prescris, cela n’a finalement rien de si étonnant.
Mais alors, si ce n’est pas lié à la sophistication des soins, d’où vient la différence d’espérance de vie qu’on constate entre les classes favorisées et les autres ? Si on met de côté les maladies héréditaires et les accidents de la vie, c’est dû essentiellement à des facteurs qui ne sont pas liés à la qualité du système de santé : tabac, alcool, stress, obésité, excès ou absence d’exercice physique. Des maux qui touchent bien plus les pauvres que les riches.
Bref, pour nos sociétés avancées, l’augmentation de l’espérance de vie est avant tout un problème culturel et social. Notre obsession du toujours plus de soins est une impasse qui ne conduira qu’à creuser encore les déficits.
09:51 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Sécurité sociale, santé
27.09.2006
Roulette africaine
Ce sympathique Théophile est sans-doute un cousin de Mamada Bako, la veuve d’un obscure haut fonctionnaire africain, qui m’a écrit la semaine dernière pour me promettre $ 2 millions si je l’aidais à transférer sa caisse noire en Europe. Gentil de penser à moi, non ?
Voilà qui va me permettre de faire une pierre deux coups et autant dire que pareil occasion ne se présente qu’une fois dans la vie. J’ai donc couru acheter mon billet pour le Bénin. J’imagine que l’accueil sur le tarmac de l’aéroport sera à la hauteur de ma perspicacité dans cette affaire. ;-)
Le plus fascinant finalement est que ce type d’emails continue à circuler sur Internet depuis des années. Soit il existe un réservoir inépuisable de gogos d’une désespérante crédulité, soit ce sont les expéditeurs de ces mails qui croient au Père Noël.
11:24 Publié dans Social | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : spam, hoax
24.09.2006
L’école et les (méchants) patrons
Rentrée des classes oblige, j’ai lu un petit livre édifiant sur la mort programmée de l’école. Si la Fabrique du Crétin n’était qu’un nième pamphlet sur la déliquescence de notre système éducatif, il n’y aurait pas grand-chose à en dire. On peut faire confiance à l’auteur, Jean-Paul Brighelli, qui a trente ans de carrière d’enseignant pour bien connaitre son sujet. Comme il se doit, il dénonce les dérives de l’idéologie soixante-huitarde qui a transformé les méthodes pédagogiques traditionnelles, avec les excès qu’on connait. L’auteur nous explique que l’école fabrique à la pelle des illettrés, qui ne savent plus lire, ni compter, ni penser. Soit.
Mais là où cela devient intéressant, c’est que l’auteur explique sans sourciller que ce désastre a en fait été le fruit de calculs intéressés du… patronat ! Cela vous parait un peu tordu ? Mais si, réfléchissez un peu. « En fabriquant des écervelés, on a une main d’œuvre docile, taillable et corvéable à merci ». Le rêve de tout patron, quoi. Fallait y penser !
Ce raisonnement moisi qui fleure bon le XIXème siècle, illustre l’énormité des clichés qui circulent encore parmi les gens qui n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise.
La valeur d’un employé réside dans sa productivité, qui est elle-même corrélée (imparfaitement il est vrai) à ses études. Ce n’est pas un hasard si le taux de chômage est inversement proportionnel au niveau des diplômes. Plus un salarié est bien formé, plus il sera sollicité par les entreprises. D’autant qu’avec les nouvelles méthodes de production en flux tendus, chaque employé à un rôle clé duquel dépend tous les autres. La qualité de sa valeur personnelle est d’autant plus critique. Les chefs d’entreprises préfèreront toujours des employés bien formés à des crétins acculturés.
An final, il est un peu effarant de voir l’ignorance crasse (couplée à une agressivité d’autant plus virulente) de l’entreprise par des gens qui se flattent de représenter la fine fleur du monde enseignant.
17:43 Publié dans Social | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : école, enseignement, idéologie
22.09.2006
Bienvenu dans la gérontocratie
Les personnes de plus de 60 ans représentent en France déjà 28% de l'électorat, et la progression est rapide. En 2000, c'était seulement un cinquième. En 2020, ce sera un tiers. Et non seulement les séniors sont de plus en plus nombreux, mais ils votent beaucoup. Depuis 1988, 74 % des seniors ont voté à toutes les élections, alors que les actifs n'ont été que 58 %. Ce qui mécaniquement surpondère d’autant leur poids électoral. Et on observe le même phénomène dans tous les pays industrialisés.
Voilà qui ne va pas simplifier la future (inéluctable et douloureuse) réforme des retraites. D’autant qu’une grande partie de la génération hédoniste du papy boom semble peu encline au partage. Quel homme politique aura le courage d’aller contre les intérêts d’un lobby aussi indispensable à sa réélection ? Malheureusement, on risque de voir encore beaucoup de voitures brûlées avant que les séniors acceptent, de leur propre chef, une autre répartition des richesses.
Pour finir sur une note légère, je ne peux m'empecher de vous envoyer sur cette video hilarante qui illustre à sa manière la situation.
11:01 Publié dans Social | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : retraites, seniors, élections
20.09.2006
Le protocole de Kyoto en question
Dans un petit essai Le défi du monde, Claude Allègre (qui est avant tout un scientifique), nous livre sa vision géopolitique du monde.
Un des domaines où l’ancien ministre dégraisseur de mammouths a une position intéressante est sur le protocole de Kyoto. Il se paye le luxe d’approuver George Bush dans son opposition au traité ! Quand on connait l’unanime concert médiatique européen pour fustiger l’égoïsme arrogant du président américain sur la question du réchauffement de la planète, la position de Claude Allègre implique un sacré courage. Se voir assimiler au grand Satan américain protecteur des 4x4 et du consumérisme à tout crin, quelle belle audace.
Le raisonnement de Claude Allège est évidemment un peu plus subtil que le simple attachement autiste à l’American Way of Life.
L’idée de base avancée est que le protocole de Kyoto est non seulement politiquement irréaliste (puisque non appliqué par pleins de pays), économiquement néfaste (par le bridage de l’activité), mais comble aurait un effet écologique dérisoire (impact de 0,1°C s’il était appliqué complètement).
Allègre affirme donc que plutôt que de réglementer de manière rigide les émissions à effet de serre, mieux vaudrait (comme les américains !) se concentrer sur le développement des énergies propres en faisant confiance aux formidables progrès de la science.
D’ailleurs en passant, plutôt que nouvelles sources d’énergie, il faut penser technologies d’économies d’énergies (nouveaux isolants, moteurs à haut rendement…). Même si elles sont moins glamour que la quincaillerie solaire et éolienne, leurs impacts potentiels sont autrement plus importants sur les émissions de gaz à effet de serre.
En véhiculant un message positif avec des objectifs réalistes, Claude Allègre affirme qu’on suscitera une adhésion beaucoup plus forte qu’avec un traité d’inspiration malthusienne. Mais au vu de l’urgence, peut-on vraiment se reposer uniquement sur la méthode Coué et la confiance dans le sacro-saint progrès technique ? L’inertie, l’attrait de la facilité et l’irresponsabilité collective n’obligent-elle pas, par prudence, à fixer certains interdits pour éviter les catastrophes ?
C’est deux visions du monde qui s’affrontent...
11:22 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : environnement, Kyoto, réchauffement, énergie
14.09.2006
Intégration et orthographe
On se lamente que plus d’un élève sur dix (en grande majorité des enfants d’immigrés récents) ne maitrisent pas les bases de la lecture et de l’écriture à l’arrivée en sixième. Mais la manière dont s’écrit le français résulte d’un incroyable empilage de bizarreries historiques. Le résultat est d’une complexité absurde, qui n’a d’autre justification qu’un usage arbitraire qui s’est figé de manière capricieuse il y a de cela deux siècles. Pas étonnant que cela prenne en moyenne trois années de plus à un jeune français qu’un jeune espagnol pour maitriser la lecture et l’écriture.
En passant, cette réforme de l’orthographe permettrait aussi d’enrailler l’inexorable déclin de la francophonie dans le monde. Et aussi de tenter de ramener dans le bon chemin ces jeunes qui ne savent plus s’exprimer que par l’écriture SMS.
Malheureusement, cette réforme de bon sens, dont le rapport efficacité / coût serait étonnamment attractif n’a que très peu de chance de voir le jour. A la moindre tentative de simplification, les gardiens du temple de l’exception culturelle française crient à « l’assassinat de la langue de Molière ». Nos ayatollahs de l’orthographe ont-ils conscience de l’arrogance et du mépris qu’ils affichent envers les jeunes les plus fragiles qui triment inutilement sur nos si rigides subtilités syntaxiques ?
10:28 Publié dans Social | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : immigration, intégration, orthographe, français
10.09.2006
Quand meurent les grands fleuves
Si vous voulez en savoir plus sur la crise mondiale de l’eau (sujet devenu très à la mode ces derniers temps), je vous conseille la lecture de Quand meurent les grands fleuves de Fred Pearce. C’est un édifiant tour du monde des saccages écologiques liés à la surexploitation de l’eau.
L’auteur nous rappelle utilement que les grands gaspilleurs d’eau sont avant tout les agricultures avec plus de 80% de la consommation totale de l’eau (le reste étant partagé à égalité entre l’industrie et l’usage domestique). Un kilo de blé nécessite 1000 litres d’eau, le triple pour un kilo de sucre. Quand au kilo de café, l’addition nécessaire à sa production monte à 22 tonnes d’eau. Donc vous pouvez continuer à prendre des bains et à tirer votre chasse d’eau en toute bonne conscience, car cette consommation reste marginale dans l’addition totale.
On y apprend aussi que la moitié des fleuves de la planète sont en cours d’assèchement à cause du surpompage agricole. Plus une seule goutte d’eau n’arrive ainsi à l’embouchure de tout un tas de grands fleuves comme le Rio Grande entre les Etats-Unis et le Mexique, ou le fleuve Murray en Australie.
Les agriculteurs gloutons se sont aussi attaqués aux nappes phréatiques dont les niveaux baissent à vue d’œil. Dans certaines régions d’Inde, il faut maintenant creuser jusqu’à 900 mètres de profondeur pour trouver la moindre goutte d’eau.
Malgré certaines contractions (l’auteur attaque violement la création de lacs artificiels, tout en se lamentant de l’assèchement de certains lacs naturels) et un parti pris manichéen parfois un peu agaçant, ce livre offre un panorama assez complet du problème de l’eau qui va en s’amplifiant à l’échelle de la planète. La révolution verte qui a permis de nourrir l’explosion de la population mondiale serait menacée par la surexploitation trop rapide de réserves d’eau non renouvelables (les nappes phréatiques profondes qui mettent des milliers d’années à se reconstituer).
Bref, si vous avez un tempérament de spéculateur sur le moyen terme, il y a un coup à jouer. D’ici dix ans, on devrait assister à de très probables pénuries aigues d’eau à grande échelle, en particulier en Inde et en Chine. Cela aura des répercussions graves sur l’indépendance alimentaire de ces poids lourds démographiques. Ce qui devrait en toute logique conduire à une explosion du prix des denrées agricoles sur le marché mondial.
19:15 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : environnement, agriculture, eau
07.09.2006
Le mur de l’innovation
Prenez l’aéronautique. La vitesse des avions commerciaux n’a pas changé depuis 40 ans. Et quand on voit les projets actuels d’Airbus et Boeing, il semble qu’on n’a rien à attendre de ce côté pour au moins les 20 ans qui viennent. On n’est tout simplement pas capable de faire un Concorde économiquement viable. Dommage car une réduction importante du temps de transport pourrait avoir un impact énorme sur la consommation de voyages.
Même problème dans l’automobile. Il n’y a aucun différence significative entre la voiture d’aujourd’hui et celle d’il y a 20 ou 30 ans. C’est toujours un engin à essence qui rend exactement le même service (et dont la vitesse moyenne est plutôt à la baisse). Et ce n’est pas l’ABS ou le 4ème airbag qui va changer la manière dont vous utilisez votre voiture. Le tout électrique ne semble pas pour demain, encore moins la conduite sans pilote.
Côté médicaments, ce n’est pas tellement plus brillant. A part le viagra, on n’a mis sur le marché aucune molécule depuis 20 ans, qui puisse rivaliser même de très loin, avec ce qu’à pu être l’introduction des antibiotiques. On attend toujours la fameuse révolution génétique.
Bref, la croissance à long terme dépend de ruptures technologiques sur lesquelles on a peu de prises. Et dans beaucoup de secteurs, on a l’impression de se heurter à une sorte de mur de l’innovation difficile à franchir.
Les deux seules technologies qui dans les 15 dernières années, ont créé une vraie rupture et donc des marchés vraiment nouveaux, c’est le téléphone mobile et l’Internet. Le téléphone mobile arrive à maturité. Il reste l’Internet qui n’en est, heureusement, qu’à ses débuts en termes d’impact sur le PIB.
Mais ce ne serait pas étonnant qu’on ait encore devant nous quelques années de croissance molle. Car la locomotive Internet, aussi dynamique soit-elle, pourra-t-elle porter toute l’économie sur ses épaules ?
18:47 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : innovation, technologie, internet
01.09.2006
Session de chat Web 2.0 sur le JDN
Pour ceux qui s’intéressent particulièrement au web 2.0, je signale que le Journal du Net organise un chat en direct Lundi prochain 4 Septembre à 17 heures, dont je serai le (modeste) animateur. Si vous voulez taper la discute ensemble en live sur les grands enjeux de l’Internet, venez nombreux ! Ce sera une manière convivial de prolonger les débats sympas de ce blog. J'en profiterai aussi pour parler un peu de Criteo, ma nouvelle société spécialisée dans le filtrage collaboratif.
09:25 Publié dans Web 2.0 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : criteo, web 2.0, filtrage collaboratif

